Jean-Baptiste Perronneau et Maurice Quentin de La Tour : rivalité et enjeux du portrait au pastel au XVIIIe siècle
Introduction
La rivalité entre Jean-Baptiste Perronneau (1715-1783) et Maurice Quentin de La Tour (1704-1788) structure une part importante de l’histoire du portrait au pastel en France au XVIIIe siècle. Les deux artistes ont partagé le même terrain : le portrait d’apparat et le portrait intime, destiné à une clientèle cultivée et attentive à la ressemblance, au statut social et à l’image publique. Cette concurrence s’observe dans les Salons, dans la circulation des modèles, et dans la manière dont les amateurs ont commenté leurs qualités respectives. Aujourd’hui, cette rivalité demeure un repère utile pour comprendre l’identification, l’attribution et la valeur d’un pastel ancien, qu’il s’agisse d’une œuvre autographée, d’une version d’atelier ou d’un travail d’un suiveur.
Comprendre la rivalité Perronneau – La Tour : définition et cadre général
La thématique recouvre d’abord une réalité historique : deux portraitistes actifs au même moment, reconnus pour leur pratique du pastel et exposant dans des contextes similaires, se retrouvant en concurrence directe pour l’attention des critiques et des commanditaires. Maurice Quentin de La Tour, souvent associé à un statut de référence dans le pastel français, bénéficie d’une visibilité forte et d’un réseau parisien et curial. Jean-Baptiste Perronneau, de son côté, s’affirme par une approche du portrait appréciée pour sa vivacité et par une carrière plus mobile, marquée par des séjours en province. La rivalité ne se limite pas à une opposition personnelle : elle met en jeu des modèles de carrière, des clientèles et des attentes esthétiques différentes.
Dans l’art du pastel, la concurrence se mesure aussi à la perception du médium. Le pastel, très recherché au XVIIIe siècle pour le portrait, s’inscrit entre dessin et peinture. Il répond à une demande de présence, de rapidité d’exécution relative et de rendu des carnations. Dans ce contexte, la reconnaissance d’un artiste se joue sur la capacité à affirmer une signature visuelle, à obtenir des commandes de haut rang, et à maintenir une réputation dans la durée. La Tour et Perronneau incarnent deux réponses à ces enjeux, avec des convergences évidentes (format, sujets, mondanité) et des différences plus marquées (milieux sociaux, géographie de la clientèle, accent mis sur l’apparat ou sur la proximité).
Typologies, matériaux, périodes et styles : ce que recouvrent les pastels des deux maîtres
Les pastels de La Tour et de Perronneau appartiennent majoritairement à la catégorie du portrait. La typologie la plus courante est le buste, parfois élargi au demi-figure, avec un fond neutre ou légèrement nuancé. Les portraits peuvent représenter des personnalités identifiées (milieux intellectuels, administratifs, financiers, aristocratie) ou des modèles non identifiés mais caractérisés par leur costume et leur maintien. Les effigies d’artistes, d’hommes de lettres et de figures de la société urbaine du XVIIIe siècle constituent un segment important, car elles répondent à une culture de l’image, de la célébrité et des cercles de sociabilité.
Sur le plan des matériaux, on rencontre principalement le pastel sur papier, parfois sur papier teinté (bleu, gris, beige), marouflé ou présenté sur un support secondaire. Le médium implique une surface mate, sans empâtement, et une gamme de couleurs construite par couches et superpositions. Sans entrer dans une technique avancée, il faut retenir que l’aspect final dépend fortement du choix du support, de la taille, et de la manière dont les volumes du visage, des mains et des tissus sont suggérés. Les œuvres peuvent être signées, datées, ou porter des inscriptions anciennes, ce qui a un impact direct sur la compréhension de l’objet et sur sa valeur.
Du point de vue chronologique, la production de Perronneau se déploie principalement au milieu du XVIIIe siècle, avec des étapes liées à ses déplacements et à sa recherche de commanditaires. La Tour, plus installé et associé à des commandes de prestige, développe une production qui consolide son image de spécialiste du portrait au pastel. Les styles se rattachent à la culture rococo et au goût Louis XV, puis évoluent vers une sobriété plus marquée sur certaines effigies tardives. Dans les deux cas, les portraits témoignent d’un équilibre entre ressemblance, élégance et mise en scène sociale. La rivalité se lit précisément dans cette zone : mêmes codes de représentation, mais personnalités artistiques distinctes et reconnaissance inégale selon les cercles.
Il faut enfin distinguer les œuvres autographes des œuvres d’atelier, des répliques, des copies anciennes et des pastels réalisés “d’après” (catégorie fréquente dans les ventes). La réputation de La Tour a produit un grand nombre d’images dérivées, parfois tardives, qui entretiennent une confusion possible sur le marché. Perronneau est également concerné par des copies, mais l’écosystème de reproductions et d’imitations est souvent plus dense autour de La Tour, précisément parce que son nom fonctionne comme repère immédiat pour les amateurs.
