Charles Malfray : sculpture française de l’entre-deux-guerres, repères, styles et valeur
Introduction
Charles Malfray (1887-1940) occupe une place identifiable dans la sculpture française de l’entre-deux-guerres. Son nom apparaît à la fois dans l’histoire des commandes publiques (notamment autour des monuments commémoratifs) et dans le marché des sculptures de format plus intime, éditées en bronze, en plâtre ou en terre cuite. Pour un collectionneur, un héritier ou un amateur, l’intérêt du sujet est double : comprendre ce qui caractérise l’œuvre de Malfray dans le paysage artistique des années 1920-1930, et savoir quels éléments concrets orientent la valeur d’une sculpture attribuée ou signée de sa main.
Cette thématique est aussi utile pour situer Malfray parmi les sculpteurs qui, entre tradition figurative et modernité mesurée, ont renouvelé les volumes, les silhouettes et la manière de traiter le corps, le drapé, ou la tension des poses. Le but de cet article est d’apporter des repères simples et vérifiables sur les typologies d’œuvres, les matériaux rencontrés, les critères qui pèsent sur la demande, et quelques résultats d’enchères accessibles publiquement.
Comprendre la sculpture de l’entre-deux-guerres autour de Charles Malfray
Parler de « sculpture française de l’entre-deux-guerres » revient à désigner un contexte précis : l’après Première Guerre mondiale, puis les années 1920-1930, jusqu’aux débuts du second conflit mondial. Sur le plan artistique, cette période n’est pas uniforme. Elle est traversée par des tendances parfois opposées, allant d’une figuration classique réaffirmée à des recherches plus radicales sur la simplification des formes.
Dans ce cadre, Charles Malfray apparaît comme un sculpteur qui reste attaché au langage figuratif, tout en adoptant des choix plastiques plus condensés. Les volumes peuvent être ramassés, les attitudes intériorisées, et les lignes du corps traitées avec une sobriété qui s’accorde avec certaines sensibilités de l’époque. Cela explique que ses œuvres puissent être rattachées, selon les pièces, à une atmosphère proche de la sculpture « de synthèse » : une volonté de dire beaucoup avec peu d’effets, sans pour autant basculer dans l’abstraction.
La thématique Malfray permet aussi d’aborder, de façon concrète, plusieurs sujets typiques de l’entre-deux-guerres : les résonances de la guerre (mémoire, douleur, silence, recueillement), les commandes publiques et leur réception, mais aussi l’intérêt durable pour le nu, les études de mouvement, et le drapé « à l’antique » que l’on retrouve dans une partie de la production sculptée française de ces années.
Typologies, matériaux, périodes et styles : repères simples
Pour aborder Charles Malfray de manière structurée, il est utile de distinguer les types d’œuvres qui reviennent le plus souvent en collections privées et sur le marché : sculptures éditées en bronze, plâtres (modèles, épreuves, ou tirages), terres cuites, et plus rarement marbres ou pierres selon les ensembles. À cela s’ajoutent les œuvres liées aux commandes publiques, qui appartiennent davantage à l’histoire des monuments qu’au marché de la sculpture de cabinet.
Les sculptures en bronze : la catégorie la plus visible en ventes
Dans les ventes publiques, Malfray est régulièrement représenté par des bronzes. Ils peuvent être de dimensions modestes (format de bibliothèque, console, ou petit socle), ou plus importants. Sur ces pièces, plusieurs éléments reviennent fréquemment dans les descriptions : une signature (souvent « Malfray » ou des initiales), une numérotation (par exemple 7/8, 5/8), et un cachet de fondeur sur certaines épreuves. Il faut retenir que les bronzes peuvent exister en plusieurs fontes, avec des patines différentes, et que le marché distingue les épreuves de belle qualité et de bon format des pièces plus secondaires.
