Bertel Thorvaldsen : bas-reliefs et statues monumentales en Europe

Expertise des œuvres de l'artiste et présentation de celui-ci, “Portrait de Bertel Thorvaldsen par Carl Joseph Begas, (vers 1820), Saint-Pétersbourg, musée de l'Ermitage
Portrait de Bertel Thorvaldsen par Carl Joseph Begas, (vers 1820), Saint-Pétersbourg, musée de l'Ermitage

Bas-reliefs et statues monumentales en Europe : repères, typologies et valeur

Introduction

Bertel Thorvaldsen (1768-1844) occupe une place majeure dans la sculpture néoclassique européenne. Formé à Copenhague et installé de longues années à Rome, il reçoit des commandes publiques et privées dans plusieurs pays. Son nom reste associé à des programmes monumentaux, mais aussi à un corpus important de bas-reliefs, souvent diffusés sous forme de modèles, de réductions et de reprises par des ateliers. Cette diffusion explique pourquoi l’on rencontre aujourd’hui, sur le marché, des objets très différents sous le nom de Thorvaldsen : œuvres autographes, œuvres d’atelier, tirages postérieurs, et pièces “d’après” inspirées de compositions célèbres.

Cette page propose une synthèse factuelle sur les bas-reliefs et les statues monumentales liés à Thorvaldsen en Europe, avec des repères utiles pour comprendre les typologies, les matériaux, les usages et les éléments qui influencent la valeur. L’objectif est aussi d’aider à situer une œuvre ou un objet “dans le goût de Thorvaldsen” avant de demander un avis professionnel.

Comprendre la thématique : bas-relief et statuaire monumentale chez Thorvaldsen

Un bas-relief est une sculpture en faible saillie par rapport à un fond. Il se distingue du haut-relief, où les formes se détachent davantage et peuvent tendre vers la ronde-bosse. Chez Thorvaldsen, le bas-relief est un format central : il permet de construire des scènes narratives, mythologiques ou allégoriques dans un cadre rectangulaire, circulaire ou en lunette, avec une lecture proche de l’image. À l’échelle des intérieurs, ces reliefs peuvent fonctionner comme des “tableaux de marbre” et circuler plus facilement que des statues en ronde-bosse.

La statue monumentale, au contraire, relève d’une commande publique ou commémorative, pensée pour un espace urbain, un édifice religieux, un palais, un musée ou un mémorial. Elle implique généralement une visibilité à longue distance, une iconographie lisible et une inscription dans un contexte politique, religieux ou civique. Dans l’Europe du premier XIXe siècle, ce type de sculpture participe à la construction d’une mémoire collective : figures historiques, allégories nationales, hommages aux savants, écrivains et souverains. Thorvaldsen travaille dans ce cadre, avec une esthétique néoclassique qui privilégie la clarté des silhouettes, la sobriété des gestes et des références à l’Antique.

Il faut enfin distinguer l’œuvre originale de l’œuvre “d’après”. Le succès de certaines compositions de Thorvaldsen a favorisé une large diffusion : modèles en plâtre, reprises en marbre, fontes en bronze, porcelaines en biscuit, plaques décoratives, éléments d’ameublement. Ces objets ne relèvent pas tous de la sculpture monumentale, mais ils témoignent de la réception européenne de son style. Cette distinction est déterminante dès que l’on aborde la valeur et la lecture du marché.

Typologies, matériaux, périodes et style : repères simples

Les grandes catégories de bas-reliefs

On rencontre plusieurs typologies de reliefs associés à Thorvaldsen. Les panneaux rectangulaires, souvent narratifs, présentent des sujets mythologiques, antiques ou allégoriques. Les lunettes s’adaptent à une architecture (au-dessus d’une porte, d’une niche, d’un arc). Les médaillons et rondeaux offrent une composition concentrée, parfois à la manière d’une médaille sculptée. Dans les ensembles décoratifs, le relief peut devenir frise, avec une lecture horizontale et rythmée.

Les sujets récurrents sont liés au vocabulaire néoclassique : Cupidon, les Muses, Bacchus, des épisodes de la mythologie grecque et romaine, des figures allégoriques (Jour, Nuit, Saisons), ou des scènes inspirées de la poésie antique. Sur le plan du style, les reliefs privilégient une organisation claire des plans, des profils nets, et une narration lisible. Ces critères sont utiles pour comparer une pièce à un corpus connu, sans entrer dans une analyse technique avancée.

