Commandes royales et statuaire décorative : repères, typologies et valeur
Introduction
Augustin Pajou (1730-1809) occupe une place importante dans la sculpture française du XVIIIe siècle. Actif sous Louis XV puis Louis XVI, il travaille dans un contexte où la commande officielle structure la carrière des sculpteurs : Académie royale, Salons, chantiers royaux et programmes décoratifs pour les résidences et les institutions. Sa production associe portrait, statuaire mythologique et allégorique, ainsi que des modèles destinés à des décors intérieurs ou extérieurs. Comprendre ses commandes royales et la statuaire décorative qui en découle aide à situer une oeuvre, à mieux l’attribuer (original, atelier, suiveur, d’après) et à apprécier sa valeur dans le marché actuel.
Définition et description générale de la thématique
Par “commandes royales”, on désigne ici les oeuvres demandées, financées ou validées par les administrations du roi, par les services liés aux bâtiments et aux résidences, ou par des relais officiels (institutions savantes, jardins, manufactures, grandes séries commémoratives). Pour Augustin Pajou, ces commandes prennent plusieurs formes : portraits de personnalités reconnues, projets liés à des programmes publics, statues destinées à des jardins ou à des lieux de savoir, et participation à des ensembles décoratifs. Elles s’inscrivent dans une logique de représentation : représenter un souverain, un grand homme, une vertu, un mythe, une idée, ou un statut social. La statuaire décorative, quant à elle, recouvre des sculptures conçues pour accompagner un décor (architecture, mobilier, cheminées, torchères, fontaines, jardins), en dialogue avec l’espace et sa fonction. Chez Pajou, cette dimension décorative passe souvent par un vocabulaire mythologique et allégorique, mais aussi par des portraits qui deviennent des objets d’apparat, exposés dans des lieux de réception, des bibliothèques ou des cabinets.
Dans ce cadre, Augustin Pajou se distingue par une capacité à naviguer entre plusieurs registres. Il peut produire une statue conçue comme une image publique, lisible et “officielle”, et, en parallèle, des oeuvres à échelle plus intime, comme des bustes ou des terres cuites, parfois proches du modèle de présentation. Cette articulation entre grande commande et objets décoratifs explique la diversité des pièces rencontrées aujourd’hui : sculptures en marbre, bronzes, terres cuites, plâtres, mais aussi objets d’après, postérieurs, inspirés de modèles attribués à Pajou. Pour l’amateur comme pour le collectionneur, la question centrale devient alors l’identification du statut exact de l’objet (oeuvre autographes, travail d’atelier, réduction, interprétation ultérieure), car c’est l’un des premiers déterminants de la valeur.
Typologies, matériaux, périodes, styles
Grandes typologies liées aux commandes et aux décors
La première typologie est le portrait, notamment en buste. Le portrait sculpté répond à une demande forte au XVIIIe siècle : célébrer un personnage, affirmer une proximité avec la cour, ou immortaliser une figure politique, intellectuelle ou mondaine. Dans l’entourage de Louis XV, Pajou réalise des portraits qui ont pu circuler sous forme de versions en marbre, en terre cuite ou en bronze, et être repris ensuite. Le cas de la favorite royale Madame du Barry illustre bien la dynamique entre image officielle et diffusion par variantes : Pajou est lié à plusieurs portraits de Madame du Barry, connus par des bustes et des modèles qui inspirent ensuite des interprétations et des oeuvres “d’après”.
La deuxième typologie est la statue en pied, souvent associée à un programme public ou institutionnel. La commande d’un grand homme, destinée à un lieu emblématique, répond à un objectif de représentation et d’exemplarité. Les statues de savants et d’écrivains, placées dans des jardins, musées ou espaces de savoir, entrent dans cette catégorie. Les projets préparatoires (dessins, bozzetti, terres cuites) peuvent aussi apparaître sur le marché, avec une logique de collection différente de celle d’un marbre monumental, mais une valeur parfois élevée lorsqu’ils sont bien documentés.
La troisième typologie est la statuaire mythologique et allégorique, conçue pour des décors de jardins, d’architectures ou d’intérieurs. Pajou est associé à des sujets comme “Neptune calmant les flots” ou “Psyché abandonnée”, qui relèvent d’un goût du XVIIIe siècle pour l’Antique, la narration mythologique et le nu idéalisé. Même lorsque ces sculptures sont aujourd’hui conservées en musée, elles servent de références stylistiques pour reconnaître des modèles, des réductions ou des pièces inspirées. Dans la sphère décorative, on rencontre aussi des figures de nymphes, de divinités, de putti, ainsi que des bustes idéalisés destinés à l’ornement des appartements.