Quels critères influencent la valeur d’un pastel attribué à Perronneau ou à La Tour ?
Le premier facteur de valeur est l’attribution. Une œuvre signée et documentée, reliée à une bibliographie, à une exposition ou à une provenance ancienne identifiable, se situe généralement sur un niveau de reconnaissance supérieur. À l’inverse, une mention “entourage”, “école”, “suiveur” ou “d’après” place l’œuvre dans une catégorie différente, avec des niveaux de prix souvent éloignés. Dans le cas de Perronneau et de La Tour, cette frontière est centrale : la demande s’attache aux œuvres autographes, mais le marché propose aussi des pièces de comparaison, utiles pour la décoration ou pour un intérêt historique plus général.
Le second facteur est la qualité d’exécution et de présence du portrait. Les amateurs recherchent une intensité du regard, une construction convaincante des volumes du visage et une lecture claire de la silhouette. À niveau d’attribution égal, deux pastels peuvent présenter des écarts importants selon l’impact visuel, la précision et l’équilibre général de la composition. Les portraits où l’identité du modèle est établie, en particulier lorsqu’il s’agit d’un personnage documenté, ont souvent une meilleure lisibilité historique, ce qui peut soutenir la valeur.
Le format et l’ambition du portrait comptent également. Un grand buste abouti, avec un traitement élaboré du costume et des accessoires, se positionne différemment d’une étude plus simple ou d’un portrait de petit format. La présence d’une date, d’une signature, ou d’une inscription ancienne, peut renforcer la confiance dans l’objet et faciliter sa place dans une chronologie. La rareté relative d’un type de portrait (par exemple un modèle masculin de haut rang, ou un portrait au statut muséal déjà connu par des reproductions) peut aussi jouer.
Enfin, l’historique de l’œuvre est un levier déterminant. Une provenance continue, une apparition dans des catalogues anciens, ou un lien clair avec une collection identifiée, peuvent soutenir la valeur et réduire l’incertitude. Pour Perronneau comme pour La Tour, la documentation est un élément concret, qui se vérifie, se recoupe et se discute. C’est précisément le type de point qui justifie une analyse par un bureau d’expertise.
Marché de l’art : demande, cote et valeur pour Perronneau face à La Tour
Sur le marché, Maurice Quentin de La Tour bénéficie d’une notoriété très large. Son nom est immédiatement associé au portrait au pastel du XVIIIe siècle, ce qui entretient une demande internationale et une attention forte aux œuvres autographes. Jean-Baptiste Perronneau, longtemps perçu comme un “second” dans l’historiographie classique, est aujourd’hui mieux identifié, mieux publié, et davantage recherché pour des œuvres de qualité. Cette évolution ne signifie pas un alignement systématique des prix, mais elle contribue à une lecture plus nuancée de la valeur des pastels de Perronneau, en particulier lorsque le portrait est documenté et d’un niveau d’exécution élevé.
La demande se structure autour de quelques profils d’acheteurs. On trouve des collectionneurs spécialisés en art français du XVIIIe siècle, des amateurs de portrait, et des acheteurs sensibles à l’objet graphique “prêt à accrocher” lorsqu’il est bien présenté. Les institutions et musées peuvent intervenir sur des pièces rares, mais la majorité des transactions se fait entre collectionneurs privés, avec un rôle important des ventes publiques. Les prix observés vont de quelques milliers d’euros pour des œuvres d’atelier, des copies ou des attributions prudentes, à plusieurs dizaines de milliers d’euros pour des pièces convaincantes, et à des niveaux nettement supérieurs pour des pastels majeurs et très documentés.
La rivalité historique, dans une perspective de marché, fonctionne comme un cadre d’analyse. Elle rappelle que l’étiquette “La Tour” est parfois utilisée comme aimant, y compris pour des œuvres seulement “d’après”. Elle rappelle aussi que Perronneau peut être sous-évalué lorsque l’œuvre est mal décrite ou insuffisamment contextualisée. Le rôle de l’expertise est alors de repositionner l’œuvre : est-ce un original, une réplique, une copie ancienne, un suiveur, ou un travail postérieur ? La réponse conditionne directement la valeur et la manière de présenter l’œuvre dans un dossier solide.
Dans ce cadre, Fabien Robaldo accompagne les particuliers et les collectionneurs dans l’identification et l’analyse de pastels, avec une attention portée à l’attribution, à la cohérence stylistique et à la documentation. Le bureau travaille au contact du marché et de ses acteurs, dont MILLON, pour comprendre les tendances, les niveaux de demande et les références de ventes utiles à la comparaison. L’objectif est de produire une lecture claire et défendable, adaptée à la réalité du marché des portraits au pastel du XVIIIe siècle.
