Louis Carrogis de Carmontelle : jardins pittoresques et art des fabriques

Expertise des œuvres de l'artiste "Louis Carrogis de Carmontelle" et présentation de celui-ci

Louis Carrogis de Carmontelle (1717-1806) occupe une place particulière dans la culture visuelle des Lumières. Connu pour ses portraits et ses scènes de société, il est aussi l’auteur d’un projet paysager majeur : le jardin conçu pour le duc de Chartres à Monceau, dont une partie de l’esprit survit dans l’actuel Parc Monceau à Paris. Ce projet s’inscrit dans l’émergence des “jardins pittoresques”, conçus comme des parcours d’images, d’ambiances et de références, alternant surprise, variété et évocation. Carmontelle y développe un “art des fabriques”, c’est-à-dire l’usage de constructions décoratives et symboliques disposées dans le paysage afin de créer des stations, des points de vue et des récits.

Pour les amateurs d’arts graphiques, d’histoire des jardins et d’architecture de paysage, cette thématique relie plusieurs domaines de collection : dessins préparatoires, suites gravées, livres illustrés, projets d’ornement, ainsi que certaines œuvres liées à ses dispositifs d’illusion (notamment ses grands paysages sur papier translucide). Sur le marché, les pièces attribuées à Carmontelle et, plus largement, les œuvres documentant le jardin pittoresque et ses fabriques, sont recherchées pour leur rareté, leur qualité de témoignage et leur valeur historique. Comprendre les typologies d’objets, les critères de lecture et les mécanismes de marché permet d’aborder plus clairement la question de la valeur et de l’authentification.

Définition et description générale : jardins pittoresques et art des fabriques

Un “jardin pittoresque” désigne, au XVIIIe siècle, une conception du jardin qui rompt avec la stricte symétrie des compositions régulières. La promenade y devient une expérience progressive. Le visiteur avance de scène en scène, avec des points de vue composés, des changements d’échelle, des ruptures, et des surprises visuelles. L’objectif n’est pas seulement botanique ou décoratif. Il s’agit de produire des impressions, d’organiser un récit, et de multiplier les registres : pastoralisme, exotisme, antiquité, gothique, nature supposée “sauvage”, ou ruines “évocatrices”.

Dans ce cadre, l’”art des fabriques” renvoie aux constructions disposées dans le jardin pour créer des repères et des motifs. Une fabrique peut être un temple, une rotonde, une colonne, une grotte, un pont, une tente, une pagode, un moulin, une pyramide, une ruine factice, ou un pavillon. Certaines fabriques sont praticables, d’autres purement scénographiques. Elles servent à rythmer le parcours, à organiser des stations d’arrêt, et à renforcer le caractère “paysage composé” du site.

Carmontelle est directement associé à cette esthétique par son travail à Monceau, conçu comme un “pays d’illusions” fondé sur l’enchaînement de tableaux. Ce rôle de concepteur se prolonge dans ses productions graphiques. Ses dessins, ses projets et les images imprimées liées à Monceau constituent aujourd’hui des sources importantes pour comprendre l’apparition du jardin paysager en France et la circulation des modèles (antiques, médiévaux, orientaux, théâtraux).

Typologies, matériaux, périodes, styles

Les œuvres liées à Carmontelle et aux jardins pittoresques

La thématique recouvre d’abord des œuvres directement dues à Carmontelle. On rencontre des portraits et scènes au crayon, à l’aquarelle ou à la gouache, parfois en lien avec la sociabilité aristocratique qui fréquente les jardins de plaisir. On trouve aussi des paysages et des compositions destinées à exprimer des ambiances de parc : allées, bosquets, ponts, rivières, fabriques, promeneurs. Dans certains cas, le rapport est documentaire (topographie d’un lieu, vue identifiée). Dans d’autres, il est plus libre, mais reste cohérent avec l’imaginaire du jardin pittoresque.

Un ensemble à part est constitué par ses dispositifs d’illusion, souvent décrits comme des paysages sur papier translucide, conçus pour être vus avec une source lumineuse dans une boîte de vision. Même lorsque ces œuvres ne représentent pas Monceau, elles prolongent une même logique : dérouler un paysage comme une succession d’images, avec un sens du mouvement, du récit et du spectacle.

Livres illustrés, estampes et suites de planches

La diffusion des jardins pittoresques passe aussi par l’imprimé. Le livre illustré et la suite d’estampes jouent un rôle clé dans la notoriété des jardins, car ils fixent un itinéraire et des points de vue. Pour Carmontelle, l’ouvrage consacré au jardin de Monceau, avec plan et planches, est une référence. Sur le marché, ces ensembles peuvent apparaître sous plusieurs formes : volume complet, suites dépareillées, planches isolées, tirages de périodes différentes, exemplaires avec coloris d’époque ou rehauts plus tardifs. Ces éléments, même lorsqu’ils ne sont pas uniques, sont recherchés par les collectionneurs d’histoire des jardins et par les amateurs d’estampes.

Fabriques : matériaux représentés et styles évoqués

Les fabriques, dans l’iconographie et dans les projets, convoquent des styles identifiables sans exiger une lecture technique. L’antique est fréquent (temples, colonnes, arcs). Le “gothique” est utilisé comme registre pittoresque (tours, ruines). L’exotisme s’exprime par des références chinoises, turques ou tartares (pagodes, tentes). Le rustique apparaît via des chaumières, des moulins, des ponts en bois. Cette variété est un élément central du goût de la fin de l’Ancien Régime, et explique pourquoi l’imagerie des jardins pittoresques intéresse à la fois les historiens de l’art, les historiens du paysage et les collectionneurs d’architecture.