Matériaux courants rencontrés
Le marbre est le matériau le plus prestigieux pour la sculpture d’apparat, car il est lié à la permanence, à l’institution et au décor monumental. Il est typique des commandes majeures et des statues destinées à des lieux officiels. La terre cuite occupe un rôle central dans le processus de création et dans la diffusion : elle peut correspondre à un modèle préparatoire, à une variante, ou à une oeuvre autonome. Sur le marché, des terres cuites attribuées à Pajou, à son cercle ou “d’après” Pajou sont fréquentes, avec des niveaux de valeur très variables selon l’authenticité et la qualité. Le bronze apparaît sous forme de fontes, de réductions, de médaillons, ou d’objets décoratifs. Certaines oeuvres en bronze sont des productions postérieures, réalisées à partir de modèles ou d’images associées à Pajou, ce qui nécessite une lecture précise du contexte. Enfin, on peut rencontrer des matériaux composites et des productions décoratives d’inspiration XVIIIe siècle (biscuit, composition, plâtre), souvent plus accessibles, mais dont la valeur dépend fortement de l’époque d’exécution et de la crédibilité du lien avec un modèle de Pajou.
Repères chronologiques et évolutions de style
Sur le plan stylistique, l’époque de Pajou correspond à un passage entre un goût encore sensible aux grâces du XVIIIe siècle et l’affirmation du néoclassicisme. Dans les portraits, cela se traduit par une recherche d’expressivité et une attention aux attributs (vêtements, perruques, accessoires), tout en visant une image contrôlée, conforme au statut du modèle. Dans la mythologie, le style se rapproche d’un idéal antique : proportions, draperies, attitudes, et narration plus “morale” ou exemplaire. Les bouleversements de la fin du siècle modifient aussi les circuits de commandes et la diffusion des modèles : certaines oeuvres restent associées à des institutions, d’autres circulent par des reprises, des réductions et des interprétations au XIXe siècle, ce qui explique la présence d’objets “d’après Pajou” dans la statuaire décorative plus tardive.
Facteurs influençant la valeur
Le premier facteur est le niveau d’attribution. Une oeuvre autographée (signée ou solidement documentée) n’a pas la même valeur qu’une oeuvre “attribuée à”, “atelier de”, “cercle de”, “suiveur de” ou “d’après”. Ces mentions ne sont pas des nuances mineures : elles structurent la demande et la liquidité sur le marché. Dans le cas de Pajou, la question est fréquente, car beaucoup de pièces décoratives reprennent des types de bustes ou des sujets associés au XVIIIe siècle. Une attribution solide s’appuie sur la cohérence stylistique, la comparaison avec des références connues, la présence d’inscriptions, et la qualité de la provenance.
Le deuxième facteur est le sujet et sa portée historique. Un portrait lié à une figure de cour (par exemple Madame du Barry) ou à une personnalité savante (par exemple Buffon) suscite une demande plus large, car il intéresse à la fois les collectionneurs de sculpture et ceux de l’histoire de France. Les sujets mythologiques peuvent aussi être très recherchés lorsqu’ils correspondent à des modèles célèbres, à une iconographie identifiable et à un format décoratif facile à intégrer dans un intérieur. A l’inverse, des sujets plus génériques, même séduisants, peuvent avoir une valeur plus dépendante de la qualité d’exécution et du matériau.
Le troisième facteur est le matériau et l’échelle. A statut d’attribution comparable, un marbre monumental et une petite sculpture décorative n’évoluent pas dans la même gamme de valeur. Les terres cuites peuvent toutefois atteindre des niveaux élevés lorsqu’elles sont considérées comme des modèles proches de l’invention, ou lorsqu’elles se rattachent clairement à une commande. Pour les bronzes, l’identification de la période de fonte et du contexte de production est déterminante, car un bronze ancien, documenté, ne se compare pas à une fonte tardive issue d’un goût historiciste. De même, une sculpture en “composition” ou un objet décoratif du XIXe siècle “d’après” peut avoir une valeur d’agrément, mais n’atteint pas les niveaux d’une sculpture reconnue comme oeuvre du XVIIIe siècle.
