Estimation Lorenzo Storioni (1744-1816) : valeur, cote et expertise des instruments du luthier de Crémone
Lorenzo Storioni (1744-1816) est un luthier italien actif à Crémone à la fin du XVIIIe siècle et au début du XIXe siècle. Ses violons, altos et plus rarement ses violoncelles sont recherchés, mais leur valeur dépend fortement de l’authenticité, de l’attribution, de la période de fabrication, de la documentation (certificats, provenances) et de la qualité de l’expertise. Une estimation structurée doit distinguer clairement un instrument authentique, un instrument attribué, et un instrument simplement étiqueté Storioni (étiquette apocryphe).
| Domaines artistiques | Prix / Valeur / Cote |
|---|---|
| Violons | 62 237 € – 611 076 € |
| Altos | 52 990 € – 322 167 € |
| Violoncelles | 109 897 € |
Biographie
Lorenzo Storioni naît en 1744 et meurt en 1816. Il travaille à Crémone, dans un contexte de déclin de la grande tradition crémonaise du siècle précédent. Son activité documentée se situe principalement dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, avec une production connue à partir des années 1770. Dans l’histoire de la lutherie, il est souvent présenté comme une figure charnière, à la fois héritier indirect des modèles classiques (Amati, Stradivari, Guarneri) et porteur d’une esthétique plus libre et plus personnelle.
Un atelier crémanais tardif et une influence locale
Storioni travaille dans une ville où la lutherie n’a plus la même structure d’atelier qu’au temps des grandes dynasties du XVIIe et du début XVIIIe siècle. Son parcours ne s’appuie pas sur une filiation directe documentée avec Stradivari ou Guarneri. En revanche, son rôle est régulièrement associé à la continuité crémonaise par l’impact de ses instruments et par l’émergence, à Crémone, d’autres luthiers de la période, dont Giovanni Rota et Giovanni Battista Ceruti, souvent cités dans le prolongement de ce renouveau local.
Repères chronologiques utiles pour l’estimation
Pour une estimation, la datation est un point central. Les instruments attribués à Storioni portent fréquemment une étiquette mentionnant Crémone et une année. Cette étiquette ne suffit jamais, à elle seule, à établir l’authenticité. En expertise, on recoupe l’indication de date avec les caractéristiques de fabrication, les comparaisons à des instruments documentés, et les documents disponibles (certificats d’experts reconnus, archives de ventes, mentions anciennes).
Style de l’artiste
Le style de Lorenzo Storioni est généralement décrit comme plus direct et moins strictement “classique” que celui des maîtres du début du XVIIIe siècle. Il est associé à des contours souvent vigoureux, une exécution qui peut paraître plus libre, et une personnalité forte. Dans les comparaisons d’expertise, on observe souvent des choix de modèle et de détails qui rappellent des influences crémonaises antérieures, tout en s’en écartant par des proportions et une écriture plus tardive.
Les ouïes, la tête (volute), la manière de poser le filet (purfling) et l’aspect du vernis sont des éléments très regardés. L’appréciation du style ne se limite pas à un “air de famille” général : elle se fonde sur des détails récurrents et comparables, confrontés à des références fiables (instruments photographiés, instruments passés en ventes, dossiers de certificats).
La production de Storioni inclut violons et altos, et plus rarement des violoncelles. La rareté relative de certaines typologies peut peser sur la cote, mais elle ne suffit pas : l’authenticité, la qualité de conservation structurelle, et la qualité sonore recherchée par les musiciens restent des facteurs majeurs dans la formation des prix.
Techniques, matériaux, périodes
Comme la majorité des instruments de la tradition italienne, les instruments associés à Storioni reposent sur des matériaux standardisés dans la lutherie classique : table en épicéa, fond et éclisses en érable (souvent ondé), manche et tête en érable, filets incrustés, touche en ébène (souvent remplacée ou modifiée au cours des XIXe et XXe siècles, ce qui est courant sur les instruments anciens). Les choix précis de bois, de coupe et de densité se jugent instrument en main, et peuvent être complétés par des examens techniques.
Les techniques de finition et de vernis sont un enjeu d’attribution. L’aspect du vernis peut varier selon la période, l’histoire de l’instrument et les interventions ultérieures. Dans les expertises avancées, l’examen à la loupe, sous UV, et l’analyse de stratigraphies ou d’échantillons (quand elle est justifiée et possible) peuvent contribuer à comprendre la structure des couches de finition. Ces approches restent toutefois des outils au service d’une attribution globale : elles ne remplacent pas l’analyse stylistique et comparative.
D’un point de vue chronologique, l’estimation tient compte de la cohérence entre date revendiquée, caractéristiques de fabrication et références connues. Une date “trop parfaite” sur une étiquette, une typographie incohérente, ou une construction incompatible avec la période annoncée peuvent orienter vers une étiquette apocryphe. À l’inverse, une datation cohérente n’est jamais une preuve suffisante : elle doit s’accompagner d’une attribution robuste.
