Une pratique fondée sur le rôle et la représentation
La thématique « Cindy Sherman : l’art du déguisement dans la photographie contemporaine » renvoie à une oeuvre construite autour de la transformation de l’image de soi. Cindy Sherman utilise le déguisement non comme simple effet visuel, mais comme outil d’analyse des représentations sociales et culturelles. Perruques, vêtements, maquillages, accessoires et décors lui permettent d’incarner des figures variées. Chaque photographie présente ainsi un personnage fictif, souvent familier, mais difficile à identifier avec précision.
Ce point est essentiel. Chez Sherman, il ne s’agit pas de raconter une biographie personnelle. Les images ne décrivent pas sa propre identité. Elles interrogent au contraire la fabrication des identités visibles. Le spectateur reconnaît des codes : héroïne de cinéma, femme mondaine, personnage historique, clown, figure de mode, silhouette anonyme. Pourtant, aucun récit complet n’est livré. L’image reste ouverte, ambiguë, parfois inconfortable.
Cette méthode explique pourquoi son travail est souvent associé à la critique des stéréotypes. Les « Untitled Film Stills », réalisées entre 1977 et 1980, montrent des personnages féminins inspirés de films hollywoodiens, du film noir, des séries B et du cinéma d’auteur européen. Le Museum of Modern Art rappelle que cette série comprend soixante-dix photographies en noir et blanc et que l’artiste y apparaît sous les traits de figures génériques comme l’ingénue, la femme seule ou la working girl. Le musée précise aussi que ces oeuvres ne sont pas considérées comme des autoportraits. Cette distinction est importante pour toute expertise sérieuse de son travail.
Le déguisement devient donc un langage. Il permet de montrer que l’identité peut être construite, jouée, répétée et observée comme une image. Dans la photographie contemporaine, cette approche a eu une influence durable. Elle a contribué à déplacer l’attention de la simple prise de vue vers la mise en scène, la performance et la lecture critique des codes visuels.
Séries, formats et grands ensembles stylistiques
Pour comprendre la place de Cindy Sherman, il faut distinguer les grandes périodes de son oeuvre. Sa production se développe par séries, chacune avec une identité visuelle forte. Cette organisation est déterminante dans toute démarche d’évaluation, car la valeur d’un tirage dépend souvent de la série à laquelle il appartient.
La première phase importante est celle des « Untitled Film Stills ». Ces photographies en noir et blanc, de petit format, reprennent l’apparence des images promotionnelles de cinéma. Elles restent aujourd’hui les oeuvres les plus emblématiques de l’artiste. Leur statut historique est majeur, car elles ont installé Sherman dans le champ de l’art contemporain international.
Au début des années 1980, l’artiste passe à la couleur et à des formats plus grands. Les Centerfolds, dont fait partie « Untitled #96 », marquent une étape décisive. Les cadrages s’élargissent, la mise en scène se fait plus construite et la présence psychologique des personnages devient plus intense. Cette période est particulièrement recherchée sur le marché, car elle combine importance historique, rareté relative et forte reconnaissance critique.
Dans les années suivantes, Sherman développe des ensembles plus dérangeants ou plus théâtraux. Les Fashion photographs, les Fairy Tales, les Disasters, les History Portraits, les Sex Pictures, les Clowns ou encore les Society Portraits montrent l’étendue de son vocabulaire visuel. Les History Portraits, par exemple, reprennent les codes de la peinture ancienne avec costumes, postiches et références à l’histoire de l’art. Les Clowns utilisent des couleurs vives et une expressivité volontairement excessive. Les Society Portraits déplacent l’attention vers des figures sociales liées au statut, à l’âge et à l’apparence.
Sur le plan des matériaux, l’oeuvre de Sherman comprend notamment des tirages gélatino-argentiques pour les premières séries en noir et blanc, puis des tirages chromogènes et d’autres procédés photographiques en couleur selon les périodes. Le support, le format et l’édition jouent un rôle direct dans la lecture du marché. Sans entrer dans une technique avancée, il faut retenir que les premières oeuvres en noir et blanc, les grands formats en couleur des années 1980 et certaines séries historiques constituent les noyaux les plus commentés dans les catalogues et les résultats publics.
Le style de Cindy Sherman se caractérise par plusieurs constantes. D’abord, l’image est toujours construite. Ensuite, le personnage compte plus que l’individu réel. Enfin, la photographie agit comme un espace de fiction critique. Cette cohérence explique la stabilité de sa reconnaissance institutionnelle. Le MoMA souligne d’ailleurs que, depuis plus de quarante ans, l’artiste explore la construction de l’identité à travers les codes de l’art, de la célébrité, du genre et de la photographie.