Le quatrième facteur est la provenance et la documentation. Une provenance ancienne, une présence dans un inventaire, une exposition, une bibliographie, ou un lien clair avec un décor identifié renforcent la confiance et donc la valeur. A l’inverse, une pièce isolée, sans historique, se valorise surtout par sa qualité intrinsèque et par la prudence des acheteurs. Dans une thématique comme les commandes royales, la documentation peut avoir un effet direct : elle ne sert pas uniquement à “raconter” l’objet, elle sécurise son statut et sa place dans l’histoire de l’art.
Le cinquième facteur est la cohérence avec le goût actuel. Le marché est sensible aux oeuvres lisibles, décoratives, et immédiatement identifiables. Les bustes, les figures mythologiques et les objets d’ornement de bon format peuvent bénéficier d’une demande régulière. Les pièces plus complexes, très spécialisées, ou relevant d’un corpus savant (par exemple certains projets) peuvent atteindre des niveaux élevés, mais s’adresser à un public plus restreint. Là encore, la valeur dépend autant de la rareté que de la capacité de l’oeuvre à être comprise et comparée à des références.
Marché de l’art : demande, cote, valeur
Sur le marché, Augustin Pajou est porté par deux dynamiques complémentaires. D’une part, la reconnaissance institutionnelle : plusieurs oeuvres de référence sont conservées dans des musées, ce qui stabilise l’intérêt et fournit des points de comparaison. D’autre part, la rareté relative des sculptures autographes, qui limite l’offre et renforce l’attention portée aux attributions. Les collectionneurs recherchent en priorité des pièces convaincantes par leur qualité et leur documentation : bustes de portrait, terres cuites significatives, bronzes anciens, et objets décoratifs associés à des modèles identifiés. Les oeuvres “d’après Pajou” constituent un segment distinct : la demande existe, notamment pour des pièces décoratives bien composées, mais la valeur y est plus sensible à l’époque d’exécution, à la qualité et à la précision de la désignation.
La cote dépend donc fortement de la catégorie de l’objet. On observe un écart marqué entre, d’un côté, les objets décoratifs tardifs, parfois vendus à des niveaux accessibles, et, de l’autre, des oeuvres mieux documentées, pouvant atteindre des montants nettement plus élevés. La présence d’un sujet de cour, d’une commande identifiée, ou d’un lien avec une institution peut accroître la compétition. Dans les ventes spécialisées “Sculpture et Objets d’art”, la sculpture française du XVIIIe siècle bénéficie d’un public international, ce qui soutient la valeur des pièces jugées importantes. Enfin, les oeuvres proches des commandes royales (par le sujet, la destination ou la documentation) suscitent un intérêt particulier, car elles se situent au croisement de l’histoire de l’art, de l’histoire du goût et de l’histoire politique.
Dans ce contexte, une expertise est utile pour replacer l’objet dans une chaîne de production : invention de l’artiste, travail d’atelier, réplication, réduction, fonte, reprise au XIXe siècle, ou simple inspiration. Pour une sculpture attribuée à Pajou ou “d’après”, l’enjeu n’est pas uniquement de donner un nom, mais de qualifier exactement le statut. C’est ce qui permet d’expliquer une valeur cohérente, d’argumenter la présentation, et de comparer l’objet à des résultats publics. Le bureau d’expertise de Fabien Robaldo, au sein de MILLON, intervient précisément sur ces questions d’identification, de contextualisation et d’évaluation.
Résultats de ventes vérifiés
- Artcurial, vente n°3927 “Terres cuites & autres sculptures”, lot 133 “Portrait d’Augustin Pajou de profil à droite” (Philippe-Laurent Roland), vendu 38 000 €.
- Artcurial, vente n°IT6346 “Four Seasons Hotel George V, Paris Online”, lot 183 “Buste de la princesse de Lamballe” (d’après Augustin Pajou), vendu 590 €.
- Christie’s Londres, 1er mai 2013, lot 309, figure en terre cuite d’après Pajou (mentionnée en comparaison), prix adjugé 40 000 £, équivalent indicatif 46 000 €.
- Sotheby’s Londres, 21 mars 2007, lot 109, figure en terre cuite d’après Pajou (mentionnée en comparaison), prix adjugé 33 600 £, équivalent indicatif 39 000 €.
