Estimation François Lemoyne (1688-1737)

Expertise des œuvres de l'artiste "François Lemoyne" et présentation de celui-ci, Portrait gravé de Lemoyne, paru dans tome quatrieme de l'Abrégé de la vie des plus fameux peintres (1762), conservé au Getty Research Institute, Los Angeles
Portrait gravé de Lemoyne, paru dans tome quatrieme de l'Abrégé de la vie des plus fameux peintres (1762), conservé au Getty Research Institute, Los Angeles

Estimation François Lemoyne (1688-1737) : cote, valeur et critères d’expertise pour peintures et dessins

François Lemoyne, parfois orthographié Le Moyne, est une figure majeure de la peinture française du début du XVIIIe siècle. Son nom est étroitement associé à la peinture d’histoire, aux grands décors et à une production de dessins préparatoires recherchés. Sur le marché, l’valeur d’une oeuvre attribuée à Lemoyne dépend d’abord de l’authenticité (oeuvre autographes, atelier, entourage, copies), puis du sujet, des dimensions, de la qualité d’exécution, de la provenance et de la documentation disponible. Une estimation sérieuse repose sur une analyse technique et stylistique, complétée par une mise en perspective avec les résultats d’enchères comparables.

 

Domaines artistiquesPrix / Valeur / Cote
Peinture (esquisse préparatoire, huile sur toile, petit format)13 120 € – 15 000 €
Peinture (tableau abouti, huile sur toile, composition allégorique ou mythologique)200 027 €
Peinture (atelier de François Lemoyne)5 250 €
Dessins et études sur papier (feuilles attribuées ou cataloguées en ventes publiques)833 € – 2 618 €
Oeuvres d’après François Lemoyne (copies, interprétations, école, goût)700 € – 1 021 €
Estampe ancienne d’après François Lemoyne1 192 €

Biographie factuelle

Origines et formation

François Lemoyne naît à Paris en 1688. Il s’inscrit dans une génération charnière entre la fin du classicisme du Grand Siècle et l’affirmation d’une sensibilité plus décorative au XVIIIe siècle. Sa formation s’effectue dans un cadre académique, avec une maîtrise du dessin et de la composition qui restera centrale dans sa pratique. Très tôt, il s’oriente vers la peinture d’histoire, considérée alors comme le genre le plus prestigieux au sein des institutions.

Carrière et reconnaissance

La carrière de Lemoyne se construit autour des commandes religieuses, des sujets mythologiques et allégoriques, ainsi que d’un rapport étroit au décor. Il obtient une reconnaissance institutionnelle progressive, jusqu’à être nommé Premier peintre du Roi en 1736. Cette nomination intervient alors qu’il est engagé dans l’un des chantiers décoratifs les plus ambitieux de son temps, lié au château de Versailles. Son oeuvre s’inscrit dans une période où la peinture française cherche à conjuguer grandeur narrative, virtuosité technique et séduction colorée.

Versailles et les grands décors

Lemoyne est particulièrement associé au décor du Salon d’Hercule à Versailles, avec le plafond représentant l’“Apothéose d’Hercule”. Ce type de réalisation éclaire directement l’intérêt du marché pour ses esquisses, études peintes, dessins préparatoires et reprises d’atelier. Une partie importante de son activité implique en effet une phase de conception intense, où le dessin et l’esquisse à l’huile servent à fixer la composition, les mouvements et les équilibres.

Fin de vie

François Lemoyne meurt à Paris le 4 juin 1737. Sa disparition, survenue peu après l’achèvement de grands travaux décoratifs, contribue à figer l’image d’un peintre au sommet de son art, dont la production est relativement limitée au regard de son statut. Cette rareté relative est un point structurel dans l’analyse de sa cote aux enchères.

Style de l’artiste

Le style de François Lemoyne se caractérise par une ambition narrative, une science de la composition et un goût marqué pour les figures en mouvement. Ses scènes mythologiques et allégoriques privilégient des corps souples, des draperies animées et une organisation en diagonales qui dynamise l’espace. Dans les sujets religieux, il conserve une lisibilité de l’action, tout en intégrant des solutions de lumière et de couleur qui visent l’efficacité visuelle.

On associe souvent Lemoyne à une synthèse entre tradition française et influences italiennes. Dans la pratique, cela se traduit par une attention aux transitions de tons, à la modulation des carnations et à la profondeur colorée, notamment dans les rouges, les bleus et les tonalités chaudes. Les oeuvres abouties présentent fréquemment une hiérarchie claire des plans, tandis que les esquisses et études peintes mettent en évidence une touche plus libre, plus rapide, centrée sur l’énergie de la mise en place.

Enfin, son vocabulaire décoratif accorde une place importante aux putti, aux attributs allégoriques (palettes, pinceaux, guirlandes, symboles) et aux dispositifs de forme ovale ou en dessus-de-porte. Dans une logique d’expertise, ces éléments ne suffisent pas à attribuer une oeuvre, mais ils orientent l’analyse vers un contexte de production compatible, notamment lorsqu’ils se combinent à un dessin solide et à des types physiognomoniques cohérents.

