Estimation des œuvres de Sergei Vasil’evic Chekhonin
Introduction
Sergei Vasil’evic Chekhonin est une figure centrale de l’art russe du début du 20e siècle, connue pour la direction artistique de la Manufacture impériale devenue State Porcelain Factory à Petrograd, et pour une production graphique abondante. Son nom est indissociable des assiettes, tasses et plats de propagande des années 1918-1927, mais aussi d’affiches, couvertures et projets typographiques. Comprendre cette œuvre et sa place dans le marché de l’art permet d’en déterminer la valeur avec précision. L’expertise menée par Fabien Robaldo, expert associé de MILLON, s’appuie sur des critères objectifs liés aux matériaux, aux typologies, aux périodes et aux résultats récents en ventes publiques.
Définition et description générale
Né en 1878 et décédé en 1936, Chekhonin est actif comme peintre, graphiste et décorateur. Il est nommé directeur artistique de la State Porcelain Factory en 1918, fonction qu’il assume de 1918 à 1923 puis de 1925 à 1927. À partir de 1928, il s’installe en France où il poursuit une activité de créateur dans les arts graphiques et décoratifs. Son corpus associe arts du feu et arts de l’image.
Les œuvres liées à la porcelaine utilisent le plus souvent des blancs issus de la Manufacture impériale, décorés après 1917 de peintures sur couverte et de rehauts d’or. Les motifs combinent emblèmes et slogans, calligraphies inventives, monogrammes soviétiques et répertoires floraux. En arts graphiques, on rencontre des gouaches, encres, lithographies, projets typographiques, ex-libris et propositions de couvertures. L’ensemble documente une recherche appliquée à la lettre, au signe et à l’ornement, dans un contexte où l’objet et l’image portent un message public.
Typologies, matériaux, périodes, styles
Porcelaine de propagande et arts du feu
La catégorie la plus recherchée concerne les assiettes, plats, tasses et services réalisés à Petrograd dans les années 1918-1923, puis au milieu des années 1920. Les pièces combinent souvent un blanc impérial antérieur à 1917 et un décor de propagande post-révolutionnaire. Les marques attendues incluent des cachets impériaux masqués et des marques sur-glaçure au marteau, à la faucille et à la roue dentée, datées le plus souvent entre 1919 et 1922. Les décors associent inscriptions en russe, monogrammes RSFSR, emblèmes, rubans, frises géométriques et zones ciselées dorées.
Les typologies en demande sont les assiettes de 23 à 25 cm, les plats ovales de grand format, les tasses et soucoupes, parfois des vases ou éléments de services. Les œuvres “après un dessin de Chekhonin” peintes par un décorateur de fabrique sont courantes et forment une part majeure de l’offre.
Œuvres graphiques et typographiques
Chekhonin a produit des projets de couvertures, affiches, ex-libris, maquettes et feuilles uniques. Les supports sont la gouache, l’encre, le crayon, parfois la lithographie. Les thèmes incluent l’ornement stylisé, l’architecture de la lettre, des compositions à caractère décoratif et des projets de costumes ou de théâtre.
Périodes
Trois périodes apparaissent sur le marché. Période 1918-1923 à Petrograd, au cœur des créations de propagande. Période 1925-1927 avec de nouveaux dessins et relectures d’emblèmes. Période d’émigration à partir de 1928, plus marquée par les arts graphiques, le décor appliqué et des travaux pour l’édition et le spectacle.
Facteurs simples influençant la valeur
Le sujet et l’iconographie influencent fortement la valeur. Les pièces portant des slogans emblématiques, des monogrammes RSFSR, des devises comme “Workers of the World, Unite”, ou des compositions typographiques singulières, sont plus demandées que des décors uniquement floraux. Les œuvres identifiées comme “par Chekhonin” se distinguent généralement de celles “d’après Chekhonin” exécutées par un peintre de fabrique, avec un impact sur la valeur.
La période de production pèse sur la valeur. Les datations 1919-1922 concentrent une partie des adjudications élevées, suivies par les pièces de 1925-1927. Les œuvres de l’émigration présentent une demande différente, liée à la notoriété de l’artiste en France et à la documentation disponible.
Les marques et inscriptions sont déterminantes: présence d’une marque impériale masquée associée à une marque sur-glaçure soviétique datée, mention “après le dessin de Chekhonin”, initiales d’un décorateur, références RSFSR. Les dimensions et la typologie comptent également: un grand plat ovale peut atteindre des niveaux supérieurs à une assiette standard, une tasse et soucoupe rare et bien documentée peut dépasser des assiettes plus communes.
La provenance et la bibliographie renforcent la valeur. Une inclusion dans une collection reconnue, une mention dans un catalogue de référence, une exposition muséale ou une citation dans des ouvrages dédiés au “porcelaine de propagande” sont des atouts clairs.
Marché de l’art: demande, cote, valeur
Le marché de Chekhonin est international. Les collectionneurs d’art russe et d’arts décoratifs du 20e siècle constituent le cœur de la demande. Les assiettes et plats de propagande demeurent le segment le plus liquide, avec des adjudications régulières lors des ventes spécialisées en art russe à Londres, et dans des ventes européennes de céramiques et arts décoratifs. Les œuvres graphiques apparaissent également, avec un public distinct de collectionneurs de dessins et de typographie historique.