Conclusion
La thématique “Augustin Pajou : commandes royales et statuaire décorative” recouvre des réalités variées : portraits liés à la cour, projets et statues associées à des lieux publics, et objets décoratifs diffusés par reprises et interprétations. Cette diversité explique les écarts de valeur constatés, et impose une qualification précise de l’attribution et du contexte. Pour connaître la valeur d’une sculpture attribuée à Pajou, de son cercle, ou “d’après”, vous pouvez solliciter une estimation gratuite auprès de Fabien Robaldo (bureau d’expertise MILLON), sur photographies et informations disponibles (dimensions, matériau, inscriptions, provenance et documents associés).
FAQ
Qui est Augustin Pajou ?
Augustin Pajou (1730-1809) est un sculpteur français actif au XVIIIe siècle, connu pour ses portraits, ses sujets mythologiques et ses participations à des programmes officiels liés aux institutions et à la cour.
Que signifie “commande royale” pour une sculpture du XVIIIe siècle ?
Il s’agit d’une oeuvre commandée, financée ou validée par des instances liées au roi (administrations des bâtiments, institutions, programmes publics), destinée à un lieu officiel ou à un ensemble de représentation.
Qu’appelle-t-on “statuarie décorative” dans le cas de Pajou ?
Ce sont des sculptures conçues pour dialoguer avec un décor intérieur ou extérieur : jardins, architectures, appartements, objets d’ornement, avec des sujets mythologiques, allégoriques ou des portraits d’apparat.
Quelle différence entre “attribué à”, “atelier de”, “cercle de” et “d’après” ?
“Attribué à” suggère une attribution probable mais non certaine, “atelier de” renvoie à une production de l’atelier, “cercle de” à un proche contemporain, et “d’après” à une oeuvre postérieure ou une reprise inspirée d’un modèle associé à l’artiste.
Les oeuvres “d’après Augustin Pajou” ont-elles une valeur ?
Oui, une valeur existe, surtout si l’objet est décoratif, de bonne qualité et de période ancienne, mais elle reste généralement distincte de celle d’une oeuvre autographée ou solidement attribuée au XVIIIe siècle.
Quels sujets sont les plus recherchés sur le marché ?
La demande se concentre souvent sur les portraits identifiables (personnages de cour, grands hommes) et sur les sujets mythologiques célèbres, surtout lorsqu’ils se rattachent à des modèles documentés.
Le matériau influence-t-il fortement la valeur ?
Oui, car le matériau est lié au statut de l’oeuvre (commande, modèle, objet décoratif) et à la perception du marché : marbre, terre cuite et bronze ne se comparent pas à niveau d’attribution égal.
Une terre cuite est-elle forcément un modèle préparatoire ?
Non. Une terre cuite peut être un modèle, une variante, une oeuvre autonome ou une reprise. Le contexte, l’époque et la cohérence stylistique sont déterminants.
Comment se préparer à une expertise d’une sculpture attribuée à Pajou ?
Réunissez des photos nettes (face, profils, dos, base), les dimensions, le matériau supposé, toute inscription, et les informations de provenance ou de transmission familiale si elles existent.
Pourquoi la provenance compte-t-elle dans une commande royale ou un décor ?
Parce qu’elle peut relier l’objet à un lieu, une institution ou une personnalité, et renforcer la crédibilité de l’attribution, ce qui influe directement sur la valeur.
Peut-on comparer une sculpture à des résultats de ventes pour estimer sa valeur ?
Oui, à condition de comparer des catégories cohérentes (statut d’attribution, matériau, dimensions, sujet, période) et d’utiliser des résultats publics réellement comparables.
Comment obtenir une estimation gratuite avec Fabien Robaldo ?
Vous pouvez demander une estimation gratuite à Fabien Robaldo (bureau d’expertise MILLON) en transmettant des photographies et les informations essentielles sur l’objet.
Sources : https://www.christies.com/en/lot/lot-6000162 https://www.christies.com/en/lot/lot-152920 https://www.artcurial.com/ventes/3927/lots/133-a https://www.artcurial.com/en/sales/IT6346/lots/183-a https://fr.wikipedia.org/wiki/Psych%C3%A9_abandonn%C3%A9e_%28Pajou%29 https://en.wikipedia.org/wiki/Neptune_%28Pajou%29 https://www.parismuseescollections.paris.fr/fr/musee-carnavalet/oeuvres/poincon-amour-chevauchant-un-lion-1788