Techniques, matériaux, périodes

François Lemoyne travaille principalement l’huile sur toile. Le marché rencontre plusieurs typologies de peintures : tableaux de chevalet (formats variés), esquisses préparatoires (petits formats, souvent très vivants), et compositions destinées à des emplacements décoratifs (formats ovales, dessus-de-porte, éléments liés à un programme iconographique). Des oeuvres telles que “La fécondité”, “Apollon et Daphné” ou “Allégorie de la peinture” permettent d’illustrer la diversité des registres, du sujet mythologique à l’allégorie.

Le dessin occupe un rôle central. Les feuilles peuvent être à la sanguine, à la pierre noire, à la craie noire, parfois combinées avec rehauts, lavis ou encre. Les dessins sont souvent des études de figures, de mains, de têtes, ou des recherches de composition. Sur le plan chronologique, la période autour des années 1720-1730 est fréquemment associée aux grands sujets mythologiques et aux commandes de décor, ce qui implique une production préparatoire abondante, aujourd’hui dispersée entre institutions et collections privées.

On rencontre également sur le marché des oeuvres d’après Lemoyne : copies anciennes, variantes d’atelier, interprétations d’écoles postérieures, gravures et estampes. Ces objets sont importants à distinguer car ils peuvent être décoratifs et séduisants, mais leur valeur n’obéit pas aux mêmes logiques que celle d’une oeuvre autographe.

Analyse du marché

Le marché de François Lemoyne est structurellement sélectif. Les peintures autographes, en particulier les compositions abouties, sont rares. Cette rareté explique des écarts de prix très importants entre une oeuvre documentée, publiée et comparée à des références de musée, et une oeuvre seulement attribuée, ou rattachée à l’atelier. En pratique, la cote se construit par paliers : l’autographe confirmé, l’autographe attribué, l’atelier, l’entourage, puis les oeuvres “d’après” (copies et interprétations).

Pour une estimation, le premier facteur est donc le niveau d’attribution. Une esquisse autographe peut atteindre des montants significatifs si elle est reliée à une composition connue, si son iconographie est claire et si les caractéristiques techniques sont cohérentes. À l’inverse, une peinture décorative “dans le goût de” Lemoyne, même agréable, relève d’un marché différent, généralement plus accessible. La présence d’une signature ou d’une date n’est pas un critère suffisant : elle doit être vérifiée, replacée dans le contexte et confrontée à la matière picturale et à la provenance.

Le sujet influence fortement les résultats. Les thèmes mythologiques et allégoriques, typiques de l’artiste, sont souvent mieux valorisés que des sujets périphériques, sauf exception. La qualité de la mise en scène, la force du dessin sous-jacent, la cohérence des anatomies et la gestion des drapés jouent également. Enfin, la provenance, les expositions, la bibliographie et l’existence de dessins préparatoires ou de variantes connues contribuent à stabiliser une attribution et à renforcer l’intérêt des collectionneurs.

Dans un contexte d’expertise, il est utile d’identifier précisément les titres d’oeuvres associés à Lemoyne ou à son cercle. Par exemple, les compositions liées à Versailles, aux concours académiques, ou aux cycles mythologiques, permettent souvent de comparer une oeuvre proposée avec des modèles connus et de préciser son statut (étude, esquisse, réduction, reprise d’atelier, copie).

Analyse technique de la thématique

Une estimation “François Lemoyne” implique une démarche technique structurée, centrée sur l’attribution et la compréhension de la place de l’oeuvre dans un processus de création. Pour une peinture, l’analyse porte d’abord sur le support (toile, préparation, format, châssis), la stratigraphie (couches picturales, repentirs), la construction des figures et la logique de la lumière. Les esquisses préparatoires se distinguent souvent par une exécution plus directe, des zones laissées en réserve, une économie de détails, et une volonté de fixer le mouvement et la composition générale.

Pour les dessins, l’analyse se concentre sur la nature du papier, la technique (sanguine, craies, rehauts), la qualité de trait, les corrections, et la cohérence des types. Les études de mains, de têtes ou de draperies peuvent être déterminantes, car elles révèlent une pratique d’atelier et un niveau de maîtrise. Les inscriptions anciennes, les cachets de collection, ou des mentions d’anciens montages peuvent aussi contribuer à documenter un parcours, sans constituer à eux seuls une preuve d’autographie.

Lemoyne étant un peintre de grands décors, une part du corpus circule sous forme de variantes et de répliques. L’expertise consiste alors à situer l’oeuvre : étude préparatoire, réduction, répétition d’atelier, copie ancienne. Une oeuvre comme “Allégorie de la peinture”, lorsqu’elle se présente sous la forme d’une esquisse, se lit différemment d’un tableau de présentation plus fini. La finalité (projet, validation d’un commanditaire, étape de travail) a un impact direct sur la demande et sur la valeur aux enchères.