Analyse du marché
Le marché de Lorenzo Storioni se structure autour de trois niveaux qu’il faut impérativement séparer dans une logique d’estimation. Premier niveau : les instruments authentifiés (attribution ferme à Lorenzo Storioni, avec documentation solide). Deuxième niveau : les instruments “attribués à” ou “atelier de”, lorsque l’authenticité n’est pas retenue de manière définitive mais que des arguments sérieux existent. Troisième niveau : les instruments “portant une étiquette” Storioni, sans relation démontrée, catégorie très fréquente sur le marché des instruments anciens.
La cote reflète cette hiérarchie. Les résultats d’enchères montrent que les instruments attribués au cercle des grands Italiens peuvent varier fortement, avec des écarts de prix importants d’un lot à l’autre. Une même signature peut recouvrir des réalités très différentes : instrument authentique, instrument composite, instrument remanié, ou copie. L’enjeu, pour fixer une valeur, est d’établir la catégorie exacte et de documenter les éléments qui la justifient.
Le niveau de preuve demandé par le marché est élevé. Les certificats d’experts spécialisés, les rapports d’examen, la traçabilité de l’instrument (archives, anciens catalogues, correspondances) et les comparaisons avec des instruments référencés jouent un rôle déterminant. Le marché des instruments italiens anciens est international : la lecture d’un prix doit tenir compte des frais, de la concurrence, et de la façon dont le lot est catalogué (authentique, attribué, étiqueté).
Enfin, la demande est portée par deux profils dominants : les musiciens (qui recherchent un instrument jouable et performant) et les collectionneurs (qui recherchent une attribution solide et une documentation complète). Selon les cas, l’un ou l’autre profil peut peser plus fortement sur le résultat et expliquer des écarts entre des instruments pourtant proches en apparence.
Analyse technique de la thématique
Dans une estimation “Lorenzo Storioni”, la difficulté récurrente est la confusion entre le nom sur l’étiquette et l’attribution réelle. Les étiquettes “Laurentius Storioni fecit Cremonae” existent, mais elles sont aussi imitées. L’analyse technique vise donc à établir une cohérence globale entre la construction, les choix de modèle, l’outil, le vieillissement naturel des matériaux, et les caractéristiques attendues d’un instrument de cette école et de cette période.
L’examen porte généralement sur la structure (voûtes, épaisseurs, implantation et travail des tasseaux et contre-éclisses, cohérence des collages), sur la géométrie (mensurations, largeur des épaules, position des ouïes), sur les éléments de finition (filets, chanfreins, bords, creux de gorge), ainsi que sur la tête (profil, creusement, façon de terminer la volute). La lecture du vernis est également importante : sa transparence, sa couleur, son mode d’usure, et la présence de reprises peuvent orienter l’analyse.
Sur le plan des méthodes, l’expertise moderne peut s’appuyer sur des outils complémentaires. La dendrochronologie (pour les tables en épicéa) peut aider à vérifier qu’une date revendiquée est plausible, sans pouvoir attribuer un auteur. L’imagerie (radiographie, scanner) peut mettre en évidence des modifications anciennes, des assemblages ou des réparations structurelles, utiles pour comprendre l’histoire de l’instrument. Des analyses de couches (quand elles existent) peuvent éclairer la stratigraphie du vernis et des préparations, notamment pour distinguer certains profils de finition et repérer des zones de reprises.
Il existe également des instruments “composites”, c’est-à-dire constitués de parties d’origines différentes (fond, table, tête, ou éléments remplacés). Dans ce cas, la désignation et la valeur doivent être établies avec prudence, car le marché ne valorise pas un assemblage comme un instrument homogène, même si certaines pièces sont anciennes ou de belle qualité.
Enfin, l’analyse technique distingue l’instrument de l’objet “d’après”. Beaucoup de violons des XIXe et XXe siècles portent des étiquettes de grands luthiers italiens. L’objectif de l’expertise est d’éviter l’erreur de catégorie. C’est souvent cette étape qui explique les écarts de prix, parfois très importants, entre deux instruments portant pourtant un nom similaire à l’intérieur.
Marché des enchères
Les résultats ci-dessous illustrent l’amplitude des adjudications associées à Lorenzo Storioni dans les ventes publiques. Ils doivent être lus en tenant compte de la désignation exacte au catalogue, des documents présentés avec le lot, et de la concurrence en salle.
