Jean-Baptiste Oudry : cartons de tapisseries et collaboration avec les manufactures royales

Expertise des œuvres de l'artiste "Jean-Baptiste Oudry " et présentation de celui-ci, portrait de Jean-Baptiste Oudry, par Jean-Baptiste Perronneau, 1753, musée du Louvre, Paris
Portrait de Jean-Baptiste Oudry, par Jean-Baptiste Perronneau

Jean-Baptiste Oudry : cartons de tapisseries et collaboration avec les manufactures royales

Jean-Baptiste Oudry occupe une place centrale dans l’histoire des tapisseries françaises du XVIIIe siècle. Peintre de la vénerie royale et concepteur de cartons, il collabore étroitement avec les manufactures royales, en particulier Beauvais et les Gobelins. Ses compositions destinées aux métiers de basse lisse ont structuré l’offre décorative des cours et des élites européennes entre les années 1720 et le milieu du siècle. Cet article présente une vue d’ensemble factuelle des séries, des typologies, des matériaux, des périodes et des critères simples influençant la valeur des tapisseries d’après ses cartons, ainsi que des repères de marché et quelques résultats d’enchères vérifiés.

1. Introduction

Actif entre 1686 et 1755, Jean-Baptiste Oudry conçoit des modèles adaptés au tissage pour des suites devenues des références, comme les « Amusements champêtres », les « Chasses nouvelles » et les « Chasses de Louis XV ». À partir de 1733-1734, il prend des responsabilités à Beauvais et intervient aux Gobelins, ce qui renforce la diffusion de ses cartons. Les pièces issues de ces modèles, tissées en laine et soie, témoignent d’une demande soutenue sur le marché des arts décoratifs historiques, en particulier lorsque l’attribution aux ateliers royaux est étayée par des marques et une documentation cohérente.


2. Définition et description générale de la thématique

Un carton de tapisserie est un modèle à l’échelle, peint ou dessiné, servant de guide au lissier. Dans le cas d’Oudry, ces cartons structurent des suites complètes qui peuvent compter plusieurs pièces. La manufacture de Beauvais privilégie la basse lisse, tandis que les Gobelins produisent également des tentures d’apparat destinées à la Couronne. Les tapisseries d’après Oudry se caractérisent par des compositions conçues pour le tissage, avec des scènes de vénerie, de jeux galants, de pastorales et, plus marginalement dans ce corpus, des sujets liés aux Fables. Les bordures, variables selon les éditions, portent souvent des indices utiles d’attribution et de datation, notamment lorsqu’elles s’apparentent à des cadres simulés ou à des « alentours » enrichis.

Les manufactures royales utilisent les cartons pour lancer des séries. Celles-ci sont retravaillées selon les métiers, la qualité des fils et les contraintes de commande. Certaines compositions circulent entre ateliers, comme le montrent les adaptations des « Chasses nouvelles » conçues pour Beauvais vers 1727 puis reprises aux Gobelins sous le cycle des « Chasses de Louis XV » entre environ 1734 et 1745. Cette circulation contribue à la large diffusion des images d’Oudry et à la notoriété de ses sujets auprès des commanditaires français et étrangers.


3. Typologies, matériaux, périodes et styles

3.1 Séries et sujets principaux

Les séries majeures liées à Jean-Baptiste Oudry incluent les « Amusements champêtres » conçus entre les années 1720 et 1730 pour la manufacture de Beauvais, suite de scènes de divertissements et de jeux. Elles côtoient les « Chasses nouvelles » élaborées vers 1727 dans le cadre d’un programme de fourniture de cartons à Beauvais, puis adaptées aux Gobelins sous l’intitulé des « Chasses de Louis XV » entre environ 1734 et 1745. Le cycle de la vénerie offre de nombreuses variantes de sujets, du départ en chasse à la prise d’un animal emblématique, dans des compositions prévues pour une lecture décorative murale.

Les tapisseries d’après Oudry peuvent aussi être en lien avec les Fables, domaine dans lequel l’artiste intervient comme illustrateur. Selon les commandes, certaines bordures sont remplacées par des encadrements à la mode du temps, ou par des « cadres simulés » qui donnent une dimension architecturée à la tenture, notamment à Beauvais.