Enfin, dans le cadre d’une expertise, des examens complémentaires peuvent être envisagés selon les cas : observation sous lumière UV, imagerie infrarouge, radiographie, et analyses ciblées de pigments ou de liants. Ces approches ne remplacent pas l’analyse stylistique, mais elles peuvent documenter la manière de peindre, la présence de repentirs et la cohérence technique avec une datation proposée.

Marché des enchères

  • Christie’s, Londres, 3 décembre 2014, lot 209, “La fécondité”, 200 027 €
  • Tajan, Paris, 25 octobre 2018, lot 93, “Aurore et Céphale” (atelier de François Lemoyne), 5 250 €
  • Lyon Enchères, Corbas, 25 novembre 2023, lot 33, “La toilette de Vénus” (dans le goût de François Lemoyne), 700 €

Conclusion

L’estimation d’une oeuvre attribuée à François Lemoyne repose sur un point central : établir le bon niveau d’attribution et replacer l’objet dans sa typologie (tableau abouti, esquisse, dessin, atelier, copie). Les écarts de prix observés aux enchères montrent que la documentation, la qualité et la cohérence technique ont un impact direct sur la valeur. Pour obtenir un avis fiable, il est recommandé de présenter des photographies nettes (face, détails, revers) et toute information de provenance disponible.

Pour une estimation gratuite et une analyse adaptée à votre oeuvre (peinture, dessin, oeuvre d’atelier ou d’après), vous pouvez contacter Fabien Robaldo au sein de MILLON. L’objectif est de qualifier l’oeuvre, de préciser son positionnement sur le marché et de fournir une fourchette cohérente avec les résultats d’enchères.

Qui est François Lemoyne ?

François Lemoyne (1688-1737) est un peintre français, actif au début du XVIIIe siècle, reconnu pour la peinture d’histoire, les sujets mythologiques et les grands décors, notamment à Versailles.

Quelles oeuvres de Lemoyne se présentent le plus souvent en estimation ?

On rencontre des huiles sur toile (tableaux ou esquisses), des dessins préparatoires (études de figures, mains, draperies) et des oeuvres d’atelier ou d’après.

Quels sont les critères qui influencent le plus la valeur ?

Le niveau d’attribution (autographe, atelier, entourage, copie), la qualité d’exécution, le sujet, le format, la provenance et la documentation (publications, expositions, comparaisons) sont déterminants.

Une signature “F. Lemoyne” suffit-elle pour authentifier une peinture ?

Non. Une signature doit être vérifiée et confrontée à l’ensemble des indices techniques et stylistiques, ainsi qu’au contexte historique de l’oeuvre.

Quelle différence entre “atelier de”, “entourage de” et “d’après” ?

“Atelier de” renvoie à une production du workshop sous contrôle possible du maître, “entourage de” à un cercle proche sans certitude d’atelier, et “d’après” à une copie ou interprétation fondée sur un modèle connu.

Les esquisses préparatoires ont-elles une cote spécifique ?

Oui. Les esquisses peuvent être recherchées quand elles sont reliées à une composition identifiée, et quand leur qualité et leur attribution sont solides.

Les dessins de Lemoyne sont-ils recherchés ?

Les dessins liés à des projets identifiables et présentant une qualité de trait cohérente avec l’artiste peuvent intéresser collectionneurs et spécialistes, avec des niveaux de prix variables selon la feuille.

Quels sujets sont généralement les plus valorisés ?

Les compositions mythologiques et allégoriques, ainsi que les oeuvres en lien avec les grands décors, tendent à concentrer l’attention du marché.

Comment préparer une demande d’estimation ?

Il est conseillé de fournir des photos en haute définition (face, détails, signature, revers), les dimensions, la technique, et tout élément de provenance ou d’historique.

Faut-il un examen technique pour estimer ?

Pas toujours. Une première estimation peut être donnée sur photographies, mais un examen direct et des investigations techniques peuvent être utiles en cas d’enjeu d’attribution.

Une oeuvre “dans le goût de Lemoyne” a-t-elle une valeur comparable ?

Non. Ce type d’oeuvre relève d’un marché différent. L’estimation s’appuie alors sur des comparables d’écoles, de copies ou d’interprétations, généralement à des niveaux plus accessibles.

Proposez-vous une estimation gratuite pour une oeuvre attribuée à Lemoyne ?

Oui. Une estimation gratuite peut être réalisée par Fabien Robaldo avec MILLON, afin de qualifier l’oeuvre et de la positionner sur le marché.

*Les informations publiées sur ce site ont un objectif exclusivement informatif. Nous ne délivrons aucun certificat d’authenticité lorsqu’une estimation est demandée en ligne. Les estimations fournies restent sous toutes réserves de l’avis des artistes, fondations, comités ou instances officielles compétentes et reconnues.

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