Les statues et monuments : fonctions et formats

La statuaire monumentale se décline en plusieurs formats : statue isolée sur piédestal, groupe sculpté, figure funéraire, monument commémoratif, programme décoratif d’architecture (frontons, niches, grands ensembles). Thorvaldsen est associé à des commandes religieuses et civiles. Parmi les œuvres très célèbres, on cite souvent “Jason avec la Toison d’or” comme statue emblématique de son succès romain, ainsi que des ensembles à destination de Copenhague comme “Christus” et la série des Apôtres (dans un contexte religieux). À l’échelle européenne, son nom est également lié à des monuments publics et à des projets commémoratifs, où l’esthétique néoclassique sert une idée de permanence et d’exemplarité.

Pour l’amateur ou le collectionneur, l’enjeu est de comprendre que la “monumentalité” peut exister à deux niveaux : la monumentalité réelle (une œuvre conçue pour un site) et la monumentalité de référence (un objet d’intérieur qui reprend, en réduction, une composition conçue initialement dans un autre contexte). Cette différence pèse fortement sur la rareté et donc sur la valeur.

Matériaux rencontrés (originaux, modèles et reprises)

Le marbre est le matériau le plus associé au prestige néoclassique. On le trouve dans des reliefs aboutis comme dans des statues. Le plâtre intervient à plusieurs niveaux : modèle d’atelier, tirage préparatoire, ou reproduction postérieure destinée à l’enseignement, à la décoration ou aux collections. La terre cuite peut apparaître comme matériau de travail ou de modèle. Le bronze intervient surtout dans des fontes, souvent postérieures, qui reprennent des compositions connues. Enfin, les porcelaines en biscuit et certains matériaux composites relèvent fréquemment de l’objet décoratif “d’après”, très présent sur le marché européen aux XIXe et XXe siècles.

Il est utile d’ajouter un repère chronologique simple. La création de Thorvaldsen se situe principalement entre la fin du XVIIIe siècle et la première moitié du XIXe siècle. Les œuvres “d’après” peuvent être nettement plus tardives. Elles répondent à la diffusion du goût néoclassique, puis à des renaissances historicistes. Cette distance chronologique n’empêche pas l’intérêt artistique ou décoratif, mais elle modifie les critères d’attribution et les niveaux de valeur.

Ce qui influence la valeur : critères d’analyse sans aborder la conservation

La valeur d’un bas-relief ou d’une sculpture associée à Thorvaldsen dépend d’abord du niveau d’attribution. Une œuvre reconnue comme autographe (conçue et exécutée sous la responsabilité directe de l’artiste) n’a pas le même statut qu’une œuvre d’atelier, qu’un tirage ancien d’après modèle, ou qu’une pièce “after” du XIXe ou du XXe siècle. Dans la pratique, l’attribution s’appuie sur la documentation disponible, les comparaisons avec des compositions répertoriées, les marques, les signatures, et les provenances cohérentes.

Le second facteur est le matériau. À sujet comparable, un relief en marbre se situe généralement dans une gamme supérieure à un plâtre ou à une porcelaine. Toutefois, un plâtre ancien de référence, lié à une diffusion académique ou à un atelier réputé, peut conserver un intérêt important. À l’inverse, un objet décoratif tardif “dans le goût de” peut relever d’une gamme plus accessible, même si la composition est séduisante.

Le troisième facteur est l’échelle et l’ambition du format. Les œuvres de grand format, et plus encore celles qui renvoient à un programme monumental (modèle de monument, grand relief narratif, composition à plusieurs figures), sont plus rares que les petits médaillons décoratifs. La lisibilité de la composition et la qualité générale de la mise en scène (nombre de figures, complexité du récit, présence d’attributs) jouent également sur la perception et donc sur la valeur.

La provenance et l’historique documentaire constituent un autre levier majeur. Une œuvre associée à une collection identifiée, à un contexte de commande, ou à une ancienne présentation publique peut gagner en importance. À l’inverse, une pièce isolée, sans information et sans correspondance claire avec des modèles répertoriés, s’évalue d’abord comme objet décoratif ou comme sculpture d’école néoclassique, selon le cas.

