Jan Pauwel Gillemans II : fruits, gibiers et abondance décorative baroque
Introduction
Jan Pauwel Gillemans II (1651-1704), aussi appelé Gillemans le Jeune, est un peintre flamand actif entre Anvers et Amsterdam. Il s’inscrit dans la grande tradition des natures mortes baroques des anciens Pays-Bas, avec un goût marqué pour les compositions d’abondance : corbeilles de fruits, guirlandes, trophées de chasse, volatiles et pièces de gibier. La thématique “fruits, gibiers et abondance décorative baroque” renvoie à des œuvres où l’accumulation d’objets et de denrées vise un effet décoratif immédiat, tout en conservant une lecture symbolique propre au XVIIe siècle.
Pour un amateur, un collectionneur ou un héritier, identifier correctement une peinture attribuée à Gillemans II, ou à son entourage, suppose de replacer l’œuvre dans son contexte : un marché ancien, avec des attributions parfois fluctuantes, et des titres de catalogues souvent descriptifs plutôt que fixes. Comprendre les typologies (nature morte de fruits, gibier suspendu, guirlande, composition avec architecture) aide à situer une œuvre, à comparer des résultats publics, et à apprécier sa valeur de façon cohérente.
Définition et description générale de la thématique
Dans la peinture baroque flamande et hollandaise, la nature morte d’abondance regroupe des compositions qui multiplient les éléments représentés : fruits mûrs, agrumes, raisins, pêches, grenades, parfois associés à des verres, des plats, des vases, des coquillages ou des objets précieux. Chez Jan Pauwel Gillemans II, cette logique décorative peut s’étendre à des mises en scène plus complexes, où les denrées dialoguent avec un décor d’architecture, un paysage, ou une guirlande tenue par des putti. Le résultat recherché est une image dense, lisible à distance, et riche en détails à proximité.
La présence du gibier (oiseaux, lièvres, pièces de chasse) introduit un second registre. D’une part, il accentue l’idée de profusion alimentaire, associée aux arts de la table et au statut social. D’autre part, il ancre la nature morte dans un vocabulaire visuel courant au XVIIe siècle : la chasse comme marqueur de prestige, et la nature comme réserve de ressources. Dans cette thématique, les fruits apportent la couleur et la variété des textures, tandis que le gibier apporte le contraste des formes, des plumages et des effets de matière.
Enfin, l’expression “abondance décorative baroque” souligne une caractéristique formelle : la composition est souvent construite pour remplir l’espace pictural, avec des effets d’empilement, de débordement du rebord de table, ou de guirlandes qui encadrent la scène. Les objets ne sont pas seulement posés : ils sont organisés pour produire un rythme visuel, alternant masses claires et sombres, surfaces lisses et rugueuses, éléments ronds (fruits) et formes plus découpées (feuillages, gibier, crustacés lorsqu’ils sont présents).
Typologies, matériaux, périodes, styles
Grandes typologies d’œuvres associées à Gillemans II
Les œuvres rattachées à Jan Pauwel Gillemans II apparaissent sous plusieurs typologies, souvent décrites dans les catalogues par des titres fonctionnels. On rencontre des natures mortes de fruits posés sur un entablement, des compositions mêlant fruits et oiseaux, des guirlandes de fruits encadrant une scène, et des œuvres plus hybrides où la nature morte cohabite avec un décor de ruines ou d’architecture. Un exemple typique de titre descriptif, variable selon les maisons de vente, est “Nature morte de fruits avec perroquet et ruines”, formulation qui met l’accent sur les motifs dominants et non sur un titre donné par l’artiste.
La thématique du gibier peut se traduire par des trophées de chasse ou des assemblages associant denrées et pièces de chasse. Dans les œuvres d’abondance, le gibier n’est pas nécessairement le sujet central : il peut être un accent visuel, destiné à enrichir la composition et à varier les textures. Certains tableaux attribués à Gillemans II prennent aussi la forme de collaborations, assez fréquentes dans la peinture flamande, où plusieurs mains interviennent, par exemple pour associer une guirlande de fruits à des figures.
Matériaux et supports
Les natures mortes de cette période sont majoritairement réalisées à l’huile, sur toile ou sur panneau. Pour l’amateur, l’essentiel est de retenir que le support peut influencer la perception globale de l’œuvre : le panneau est souvent associé à un format plus compact et à une finition nette, tandis que la toile se prête davantage à des formats moyens ou plus importants. Les cadres, les inscriptions et les étiquettes anciennes, lorsqu’ils sont présents, peuvent aussi contribuer à documenter une provenance ou une circulation sur le marché, sans constituer à eux seuls une preuve d’attribution.
Période et style : le baroque tardif flamand et ses prolongements
Jan Pauwel Gillemans II travaille dans un contexte où la nature morte d’apparat est déjà bien installée. Le style baroque tardif se reconnaît par des compositions denses, une recherche de brillance (peaux d’agrumes, reflets, grains de raisin), et une construction visuelle faite de diagonales, de superpositions et de contrastes. L’abondance n’est pas seulement un inventaire d’objets : c’est une mise en scène. Les éléments sont choisis pour leur capacité à “faire image” : volumes généreux, couleurs saturées, diversité des surfaces.