3.2 Matériaux et techniques usuelles

Les tapisseries issues des cartons d’Oudry sont en laine et soie. La laine assure les aplats et les dégradés principaux, tandis que la soie introduit des accents de lumière et des passages plus subtils. À Beauvais, la technique de basse lisse s’impose. Aux Gobelins, l’exécution peut varier selon l’atelier et la destination. La présence d’inscriptions tissées, de marques d’atelier ou de cachets de manufacture peut apporter des informations complémentaires utiles à l’attribution et à la période d’exécution.


3.3 Périodes et circulation des modèles

La période d’élaboration des cartons majeurs s’étend des années 1720 au milieu des années 1740. Les « Amusements champêtres » sont mis au point au cours des années 1720-1730 à Beauvais. Les sujets de chasse connaissent une première formalisation vers 1727, puis une refonte et une extension dans les années 1734-1745 pour la Couronne. Les remises au métier ultérieures, parfois jusqu’à la fin du XVIIIe siècle, témoignent de la longévité décorative de ces cycles. La reprise de cartons entre manufactures, parfois avec des variantes de bordures ou de formats, explique les différences que l’on constate entre exemplaires aujourd’hui conservés ou passés en vente.


4. Facteurs simples influençant la valeur

Plusieurs paramètres accessibles sans analyse technique avancée influencent la valeur des tapisseries d’après les cartons d’Oudry. D’abord, l’identification précise de la série et du sujet. Les suites recherchées comme les « Amusements champêtres » et les cycles de vénerie bénéficient d’une notoriété documentée dans les collections publiques et privées. Ensuite, la manufacture et la période d’exécution. Une pièce attribuable à Beauvais ou aux Gobelins dans une fourchette chronologique resserrée autour des décennies 1730-1750 soutient généralement sa valeur. La présence d’une marque, d’une inscription tissée ou d’une bordure attendue pour la série renforce l’attribution.

Le format joue également. Les grands sujets muraux destinés à composer une tenture complète, parfois au-delà de 3 mètres de côté, sont prisés dans l’aménagement d’intérieurs historiques ou contemporains. La lisibilité du sujet, la qualité du tissage perçue à distance normale d’accrochage, ainsi que la pertinence du montage décoratif global, contribuent à la perception de la valeur. Enfin, la traçabilité des exemplaires passés sur le marché, la documentation bibliographique et la comparaison avec des œuvres en musée orientent les fourchettes d’estimation gratuite en amont d’une décision de vente aux enchères ou d’inventaire patrimonial.


5. Marché de l’art : demande, cote, valeur

Le marché des tapisseries d’après Jean-Baptiste Oudry est alimenté par des exemplaires provenant de collections privées et de successions, avec une majorité de pièces tissées à Beauvais ou en lien direct avec des cartons conçus pour cette manufacture. La demande se concentre sur les sujets emblématiques et les ensembles bien documentés. Les maisons internationales et les études françaises programment régulièrement des vacations dédiées aux arts décoratifs, où figurent des tapisseries de Beauvais et des Gobelins des XVIIe et XVIIIe siècles, y compris des pièces d’après Oudry. La « cote » est soutenue pour les séries de référence, notamment lorsque l’exécution, la bordure et l’iconographie coïncident avec les modèles prisés des années 1730-1740. Dans ce segment, la fourchette de valeur peut varier fortement selon le sujet, l’ampleur du panneau et la lisibilité décorative.

L’intérêt institutionnel continue d’entretenir la visibilité des cycles conçus par Oudry. Les présentations muséales de tentures de chasse et de suites pastorales servent de repères historiques aux acheteurs. Pour le collectionneur comme pour l’amateur de décoration, l’enjeu est d’identifier précisément la place d’un exemplaire dans la généalogie des tissages, puis de le situer dans les standards de qualité décorative attendus pour justifier sa valeur aux enchères publiques.


6. Résultats de ventes 

Les exemples ci-dessous illustrent des adjudications récentes et documentées pour des tapisseries de Beauvais et assimilées, en lien avec les suites et modèles diffusés à partir des cartons de Jean-Baptiste Oudry et de son cercle.

  • Paris, Drouot, Giquello, 22 mai 2025, tapisserie de la manufacture royale de Beauvais « L’Eau » de la tenture des Éléments, fin XVIIe siècle, laine et soie. Lot référencé dans le catalogue de la vente. Adjugé 112 094 € frais inclus.