Enfin, l’iconographie influence la demande. Les compositions directement rattachées à l’image publique de Thorvaldsen et à ses grandes réussites (grands sujets mythologiques, figures de la tradition classique, thèmes connus de son répertoire) sont plus recherchées que des sujets plus anecdotiques. Le marché est aussi sensible au caractère “emblématique” : une œuvre immédiatement reconnaissable, proche d’un modèle de musée, est plus facile à valoriser qu’une œuvre dont la référence est incertaine.

Marché de l’art : demande, cote et valeur selon les catégories

Le marché de Thorvaldsen se structure en réalité en plusieurs marchés. Le premier, très restreint, concerne les œuvres majeures et rares (marbres importants, reliefs significatifs, pièces avec provenance de haut niveau). Ces œuvres circulent peu. Elles intéressent un public international, avec une attention particulière des institutions et des collectionneurs spécialisés dans la sculpture néoclassique. Les montants peuvent alors se situer à des niveaux élevés, mais les occurrences sont limitées.

Le second marché, plus fréquent, concerne les œuvres d’atelier, les tirages et les réductions anciennes. On y trouve des reliefs en marbre de plus petite dimension, des plâtres, des terres cuites, et des objets de diffusion liés à l’enseignement artistique. Ce segment est important car il correspond à la réalité historique de la circulation des modèles au XIXe siècle. La valeur y dépend beaucoup de l’identification du modèle, de la qualité de la reproduction et du contexte de production (atelier, éditeur, manufacture, destination).

Le troisième marché concerne les œuvres “d’après Thorvaldsen”, souvent plus tardives : bronzes décoratifs, biscuits en porcelaine, plaques en relief, ou objets intégrant des motifs inspirés de compositions connues. C’est un segment large, où l’amateur peut trouver des pièces intéressantes à des niveaux de prix très variables. Les mentions “after”, “d’après”, “dans le goût de”, ou la référence à une manufacture (par exemple pour la porcelaine) jouent ici un rôle déterminant. Dans ce cadre, on raisonne davantage en termes d’objet d’art, d’édition, et d’attrait décoratif, qu’en termes d’œuvre originale.

En pratique, parler de “cote” pour Thorvaldsen impose de préciser la catégorie exacte. Une même composition peut exister sous forme de marbre, de plâtre, de bronze, ou de porcelaine. Sans cette précision, la comparaison de prix n’a pas de sens. C’est pour cette raison qu’une expertise fondée sur l’objet, ses marques et sa documentation reste indispensable pour déterminer une valeur cohérente avec le marché.

Le bureau d’expertise de Fabien Robaldo, au sein de MILLON, intervient précisément sur ce type de problématique : identifier la nature de l’objet (original, atelier, édition, “d’après”), clarifier sa datation probable, et positionner sa valeur au regard de comparables pertinents. Cette étape est particulièrement utile pour les reliefs, car le format se prête aux reprises et aux variantes.

Résultats de ventes vérifiés (sélection)

Les résultats ci-dessous sont donnés à titre d’exemples documentés. Ils montrent l’amplitude possible des prix selon qu’il s’agit d’une œuvre directement attribuée, d’un modèle, ou d’un objet intégrant un motif “d’après” Thorvaldsen. Pour certains résultats publiés hors zone euro, une conversion peut être nécessaire pour une comparaison stricte.

  • Dorotheum (Vienne), 26/04/2018, lot 965, figurine en biscuit en porcelaine “modèle de Thorvaldsen” (Bing & Grondahl, Danemark, vers 1880) – prix réalisé : 2 000 €.
  • Dorotheum (Vienne), 05/11/2020, lot (Works of Art), meuble historiciste avec panneaux en bas-relief “Day” et “Night” d’après un modèle de Thorvaldsen – prix réalisé : 9 600 €.
  • Sotheby’s (New York), 30/01/2014, ensemble de reliefs incluant une composition attribuée à Thorvaldsen (mentionné dans une notice de vente ultérieure) – prix communiqué : 2 405 000 $ (conversion en euros à établir selon le taux de change de la date).