Ce qui influence la valeur des photographies de Cindy Sherman
La valeur d’une photographie de Cindy Sherman repose sur plusieurs critères convergents. Le premier est la série. Toutes les oeuvres ne se situent pas au même niveau de demande. Les « Untitled Film Stills » et les Centerfolds occupent une position dominante dans la hiérarchie du marché. Leur poids historique renforce leur cote.
Le deuxième facteur est la date. Les oeuvres des années 1970 et 1980 sont généralement les plus recherchées. Elles correspondent à la période de reconnaissance initiale de l’artiste et aux ensembles les plus souvent reproduits dans les expositions et les publications. Une photographie issue d’une série fondatrice dispose en général d’une meilleure base d’évaluation qu’une oeuvre plus tardive moins diffusée.
Le troisième facteur est le format et l’édition. En photographie contemporaine, le nombre d’exemplaires autorisés et le rang dans l’édition influencent directement la valeur. Les catalogues de vente mentionnent presque toujours ces données. Un tirage d’époque ou un exemplaire appartenant à une édition limitée bien documentée peut bénéficier d’un intérêt supérieur.
Le quatrième critère est la provenance. Une oeuvre passée par une galerie reconnue, une collection importante ou une institution bénéficie d’un contexte favorable. La présence dans des expositions majeures, des rétrospectives muséales ou des publications de référence renforce aussi la lisibilité de l’oeuvre sur le marché. Pour Cindy Sherman, cet aspect est particulièrement important, car certaines images sont devenues de véritables repères dans l’histoire de la photographie contemporaine.
Le cinquième facteur est la visibilité de l’image elle-même. Certaines compositions sont immédiatement identifiables et plus demandées que d’autres. C’est le cas de plusieurs « Untitled Film Stills » et de « Untitled #96 ». Une image iconique bénéficie souvent d’une demande plus large, au-delà du cercle des collectionneurs spécialisés en photographie.
Enfin, l’état du marché global de la photographie contemporaine joue un rôle. La cote de Cindy Sherman reste soutenue parce qu’elle se situe à la jonction de plusieurs segments solides : photographie, art conceptuel, art féministe, Pictures Generation et grandes signatures américaines de l’après-1970. Cette pluralité de lectures élargit la base des acheteurs potentiels et contribue à la stabilité de sa valeur.
Demande, cote et place sur le marché de l’art
Le marché de Cindy Sherman est un marché international, structuré et mature. Il s’appuie sur une forte reconnaissance muséale, une bibliographie abondante et une présence régulière dans les ventes de grandes maisons. Cette combinaison est un signal positif pour toute expertise. Une artiste dont l’oeuvre est à la fois historiquement validée et activement échangée bénéficie d’une cote plus lisible.
La demande se concentre surtout sur les images les plus célèbres et les séries fondatrices. Les collectionneurs recherchent des oeuvres qui résument la singularité de Sherman : déguisement, ambiguïté narrative, critique des représentations et qualité visuelle immédiatement reconnaissable. Cette préférence crée un écart de valeur entre les images iconiques et les oeuvres plus secondaires.
La cote de l’artiste a aussi été portée par plusieurs résultats records. Christie’s rappelle par exemple que « Untitled #96 » a atteint 3 890 500 dollars à New York en 2011, ce qui a fortement marqué le marché de la photographie. Ce type de résultat ne signifie pas que toutes les oeuvres atteignent des montants comparables, mais il fixe un sommet de référence pour les pièces majeures.
Il faut aussi noter que le marché de Sherman n’est pas uniforme. Les résultats varient selon la série, le sujet, le format, l’édition et le contexte de vente. Une photographie issue d’une vente d’art contemporain du soir, dans une grande capitale, peut obtenir une meilleure visibilité qu’un lot présenté dans une vacation plus généraliste. La lecture des adjudications doit donc rester nuancée. Une bonne évaluation ne se limite jamais à un record. Elle repose sur un ensemble cohérent de comparaisons.
Sur le long terme, Cindy Sherman reste l’une des artistes les plus solides du marché photographique contemporain. Sa place dans les institutions, l’importance de ses séries historiques et la permanence de la demande soutiennent sa valeur. Pour les collectionneurs, cela signifie que chaque oeuvre doit être analysée avec précision. Pour un propriétaire, cela confirme l’intérêt d’une expertise individualisée afin d’établir une cote réaliste à partir de références publiques vérifiées.