Plâtres, terres cuites et modèles : un intérêt spécifique
Les plâtres et les terres cuites sont des catégories importantes pour comprendre un sculpteur. Ils peuvent correspondre à un modèle de travail, à une épreuve d’atelier, ou à une version destinée à être présentée. Sur le marché, ces pièces peuvent intéresser les amateurs qui cherchent une lecture plus directe du modelé, parfois avec une présence plus « brute » que le bronze. Pour Malfray, ces supports sont aussi liés à la question des variantes : une même composition peut exister en différentes tailles, ou avec des détails modifiés.
Périodes : de l’après-guerre aux années 1930
Le cœur de la thématique se situe entre 1918 et la fin des années 1930. Les années 1920 sont marquées, dans la sculpture française, par le besoin de reconstruire symboliquement et socialement, avec un rôle important des monuments aux morts. Les années 1930 voient coexister des tendances Art déco, une certaine épuration des formes, et des commandes décoratives ou institutionnelles. Chez Malfray, on retrouve des sujets qui dialoguent avec ces contextes : figures intériorisées, nus stylisés, drapés, parfois une gravité qui renvoie à l’expérience de la guerre et à ses conséquences.
Styles : figuration modernisée, volumes synthétiques, drapés et figures
Sans entrer dans l’analyse technique avancée, on peut décrire le « style Malfray » par quelques constantes que l’on observe souvent : simplification des surfaces, recherche d’un volume lisible, poses concentrées, et une manière de traiter le corps qui privilégie la masse plutôt que le détail. Certaines œuvres sont proches d’une sensibilité Art déco (par le goût des lignes tendues et des formes épurées), d’autres restent plus liées à un classicisme modernisé (notamment dans les drapés, les attitudes, ou certaines compositions inspirées par l’Antiquité).
Pour situer ces tendances auprès d’un public large, il est utile de citer des titres d’œuvres souvent associés à l’artiste dans les catalogues : « Le Silence » (et ses variantes), ou des figures féminines drapées, ainsi que des études de torses. Ces titres apparaissent régulièrement sous des appellations proches selon les ventes (variantes de sous-titres, mentions « dit », ou précision d’une version).
Ce qui influence la valeur d’une sculpture de Charles Malfray
La valeur d’une sculpture de Charles Malfray ne se résume pas au nom de l’artiste. Elle résulte d’un ensemble de facteurs concrets, visibles dans les catalogues, les dossiers d’œuvre et la comparaison avec des résultats publics. L’objectif, pour un propriétaire, est d’identifier les critères qui pèsent réellement sur la demande, sans confondre « présence décorative » et « intérêt de marché ».
Le sujet et la composition
Le thème représenté reste déterminant. Les œuvres emblématiques (ou perçues comme telles) soutiennent davantage la demande. Les compositions liées à la mémoire de la guerre, les figures fortement caractérisées, ou les modèles bien documentés (répertoriés, reproduits, exposés) peuvent être plus recherchés. À l’inverse, une œuvre de lecture plus générique, ou un modèle plus rare mais moins identifié, peut nécessiter un travail d’attribution, de contextualisation et de comparaison pour convaincre un marché plus large.
Le matériau et le statut de l’épreuve
Le bronze, la terre cuite, le plâtre ou la pierre n’impliquent pas les mêmes attentes. Dans les ventes, le bronze reste souvent le support le plus liquide car il rassure les acheteurs par son statut d’édition. Pour autant, une terre cuite ou un plâtre de qualité, bien attribué, peut atteindre des niveaux significatifs si l’œuvre est forte et si sa provenance est claire.
Le statut de l’épreuve est également central : pièce unique, épreuve d’artiste (souvent notée « EA »), tirage numéroté (par exemple 7/8), ou fonte postérieure selon les cas. Dans l’esprit du marché, une numérotation cohérente, une signature lisible, et un marquage de fondeur présent peuvent renforcer l’attractivité, car ils structurent l’information et facilitent la comparaison avec des ventes antérieures.
Dimensions, qualité de présentation et lisibilité de l’attribution
Le format influence directement l’intérêt et l’enchère. Un bronze de belle taille, avec une présence sculpturale forte, se positionne généralement mieux qu’un petit sujet très diffusé. Dans le même temps, une œuvre de dimensions modestes peut bien se défendre si elle correspond à un modèle rare, à un sujet recherché, ou si elle est bien documentée.