Résultats de ventes
Les résultats ci-dessous donnent des repères concrets, en euros, sur des œuvres attribuées à Jean-Baptiste Perronneau, vendues en vente publique. Selon les cas, la précision du numéro de lot peut varier en fonction des informations publiquement accessibles au moment de la consultation.
- Artcurial, 31 mars 2016, lot 5, “Portrait de femme au corsage orné de rubans roses”, 22 100 €.
- Saintonge Enchères (Royan), 18 octobre 2025, lot non communiqué dans l’extrait public, “Portrait d’Antoine-Charles II Lorimier”, 297 600 €.
- Hôtel Drouot (Paris), 20 novembre 2019, lot non communiqué dans l’extrait public, “Portrait présumé de François Gorsse en habit gris”, 57 600 €.
- Hôtel Drouot (Paris), 15 mars 2006, lot 39, “Portrait de femme au pastel daté de 1769”, 7 500 €.
Conclusion
La rivalité entre Perronneau et La Tour reste un angle de lecture efficace pour comprendre le portrait au pastel au XVIIIe siècle : mêmes codes sociaux, mêmes attentes de ressemblance, mais des trajectoires, des clientèles et des niveaux de reconnaissance différents. Pour une œuvre attribuée à l’un ou à l’autre, la question centrale n’est pas seulement le nom, mais l’ensemble des éléments vérifiables qui soutiennent l’attribution et la valeur : signature, datation, provenance, comparaisons et cohérence d’ensemble.
Si vous possédez un pastel ancien, une attribution à Perronneau, à La Tour, ou une œuvre “d’après”, vous pouvez solliciter une estimation gratuite auprès de Fabien Robaldo. Cette première analyse permet de clarifier la catégorie de l’œuvre, son positionnement sur le marché et les points de documentation à réunir.
FAQ
Qui est Jean-Baptiste Perronneau ?
Jean-Baptiste Perronneau (1715-1783) est un portraitiste français, connu notamment pour ses portraits au pastel au XVIIIe siècle.
Qui est Maurice Quentin de La Tour ?
Maurice Quentin de La Tour (1704-1788) est un portraitiste français, souvent considéré comme une référence majeure du portrait au pastel sous Louis XV.
Pourquoi parle-t-on de rivalité entre Perronneau et La Tour ?
Parce qu’ils ont exercé au même moment, sur le même marché du portrait au pastel, avec une concurrence visible dans les Salons et dans la recherche de commanditaires.
Le pastel est-il un dessin ou une peinture ?
Le pastel se situe entre les deux : c’est un médium sec appliqué sur un support, avec un rendu coloré proche de la peinture, mais une approche de surface proche du dessin.
Quels sujets trouvent-on le plus souvent chez Perronneau ?
Principalement des portraits d’hommes et de femmes de la société du XVIIIe siècle, souvent en buste, parfois de notables de province.
Quels sujets trouvent-on le plus souvent chez La Tour ?
Des portraits de figures de haut rang et de personnalités connues, mais aussi des modèles plus variés, avec une forte présence psychologique.
Comment reconnaître un pastel “d’après La Tour” ?
La mention “d’après” signale une œuvre inspirée d’une composition connue de La Tour, mais réalisée par un autre artiste, souvent plus tardivement.
Une signature suffit-elle à authentifier un pastel ?
Non. La signature est un indice important, mais l’attribution se fonde aussi sur la cohérence stylistique, les comparaisons et la documentation.
Quels éléments augmentent la valeur d’un pastel de Perronneau ?
Une attribution solide, une qualité d’exécution élevée, un modèle identifié, un format ambitieux et une provenance documentée peuvent soutenir la valeur.
Les pastels de La Tour sont-ils toujours plus chers que ceux de Perronneau ?
Souvent, mais pas systématiquement. La qualité, la rareté, la documentation et le sujet peuvent inverser les niveaux selon les œuvres.
Peut-on estimer un pastel à partir de photos ?
Une première orientation est possible à partir de photos et de dimensions, mais une analyse plus complète nécessite généralement une étude approfondie du dossier.
Pourquoi demander une estimation gratuite ?
Pour obtenir un avis structuré sur l’attribution probable, le positionnement de marché et les comparaisons utiles, sans engagement.
Sources
https://www.artcurial.com/ventes/2895/lots/5-a
https://www.artcurial.com/ventes/1797/lots/85-a
https://www.gazette-drouot.com/article/l-art-sensible-de-jean-baptiste-perronneau/92946
https://www.gazette-drouot.com/article/par-jean-baptiste-perronneau/11750
https://www.christies.com/en/lot/lot-6216498
https://fr.wikipedia.org/wiki/Jean-Baptiste_Perronneau
https://fr.wikipedia.org/wiki/Maurice-Quentin_de_La_Tour
https://www.pastellists.com/articles/perronneau.pdf
https://www.pastellists.com/Articles/LaTourFr.pdf