Dans cette thématique, la part décorative est importante. Les guirlandes, les rubans, les paniers, et parfois les architectures peintes, installent une dimension presque “ornementale” du tableau. Cette dimension explique l’intérêt régulier de certains collectionneurs pour ces œuvres, y compris en dehors d’un cercle strictement spécialisé en peinture flamande : elles fonctionnent bien en intérieur, par leur lisibilité et leur présence.
Facteurs influençant la valeur
Attribution, signature et niveau de certitude
Le premier facteur de valeur est le degré d’attribution : œuvre autographe de Jan Pauwel Gillemans II, œuvre d’atelier, œuvre en collaboration, œuvre “attribuée à”, “entourage de”, ou “dans le goût de”. Sur ce segment, la terminologie des catalogues a un impact direct sur la perception de l’œuvre et sur les comparaisons possibles avec des résultats de ventes. Une signature peut exister, mais elle n’est pas systématique, et son interprétation dépend du contexte. Sur le marché, une attribution confirmée par un spécialiste ou appuyée par une documentation cohérente tend à renforcer la demande.
Qualité de composition et richesse iconographique
À attribution égale, les œuvres les plus recherchées sont souvent celles qui combinent plusieurs registres : fruits variés, présence d’animaux (perroquet, singe, oiseaux), éléments d’orfèvrerie ou de céramique, et parfois un arrière-plan architectural. Cette richesse iconographique renforce l’effet d’abondance et la dimension décorative. À l’inverse, une composition plus simple, centrée sur un groupe limité de fruits, peut être moins spectaculaire, même si elle reste intéressante pour une collection cohérente de natures mortes.
La présence du gibier peut aussi jouer un rôle : elle apporte une intensité visuelle, des oppositions de textures et, pour certains acheteurs, une “signature” de la nature morte baroque. Toutefois, l’équilibre reste important : une œuvre très centrée sur le gibier peut toucher un public plus spécifique, tandis qu’un tableau dominé par des fruits et des agrumes conserve souvent une audience plus large.
Format, lisibilité et destination décorative
Le format influence la valeur, car il conditionne la présence du tableau dans un intérieur et sa capacité à s’imposer visuellement. Les formats moyens à relativement grands, avec une composition ample et bien structurée, sont souvent appréciés pour leur impact décoratif. Les formats plus petits peuvent séduire par leur caractère de cabinet, mais le marché est parfois plus sensible aux œuvres offrant une lecture immédiate à distance, surtout dans la thématique d’abondance.
Provenance et historique de publication
Une provenance claire, une présence dans une collection identifiée, ou une mention dans un catalogue d’exposition ou une base de données reconnue, peuvent contribuer à stabiliser l’attribution et à sécuriser la comparaison avec des œuvres proches. Sur des artistes de second plan du grand XVIIe siècle flamand, cet aspect peut faire une différence importante entre une œuvre “simplement séduisante” et une œuvre qui trouve sa place dans un ensemble documenté.
Marché de l’art : demande, cote, valeur
Le marché des natures mortes flamandes du XVIIe siècle reste actif, mais il est segmenté. Les artistes les plus connus bénéficient d’une demande internationale très soutenue, tandis que des peintres comme Jan Pauwel Gillemans II se situent généralement sur un niveau de marché plus accessible, où la qualité, l’attribution et la force décorative ont un rôle déterminant. La demande existe, notamment en Europe, avec des ventes régulières chez des maisons spécialisées en tableaux anciens.
La cote de Gillemans II est aussi liée à une réalité fréquente : les variations d’attribution. Une même œuvre peut passer d’une catégorie à une autre selon l’état de la recherche, l’avis d’un spécialiste, ou une nouvelle comparaison visuelle. Dans ce contexte, la notion de valeur doit être envisagée de manière pragmatique : une fourchette cohérente se construit par comparaison avec des résultats publics, en tenant compte de la nature exacte de l’œuvre (nature morte pure, guirlande, collaboration avec figures), de son format, et du niveau de certitude retenu.
La thématique “fruits, gibiers et abondance décorative baroque” tend à soutenir l’intérêt, car elle correspond à ce que beaucoup d’acheteurs attendent d’une nature morte flamande : un tableau démonstratif, décoratif, et immédiatement identifiable. Une œuvre bien composée, dans ce registre, peut attirer des enchérisseurs qui ne cherchent pas seulement un nom, mais une image forte. C’est aussi pour cette raison que les œuvres mêlant fruits, animaux et décors (ruines, architectures, guirlandes avec putti) peuvent se distinguer, lorsqu’elles sont correctement décrites et attribuées.
Dans les dossiers d’expertise, il est utile de rappeler que les titres rencontrés en vente ne sont pas des titres officiels : ce sont des descriptions. Ainsi, “Nature morte de fruits et gibier sur un entablement” ou “Guirlande de fruits avec putti dans un paysage” décrivent un type d’image et une iconographie, mais pas un intitulé unique. Pour comparer des lots, il faut donc regarder au-delà du titre et vérifier la logique globale : sujet, format, attribution, et niveau de qualité.