Conclusion

Les bas-reliefs et statues monumentales associés à Bertel Thorvaldsen constituent un champ complexe, car son succès a entraîné une diffusion massive de ses compositions en Europe, sous des formes et des matériaux très variés. Pour déterminer une valeur, il est indispensable de qualifier précisément l’objet : nature (relief, statue, réduction), matériau, dimensions, niveau d’attribution, contexte de production, et correspondance avec un modèle identifié.

Pour une appréciation fiable et argumentée, vous pouvez demander une estimation gratuite auprès de Fabien Robaldo. Au sein de MILLON, il vous aide à clarifier l’attribution, à situer l’œuvre dans la production et la diffusion du néoclassicisme, et à positionner sa valeur au regard du marché.

FAQ

Comment reconnaître un bas-relief lié à Thorvaldsen ?

On commence par identifier le sujet, la composition et le format, puis on recherche une correspondance avec des modèles connus. Les signatures, marques de manufacture et provenances documentées peuvent ensuite affiner l’attribution.

Quelle est la différence entre une œuvre “de Thorvaldsen” et une œuvre “d’après Thorvaldsen” ?

Une œuvre “de” Thorvaldsen renvoie à une attribution directe (ou d’atelier selon les cas). Une œuvre “d’après” reprend une composition, souvent plus tardivement, sous forme de réduction, d’édition ou d’objet décoratif.

Les bas-reliefs sont-ils toujours en marbre ?

Non. On rencontre aussi des plâtres, terres cuites, bronzes et des versions décoratives en porcelaine en biscuit, selon la destination et l’époque de production.

Pourquoi existe-t-il autant de versions d’un même sujet ?

Les compositions néoclassiques ont souvent été reprises : modèles d’atelier, commandes multiples, et diffusion par des tirages ou des manufactures. La comparaison des versions fait partie de l’analyse.

Une petite plaque en relief peut-elle avoir une forte valeur ?

Oui, si elle est rare, bien documentée et liée à un modèle important. Mais beaucoup de petites plaques relèvent aussi de la diffusion décorative, avec des niveaux de prix plus accessibles.

Quels sujets sont les plus recherchés ?

Souvent les thèmes mythologiques majeurs, les compositions emblématiques et les œuvres proches des modèles conservés dans des institutions. La demande dépend aussi du matériau et de l’attribution.

Les porcelaines en biscuit liées à Thorvaldsen sont-elles des originaux ?

Généralement non : ce sont des éditions ou des interprétations d’après modèles. Leur intérêt se juge selon la manufacture, la période et la qualité de l’édition.

La présence d’une signature garantit-elle l’authenticité ?

Non, une signature peut exister sur des œuvres originales comme sur des reprises ou des éditions. Elle doit être analysée avec le matériau, le style, et la documentation.

Une œuvre monumentale de Thorvaldsen passe-t-elle souvent sur le marché ?

Les pièces majeures et monumentales sont rares en vente. Le marché propose plus fréquemment des reliefs, des modèles, des réductions et des œuvres “d’après”.

Comment une provenance influence-t-elle la valeur ?

Une provenance claire et cohérente renforce l’intérêt, car elle facilite l’attribution et la contextualisation. Elle peut aussi améliorer la comparabilité avec des ventes publiques.

Peut-on estimer une œuvre à partir de photos ?

Une première orientation est parfois possible, mais l’identification fine exige souvent des mesures, des vues détaillées et des informations sur les marques, inscriptions et historiques.

Pourquoi demander une estimation professionnelle pour un relief “dans le goût de Thorvaldsen” ?

Parce que le marché distingue fortement original, atelier, édition et “d’après”. Une estimation professionnelle permet de positionner correctement la valeur et d’éviter les comparaisons inadaptées.

Sources (liens) : https://www.dorotheum.com/de/l/5128595/ ; https://www.dorotheum.com/en/l/6929335/ ; https://www.sothebys.com/en/auctions/ecatalogue/2018/treasures-l18303/lot.26.html ; https://en.wikipedia.org/wiki/Jason_with_the_Golden_Fleece_(Thorvaldsen) ; https://en.wikipedia.org/wiki/Cupid_and_Psyche_(Thorvaldsen) ; https://en.wikipedia.org/wiki/Ganymede_and_the_Eagle

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