La lisibilité de l’attribution est un point pratique : signature, mention d’atelier, numérotation, cachet, historique de collection, bibliographie, expositions. Plus les informations sont claires, plus la confiance augmente, ce qui peut soutenir la valeur. À l’inverse, une pièce sans marquage, ou avec une attribution fragile, se négocie souvent avec une marge de prudence.
Provenance, documentation, et rattachement aux sources
La provenance est un facteur structurant, notamment lorsqu’elle permet de relier l’œuvre à un atelier, à une collection ancienne, ou à un circuit identifié (galerie, succession, exposition). Une documentation simple mais solide (facture ancienne, archive familiale, catalogue d’exposition, référence bibliographique) peut suffire à améliorer la perception de l’œuvre. Pour un sculpteur de l’entre-deux-guerres, ces éléments sont souvent décisifs pour distinguer une épreuve de qualité d’une pièce plus difficile à situer.
Marché de l’art : demande, cote et niveaux de valeur observés
Le marché de Charles Malfray est un marché de connaisseurs, alimenté par des ventes françaises et, plus largement, européennes. Il s’inscrit dans un segment où la sculpture figurative française du XXe siècle reste active, notamment autour des artistes associés à la modernité « classique » de l’entre-deux-guerres. La demande se concentre en pratique sur des œuvres faciles à identifier, avec un bon équilibre entre qualité plastique, format et documentation.
La cote de Malfray n’est pas homogène : elle varie fortement selon le modèle, la taille, le matériau, et le statut de l’épreuve. Les bases publiques consultables montrent des adjudications modestes sur certains petits bronzes, mais aussi des résultats plus élevés pour des œuvres mieux identifiées ou plus importantes. Pour un propriétaire, la bonne approche consiste à comparer « à modèle comparable » : même sujet, dimensions proches, même nature d’épreuve (numérotée, EA, etc.), et informations de marquage similaires.
Dans la pratique, les collectionneurs s’intéressent souvent à trois registres : les œuvres à tonalité grave (sujets liés à la guerre ou à l’intériorité), les nus féminins et torses (parfois proches de l’esthétique Art déco), et les figures drapées « à l’antique ». À titre d’exemples, des titres comme « Le Silence » ou « L’Africaine » apparaissent dans les ventes avec des variantes de taille et d’édition, ce qui impose une lecture attentive des descriptions.
Enfin, il faut rappeler un point de méthode : une « cote » n’est pas un prix unique. C’est une zone de prix, qui évolue avec la conjoncture, la rareté des modèles proposés, la qualité des épreuves, et la capacité des catalogues à présenter l’œuvre avec précision. Une expertise rigoureuse vise justement à situer une pièce au bon endroit dans cette zone, en s’appuyant sur des comparables et sur des sources documentaires.
Résultats de ventes vérifiés
Les résultats ci-dessous proviennent de pages de ventes ou d’agrégateurs consultables publiquement. Lorsque certaines informations ne sont pas détaillées dans la source (numéro de lot, opérateur, ou date exacte), l’absence est indiquée explicitement.
- Cheuvreux-Missoffe (Crédit Municipal de Paris), 25 avril 2024, lot 94, « Le Silence » (dit « La Boule »), bronze numéroté 7/8, adjugé 2 000 € (hors frais).
- Trianon Enchères (via Barnebys), 05 octobre 2025, lot 39, « L’Africaine » (modèle créé en 1933), bronze, prix d’adjudication 600 €.
- Maison de vente non communiquée dans la source, date non communiquée, lot non communiqué, « La Vérité » (1932), bronze, adjugé 6 800 €.
- Maison de vente non communiquée dans la source, 2015 (date exacte non communiquée), lot non communiqué, « Femme assise aux bras levés », bronze, vendu 15 000 €.