Résultats de ventes
Les résultats ci-dessous sont des repères utiles pour situer des niveaux de prix observés sur le marché, en gardant à l’esprit que chaque œuvre reste un cas particulier. Les montants indiqués sont en euros (€).
- Dorotheum (Vienne), 30.03.2021, lot 79, “Jan Pauwel Gillemans II and Peeter Ykens, Landscape with six putti playing with a garland of fruit and two guinea pigs in the foreground”, prix réalisé : 6 500 €.
- Dorotheum (Vienne), 12.12.2012, lot 29, “Jan Pauwel Gillemans II” (référencé sur l’index des résultats de l’artiste), prix réalisé : 6 250 €.
- Stockholms Auktionsverk (Stockholm), date non précisée dans l’extrait consulté, “JAN PAUWEL II GILLEMANS (ANTWERP 1651-1704 AMSTERDAM). Still life with wild strawberries in a Wanli bowl”, prix indiqué : 82 000 SEK, soit environ 7 200 € (conversion indicative).
Conclusion
La thématique “Jan Pauwel Gillemans II : fruits, gibiers et abondance décorative baroque” recouvre des natures mortes conçues pour impressionner par la profusion, la variété des textures et une construction visuelle dense. Sur le marché, ces œuvres peuvent intéresser pour leur pouvoir décoratif, mais leur valeur dépend fortement de l’attribution, de la qualité d’exécution, du format et de la cohérence de la documentation.
Pour situer une peinture, éviter les confusions entre Jan Pauwel Gillemans I et II, et comparer utilement avec des résultats publics, une analyse structurée est nécessaire. Le bureau Fabien Robaldo, en lien avec MILLON, peut vous accompagner dans cette démarche. Pour connaître la valeur de votre œuvre, demandez une estimation gratuite auprès de Fabien Robaldo.
FAQ
Qui est Jan Pauwel Gillemans II ?
Jan Pauwel Gillemans II (1651-1704) est un peintre flamand associé à la tradition des natures mortes baroques, actif entre Anvers et Amsterdam.
Quelle différence entre Jan Pauwel Gillemans I et II ?
Le suffixe I ou II distingue deux peintres de la même famille. Les œuvres peuvent être confondues en catalogue, d’où l’importance de l’attribution exacte et des comparaisons.
Quels sujets retrouve-t-on le plus souvent dans ses œuvres ?
Des fruits (raisins, agrumes, grenades), des oiseaux, parfois du gibier, et des compositions d’abondance avec accessoires décoratifs.
Que signifie “abondance décorative baroque” pour une nature morte ?
C’est une composition dense et spectaculaire, conçue pour remplir l’espace pictural et produire un effet décoratif immédiat grâce à l’accumulation d’objets et de denrées.
Les tableaux avec gibier sont-ils plus recherchés ?
Ils peuvent être très appréciés pour leur force visuelle, mais la demande dépend du goût des acheteurs. La qualité et l’attribution restent déterminantes.
Les titres comme “Nature morte aux fruits” sont-ils des titres d’origine ?
Le plus souvent non. Ce sont des titres descriptifs donnés par les catalogues de vente ou les inventaires pour identifier le sujet.
Quels éléments influencent le plus la valeur ?
Le degré d’attribution, la qualité picturale, le format, la richesse du sujet (fruits, gibier, animaux, objets), et la présence d’une documentation cohérente.
Une signature suffit-elle à authentifier une œuvre ?
Non. Une signature est un élément parmi d’autres. Elle doit être cohérente avec le style, la composition et l’historique connu.
Existe-t-il des collaborations associées à Gillemans II ?
Oui, certaines œuvres sont présentées comme des collaborations, par exemple des compositions mêlant guirlandes de fruits et figures, attribuées à deux artistes.
Où voit-on le plus souvent des œuvres de ce type en vente ?
Principalement dans des ventes de tableaux anciens en Europe, auprès de maisons spécialisées et de vacations dédiées aux maîtres anciens.
Comment comparer une œuvre avec des résultats de ventes ?
Il faut comparer le sujet, le format, le niveau d’attribution, la présence éventuelle d’une collaboration, et la qualité globale, plutôt que le seul titre de catalogue.
Comment obtenir une estimation pour une nature morte attribuée à Gillemans II ?
Vous pouvez demander une estimation gratuite auprès de Fabien Robaldo, afin d’obtenir un avis fondé sur l’examen de l’œuvre et des comparaisons de marché.
Sources
- Dorotheum – Lot 79 (30.03.2021) Jan Pauwel Gillemans II and Peeter Ykens, prix réalisé
- Dorotheum – Index artiste Jan Pauwel Gillemans the Younger (dont lot 29, 12.12.2012, prix réalisé)
- Stockholms Auktionsverk – Jan Pauwel II Gillemans, prix indiqué
- Christie’s – Jan Pauwel Gillemans II, lot (exemple de typologie et description)
- Wikipedia – Jan Pauwel Gillemans the Younger (repères biographiques)