Résultats de ventes
Quelques adjudications publiques permettent de situer concrètement le niveau du marché de Cindy Sherman.
- Christie’s, New York, 2011, « Untitled #96 », environ 3 579 260 €.
- Phillips, Londres, 27 juin 2024, « Untitled Film Still #21 », environ 475 488 €.
- Phillips, Londres, 27 juin 2024, « Untitled Film Still #32 », environ 208 026 €.
- Christie’s, New York, 2014, sélection de 21 photographies des « Untitled Film Stills », 6 773 000 €.
Conclusion
L’art du déguisement chez Cindy Sherman dépasse largement la question de l’apparence. Il structure une oeuvre majeure de la photographie contemporaine, fondée sur la fiction, la représentation et la transformation des rôles. Cette cohérence explique sa place dans les musées, la solidité de sa cote et l’intérêt constant du marché pour ses séries historiques.
Pour déterminer la valeur d’une photographie de Cindy Sherman, il faut examiner la série, la date, le format, l’édition, la provenance et les comparables publics. Une expertise sérieuse permet de situer précisément une oeuvre dans ce marché exigeant. Pour cela, vous pouvez demander une estimation gratuite auprès de Fabien Robaldo. Cette démarche permet d’obtenir une première évaluation claire, fondée sur la cote observée et sur les caractéristiques propres de l’oeuvre.
FAQ
Qui est Cindy Sherman ?
Cindy Sherman est une artiste américaine née en 1954, reconnue pour ses photographies mises en scène dans lesquelles elle incarne des personnages fictifs.
Pourquoi parle-t-on de déguisement dans son oeuvre ?
Parce que son travail repose sur la transformation de l’apparence par le costume, le maquillage, la pose et les accessoires afin de construire des figures visuelles.
Les photographies de Cindy Sherman sont-elles des autoportraits ?
Pas au sens classique. Même lorsqu’elle apparaît dans l’image, elle construit des personnages et non une représentation directe de sa personne.
Quelle est sa série la plus connue ?
La série des « Untitled Film Stills », réalisée entre 1977 et 1980, est la plus célèbre et la plus souvent citée.
Qu’est-ce que les Centerfolds chez Cindy Sherman ?
Il s’agit d’une série du début des années 1980 en couleur et en grand format, centrée sur des figures féminines mises en scène dans des cadrages très construits.
Quels thèmes traversent son oeuvre ?
Son oeuvre aborde notamment l’identité, les stéréotypes, le regard social, la fiction, la féminité, la célébrité et l’histoire des images.
Quels types de photographies sont les plus recherchés ?
Les images iconiques des « Untitled Film Stills » et certaines oeuvres majeures des années 1980 figurent parmi les plus demandées.
Quels éléments influencent la valeur d’une oeuvre de Cindy Sherman ?
La série, la date, le format, l’édition, la provenance, la visibilité de l’image et les résultats de ventes comparables influencent directement la valeur.
La cote de Cindy Sherman est-elle stable ?
Sa cote est globalement solide grâce à sa reconnaissance institutionnelle et à la régularité de la demande sur le marché international.
Peut-on faire expertiser une photographie de Cindy Sherman ?
Oui. Une expertise permet d’établir une évaluation fondée sur les caractéristiques de l’oeuvre et sur les références de marché disponibles.
Pourquoi certaines oeuvres atteignent-elles des montants très élevés ?
Les oeuvres les plus importantes cumulent rareté, notoriété, qualité d’image, place historique dans la carrière de l’artiste et forte demande de collectionneurs.
Comment obtenir une estimation gratuite ?
Vous pouvez solliciter une estimation gratuite auprès de Fabien Robaldo pour obtenir une première appréciation de la valeur de l’oeuvre.
Sources :
- MoMA – Cindy Sherman, Untitled Film Still #60
- MoMA – Cindy Sherman
- MoMA – Cindy Sherman, Untitled #228
- MoMA – Collection Cindy Sherman
- MoMA – Cindy Sherman exhibition
- Christie’s – Cindy Sherman artist page
- Christie’s – Untitled #96
- Christie’s – Untitled Film Still #48
- Phillips – Modern & Contemporary Art Evening & Day Sale, 27 June 2024
- Phillips – Press release June 2024