  • Paris, Artcurial, vente n°4413, lot 242, « Tapisserie de Beauvais, Verdure aux oiseaux », laine et soie. Adjugé 1 968 €.

  • Paris, Sotheby’s, tapisserie de Beauvais d’époque Louis XV de la tenture des « Chasses nouvelles », d’après un carton de Jean‑Baptiste Oudry, référence de lot publiée par la maison. Prix et notice accessibles via le catalogue en ligne.

Ces résultats rappellent la diversité des niveaux de valeur selon la série, la taille, l’attribution de manufacture et la notoriété du sujet. Les grandes pièces narratives associées aux cycles les plus recherchés, en particulier les suites de vénerie et les pastorales d’après Oudry, concentrent l’attention des enchérisseurs.


7. Conclusion et estimation gratuite

Pour une attribution rigoureuse et une lecture pertinente du marché, l’analyse du sujet, des bordures, des marques de manufacture et de la bibliographie est déterminante. La confrontation avec des exemplaires de référence et des catalogues de ventes récents permet de situer la valeur d’un panneau dans une fourchette cohérente. Si vous possédez une tapisserie de Beauvais ou des Gobelins en lien avec des modèles de Jean‑Baptiste Oudry, une estimation gratuite peut être engagée rapidement afin d’établir un avis motivé et utile à vos décisions patrimoniales. Contactez Fabien Robaldo pour une étude documentaire et une orientation de marché claire, en lien avec les ressources de MILLON et un réseau d’expertise dédié.


FAQ

Qu’appelle-t-on un « carton » de tapisserie chez Jean-Baptiste Oudry ?

C’est un modèle à l’échelle destiné à guider le tissage. Chez Oudry, il structure des suites comme les « Amusements champêtres » et les cycles de vénerie, ensuite exécutés par Beauvais ou les Gobelins.

Quelles sont les séries les plus connues d’après les cartons d’Oudry ?

Les « Amusements champêtres », les « Chasses nouvelles » et les « Chasses de Louis XV » sont parmi les plus documentées et recherchées.

Quelle est la période de conception des principaux cartons d’Oudry ?

Les années 1720 à 1745 environ, avec une intensification autour de 1730-1740 au moment de ses responsabilités à Beauvais et de son intervention aux Gobelins.

Quelles manufactures royales ont tissé d’après ses cartons ?

Principalement la manufacture royale de Beauvais et la manufacture des Gobelins, avec des adaptations et reprises selon les besoins.

Quels matériaux dominent dans ces tapisseries ?

La laine pour les aplats et la soie pour les rehauts. Ces associations influencent la lecture décorative et la valeur.

Les bordures ont-elles un impact sur la valeur ?

Oui. Une bordure cohérente avec la série et la période renforce l’attribution et soutient la valeur.

Qu’est-ce qui distingue Beauvais des Gobelins pour ces pièces ?

Beauvais privilégie la basse lisse et alimente un marché décoratif large, tandis que les Gobelins réalisent aussi des tentures d’apparat liées à la Couronne.

Pourquoi les sujets de vénerie d’après Oudry sont-ils recherchés ?

Ils correspondent à des commandes royales et à une iconographie emblématique du règne, fortement référencée en musée et en bibliographie.

Peut-on trouver des marques de manufacture sur ces tapisseries ?

Oui, des marques ou inscriptions tissées existent sur certains exemplaires et contribuent à l’attribution.

Les « Amusements champêtres » existent-ils avec des variantes ?

Oui, la suite est connue avec des variantes de bordures et de formats selon les éditions et les ateliers.

Comment situer la valeur d’un panneau isolé d’une tenture ?

En identifiant le sujet, la série, la manufacture et la période, puis en le comparant à des références passées en vente et à des pièces de musée.

Comment obtenir une estimation gratuite ?

Transmettez des photos et mesures à Fabien Robaldo. Une première estimation gratuite fondée sur la série, la manufacture et la bibliographie vous sera communiquée.


*Les informations publiées sur ce site ont un objectif exclusivement informatif. Nous ne délivrons aucun certificat d’authenticité lorsqu’une estimation est demandée en ligne. Les estimations fournies restent sous toutes réserves de l’avis des artistes, fondations, comités ou instances officielles compétentes et reconnues.

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