- Brompton’s, 27/03/2017, lot 212, 611 076 €
- Ingles & Hayday, 28/03/2017, lot 87, 499 006 €
- Tarisio, 25/03/2014, lot 171, 276 712 €
- Vichy-Enchères, 01/06/2023, lot 1, 13 926 €
Conclusion
Une estimation “Lorenzo Storioni” ne peut pas se réduire à la lecture d’une étiquette. La valeur se construit à partir d’une attribution argumentée, d’une comparaison à des références documentées, et d’une analyse du dossier (certificats, historique, cohérence technique). Les écarts de prix observés en ventes publiques montrent l’importance de qualifier précisément le niveau d’authenticité et la catégorie de l’instrument.
Pour connaître la valeur de votre instrument et obtenir un avis clair, le bureau d’expertise de Fabien Robaldo peut vous accompagner dans une démarche d’estimation gratuite, avec une approche structurée et documentée. Cette démarche s’inscrit dans un cadre professionnel, en lien avec les acteurs du marché, dont MILLON. Elle permet de positionner l’instrument, d’identifier la catégorie exacte (authentique, attribué, étiqueté), et de préparer un dossier cohérent.
Dans ce contexte, rappeler la différence entre le nom, l’attribution et la documentation est essentiel. C’est aussi la condition pour interpréter correctement la cote et pour présenter un instrument avec le niveau d’exigence attendu sur le marché des instruments anciens. Pour les besoins de description et d’inventaire, il est utile de formaliser correctement les titres d’oeuvres quand un instrument porte un nom d’usage reconnu, par exemple “Piccolo” pour un violon de format particulier documenté dans la littérature.
Qui est Lorenzo Storioni ?
Lorenzo Storioni (1744-1816) est un luthier italien actif à Crémone, connu pour des violons et des altos de la fin du XVIIIe siècle, avec une production plus rare de violoncelles.
Pourquoi le nom sur l’étiquette ne suffit-il pas ?
De nombreux instruments portent des étiquettes apocryphes. L’attribution repose sur une cohérence technique et stylistique, et sur la documentation, pas sur l’étiquette seule.
Quels instruments de Storioni sont les plus recherchés ?
Les violons et les altos authentifiés sont les plus fréquents sur le marché. Les violoncelles sont plus rares et peuvent susciter une forte demande quand l’attribution est solide.
Quels sont les principaux critères qui font varier la valeur ?
Le niveau d’authenticité (authentique, attribué, étiqueté), la datation, la qualité de fabrication, la documentation (certificats, provenances) et la présentation au catalogue lors d’une vente publique.
Un instrument “attribué à Storioni” a-t-il une valeur importante ?
Oui, parfois, mais la valeur est en général inférieure à celle d’un instrument authentifié. Tout dépend de la solidité des arguments d’attribution et des documents disponibles.
Comment reconnaître une étiquette apocryphe ?
On examine la typographie, le papier, l’encre, la cohérence de l’année indiquée et surtout la cohérence de l’instrument avec une fabrication crémonaise de la période annoncée.
Les certificats sont-ils indispensables ?
Ils ne sont pas obligatoires, mais ils pèsent fortement sur la confiance du marché. Un certificat reconnu peut clarifier la catégorie et réduire l’incertitude.
La dendrochronologie prouve-t-elle l’authenticité ?
Non. Elle peut indiquer si la table peut être compatible avec une période, mais elle ne peut pas attribuer un auteur à elle seule.
Pourquoi observe-t-on de si grands écarts d’adjudication ?
Les écarts proviennent le plus souvent de la désignation au catalogue (authentique ou non), du niveau de documentation, de la concurrence en salle, et de la perception du lot par les acheteurs.
Peut-on estimer un instrument Storioni sur photos ?
Une première orientation est parfois possible, mais une estimation fiable nécessite souvent un examen direct et, selon les cas, des examens complémentaires.
Quels éléments techniques sont examinés en priorité ?
Les mensurations, la voûte, les ouïes, les filets, la tête, le vernis et la construction interne. L’ensemble doit être cohérent avec une école et une période.
Comment obtenir une estimation gratuite ?
Vous pouvez solliciter une estimation gratuite auprès de Fabien Robaldo afin de qualifier l’instrument et d’établir une fourchette de valeur cohérente avec le marché.
Sources
- https://tarisio.com/cozio-archive/price-history/?Maker_ID=720
- https://cm2.chimeimuseum.org/en/craftsman/cremona/lore1744.html
- https://www.scrollavezza-zanre.com/en/archive-storioni-lorenzo
- https://ingleshayday.com/makers/storioni-lorenzo/
- https://www.corilon.com/gb/library/master-portraits/lorenzo-storioni-cremona
- https://liuteriacremonese.it/en/luthiery/history/
- https://www.fondazionebracco.com/en/progetti_/the-piccolo-storioni-violin-gets-a-new-lease-of-life-with-art-science-and-training/?category=arts
- https://link.springer.com/article/10.1140/epjp/s13360-021-02033-3
- https://en.wikipedia.org/wiki/Lorenzo_Storioni
- https://www.muziekinstrumentenfonds.nl/bouwers/lorenzo-storioni