Sur la base des ventes publiques récentes et des publications des maisons, les pièces d’iconographie forte et de période précoce peuvent atteindre des montants à cinq chiffres, voire davantage pour des formats rares et publiés. Des tasses et soucoupes “après un dessin de Chekhonin” atteignent des montants intermédiaires en Europe continentale. Les feuilles graphiques présentent une dispersion plus large selon le sujet, la datation et la documentation.
Les adjudications de référence rappellent que la valeur d’un Chekhonin dépend d’un faisceau d’indices convergents: typologie, période, mention d’auteur ou “après”, marques, provenance et historique éditorial. Une expertise dédiée est nécessaire pour positionner l’objet dans son segment de marché et établir une fourchette de valeur.
Résultats de ventes vérifiés
Sélection de trois adjudications illustrant différents segments du marché. Montants présentés en euros.
- Sotheby’s, Londres, 28 novembre 2017, “Russian Works of Art, Fabergé & Icons” – grand plat de propagande Lomonosov 1927, “Workers of the World, Unite”, d’après Chekhonin – prix réalisé env. 184 000 € (équivalent d’un résultat publié à 162 500 GBP). Lot de la vente L17116.
- Christie’s, Londres, 3 juin 2013, “Russian Art” – assiette de propagande 1921, d’après Sergei Chekhonin – lot 326 – 32 120 € env. (résultat publié à 27 500 GBP; conversion au taux communiqué par la maison pour cette vente).
- Dorotheum, Vienne, 25 octobre 2018, “Antiquitäten – Möbel, Skulpturen, Glas, Porzellan” – tasse et soucoupe de propagande, décor “après Chekhonin” – lot 1396 – 6 875 €.
Ces exemples couvrent un grand plat à sujet emblématique, une assiette de période 1921 et un ensemble tasse-soucoupe. Ils montrent l’écart de valeur entre typologies et iconographies, ainsi que la place de ces œuvres dans les ventes européennes et londoniennes.
Conclusion
Pour estimer une assiette, un plat, une tasse-soucoupe ou une gouache de Chekhonin, l’analyse croisée du sujet, des marques, de la datation et des références documentaires permet de situer la valeur sur le marché actuel. Confiez vos œuvres à Fabien Robaldo pour une estimation gratuite, documentée et orientée marché. Notre expertise, associée à la connaissance des adjudications récentes, offre une base fiable pour décider d’une stratégie patrimoniale ou de mise en vente.
FAQ
Chekhonin a-t-il signé toutes ses porcelaines ?
Beaucoup de pièces portent la mention “après un dessin de Chekhonin” et les initiales du décorateur de fabrique. La présence d’une signature manuscrite de l’artiste est moins fréquente que les marques d’usine et les inscriptions liées au décor.
Quelles sont les périodes les plus recherchées ?
Les datations 1919-1922 sont très recherchées pour la porcelaine de propagande. Les années 1925-1927 montrent aussi une demande soutenue, notamment pour les réinterprétations de motifs et les grands formats.
Une pièce “après Chekhonin” a-t-elle une bonne valeur ?
Oui, selon le sujet, les marques et la typologie. Les pièces “après Chekhonin” bien identifiées et datées obtiennent de bons résultats, avec un différentiel par rapport aux œuvres directement attribuées à l’artiste.
Quels formats atteignent les montants les plus élevés ?
Les grands plats ovales, certaines assiettes à iconographie emblématique et les ensembles rares documentés peuvent atteindre des niveaux supérieurs, comparativement aux formats standard.
Les œuvres graphiques de Chekhonin se vendent-elles bien ?
Les gouaches, projets de couverture et dessins trouvent preneur lorsque le sujet, l’état bibliographique et la provenance sont clairs. Les prix varient selon la rareté et la visibilité éditoriale.
Que regarder sur une assiette de propagande ?
La cohérence des marques impériales et soviétiques, la datation, la présence éventuelle d’initiales de décorateur et la correspondance du motif avec les répertoires connus. Ces éléments aident à positionner la valeur.
Les tasses et soucoupes sont-elles moins cotées que les assiettes ?
En moyenne, oui, sauf modèles rares, bien datés et publiés. Certaines paires tasse-soucoupe “après Chekhonin” atteignent des niveaux significatifs en Europe.
Quelle influence a la provenance ?
Une provenance de collection reconnue, un passage ancien en vente de référence ou une publication muséale renforcent la valeur et l’intérêt des collectionneurs.
Existe-t-il des records pour les plats de propagande ?
Des plats à iconographie majeur, dont des devises historiques, ont dépassé la barre des six chiffres en livres sterling à Londres, reflétant une demande internationale forte.
Faut-il une documentation pour vendre ?
La documentation n’est pas toujours obligatoire mais elle facilite l’expertise, la présentation en vente et la justification de la valeur. Elle est donc vivement recommandée.
Peut-on estimer en photo ?
Une première lecture est possible à partir de visuels nets des marques et du décor. Pour une estimation gratuite précise, un examen direct reste préférable.
À qui s’adresser pour une estimation ?
Contactez Fabien Robaldo pour une estimation gratuite et argumentée, en collaboration avec MILLON.