Conclusion
Charles Malfray s’inscrit pleinement dans la sculpture française de l’entre-deux-guerres, avec une œuvre figurative qui conjugue sobriété des volumes, force des sujets et diversité des supports (bronze, plâtre, terre cuite, parfois pierre ou marbre). Pour déterminer la valeur d’une pièce, il faut raisonner à partir d’éléments simples mais décisifs : identification du modèle, statut de l’épreuve (numérotation, EA), marquages, dimensions, et documentation disponible.
Si vous possédez une sculpture attribuée à Malfray, une œuvre signée, ou un ensemble provenant d’une succession, vous pouvez demander une estimation gratuite auprès de Fabien Robaldo. Selon le besoin, l’avis peut être établi en lien avec les standards du marché et l’environnement professionnel de MILLON, afin de situer votre œuvre et ses comparables de manière claire et argumentée.
FAQ
Qui est Charles Malfray ?
Charles Malfray (1887-1940) est un sculpteur français associé à la période de l’entre-deux-guerres. Il est connu pour des sculptures figuratives (bronzes, plâtres, terres cuites) et pour des réalisations liées à des commandes publiques.
Pourquoi parle-t-on d’entre-deux-guerres pour son oeuvre ?
Une part importante de sa production et de sa reconnaissance se situe entre la fin de la Première Guerre mondiale et la fin des années 1930, période qui structure la demande pour sa sculpture.
Quels sujets Charles Malfray a-t-il le plus sculptés ?
On rencontre fréquemment des figures humaines, des nus, des torses, des drapés d’inspiration antique, et des sujets plus intériorisés liés au recueillement ou à la mémoire de la guerre.
Quels matériaux rencontre-t-on le plus souvent ?
Sur le marché, le bronze est fréquent. On voit aussi des plâtres et des terres cuites. Les pièces en pierre ou en marbre existent mais sont moins courantes en circulation.
Quelle différence entre une épreuve en bronze et un plâtre ?
Le bronze correspond généralement à une épreuve fondue, parfois numérotée et marquée. Le plâtre est souvent un tirage ou un modèle lié au processus de création, avec une lecture plus directe du modelé.
Comment reconnaître une signature ou un marquage ?
Les descriptions de vente mentionnent souvent une signature (nom ou initiales), une numérotation et, parfois, un cachet de fondeur. Ces éléments doivent être examinés au cas par cas.
Qu’est-ce qu’une numérotation 3/8 ou 5/8 ?
Cela indique une épreuve numérotée au sein d’un tirage limité à un nombre d’exemplaires. La signification exacte dépend du contexte de fonte et des usages de l’édition.
Les monuments publics de Malfray influencent-ils la valeur ?
Ils participent à la notoriété historique de l’artiste. Pour une œuvre de collection, l’impact se fait surtout par l’intérêt des amateurs et la reconnaissance du nom, mais la valeur dépend d’abord de la sculpture elle-même.
Quelle place occupe Malfray par rapport à Maillol ou Bourdelle ?
Malfray s’inscrit dans une sculpture figurative modernisée, avec des affinités de période et de milieu artistique. Sa place de marché est toutefois distincte, avec des niveaux de prix généralement différents.
Les bronzes de fonte ancienne valent-ils plus ?
Le marché peut valoriser une épreuve clairement située dans le temps, bien marquée et bien documentée. Il n’existe pas de règle automatique : chaque pièce doit être analysée selon ses caractéristiques.
Comment obtenir une estimation ?
Une estimation s’appuie sur des photos, les dimensions, les marquages (signature, numérotation, fondeur), et tout document disponible. Elle se construit par comparaison avec des résultats et des références de modèles.
Quels documents fournir pour une expertise ?
À défaut de dossier complet, des éléments simples suffisent souvent : provenance familiale, facture, ancienne étiquette, catalogue d’exposition, ou toute information permettant d’identifier le modèle et son historique.
Sources
https://www.barnebys.fr/adjudications/sculpture_africaine.html
https://tavel-simon.com/story/cote-des-sculptures-de-charles-malfray/
https://fr.wikipedia.org/wiki/Charles_Malfray
https://en.wikipedia.org/wiki/Charles_Malfray
https://www.galerie-malaquais.com/en/artistes/33/malfray-charles