Facteurs influençant la valeur

La valeur d’une œuvre associée à Louis Carrogis de Carmontelle, ou plus largement à l’esthétique des jardins pittoresques et des fabriques, dépend d’un ensemble de facteurs qui se combinent. Le premier est l’attribution. La présence d’une signature, d’une annotation ancienne, d’une provenance continue, ou d’une inclusion dans une bibliographie solide peut renforcer l’intérêt des acheteurs. À l’inverse, une attribution prudente (“attribué à”, “entourage de”) place l’œuvre dans une zone de marché généralement plus accessible, mais plus variable.

Le second facteur est la typologie. Un dessin original (crayon, aquarelle, gouache) est généralement traité différemment d’une estampe, d’un livre illustré ou d’une planche isolée. L’unicité, la rareté et le caractère directement “autographe” sont des moteurs classiques de valorisation. Pour les imprimés, l’importance revient plutôt à la complétude (volume complet, suite complète), à la qualité de l’édition (édition originale, tirage), et à l’attrait visuel (présence d’un coloris ancien, qualité du papier, netteté d’impression).

Le sujet pèse fortement. Les œuvres montrant des fabriques identifiables, des vues documentées de jardins célèbres, ou des scènes liées aux sociabilités aristocratiques des années 1770-1790 attirent davantage l’attention. Un lien explicite avec Monceau et le duc de Chartres, ou avec un contexte très recherché (Paris, grandes collections, personnages célèbres), peut soutenir le niveau de prix.

La qualité d’exécution et la lisibilité de la composition ont aussi un impact. Pour Carmontelle, la finesse du trait, l’élégance des silhouettes, la maîtrise de la mise en scène et l’équilibre des couleurs sont souvent cités dans l’appréciation des œuvres. Enfin, le format et la présentation comptent. Les grands formats, les œuvres abouties, et les ensembles cohérents (paires, séries, planches réunies, albums) peuvent être plus disputés que des feuilles isolées, selon la nature exacte de l’objet.

Marché de l’art : demande, cote, valeur

Le marché autour de Carmontelle se situe à la croisée de plusieurs segments. D’un côté, il existe une demande régulière pour les dessins et aquarelles du XVIIIe siècle, notamment lorsqu’ils documentent la société des Lumières. De l’autre, l’histoire des jardins est un domaine de collection structuré, avec des acheteurs spécialisés dans les livres, les estampes, les plans et les vues de jardins. Les objets liés à Monceau et à l’art des fabriques bénéficient de cet intérêt car ils touchent à la fois au paysage, à l’architecture, au décor et à l’imaginaire du voyage.

La cote de Carmontelle peut être contrastée selon la nature des œuvres. Les feuilles particulièrement importantes, au sujet fort et à la qualité remarquable, se positionnent sur des niveaux élevés. Les portraits et scènes bien attribués, liés à des personnalités identifiables, peuvent aussi susciter des enchères soutenues. Les ouvrages imprimés et les suites gravées, plus fréquents que les dessins uniques, relèvent d’une logique de marché différente : leur prix dépend beaucoup de la rareté de l’exemplaire, de la complétude, et de l’attrait décoratif.

Dans tous les cas, l’évaluation demande une approche structurée. Elle consiste à identifier précisément l’objet (auteur, datation, technique, sujet), à le replacer dans les corpus connus (Monceau, fabriques, transparents, portraits), puis à comparer avec des références de marché et des résultats publics. Au sein de MILLON, Fabien Robaldo accompagne ce type de démarche, en articulant lecture historique, analyse de l’objet et repères de prix observables.

Résultats de ventes vérifiés

Les résultats publics disponibles et librement consultables montrent que certaines feuilles de Carmontelle peuvent atteindre des montants significatifs lorsqu’elles réunissent un sujet fort, une exécution de qualité et une provenance ou un contexte de vente porteur.

  • Coutau-Bégarie (Hôtel Drouot), 24 mai 2019, Louis Carrogis dit Carmontelle, “Vivant Denon faisant le portrait du chevalier de Cossé”, aquarelle, crayon noir et sanguine – 173 880 €.

Conclusion

Louis Carrogis de Carmontelle est un acteur important de l’histoire des jardins pittoresques en France, autant par ses projets que par ses images. L’art des fabriques, les parcours de promenade, et l’idée d’un jardin conçu comme une succession de tableaux expliquent l’intérêt durable pour cette thématique. Sur le marché, les œuvres liées à Carmontelle et aux jardins pittoresques se situent entre art graphique, histoire du paysage, architecture et bibliophilie. La hiérarchie des prix dépend principalement de l’attribution, du sujet, de la typologie (dessin, estampe, livre), et de la place de l’objet dans un corpus identifiable.

Pour connaître la valeur d’un dessin, d’une estampe ou d’un livre en lien avec Carmontelle, Monceau ou l’iconographie des fabriques, vous pouvez demander une estimation gratuite auprès de Fabien Robaldo. L’analyse permet de clarifier l’identification, de situer l’objet dans le marché et de disposer d’un avis professionnel argumenté.

FAQ

Qui est Louis Carrogis de Carmontelle ?Louis Carrogis de Carmontelle (1717-1806) est un artiste français actif au XVIIIe siècle, connu pour ses portraits, ses scènes et son rôle dans la conception de jardins, notamment à Monceau.
Que signifie “jardin pittoresque” ?Le jardin pittoresque est un jardin conçu comme un parcours de scènes variées, destiné à produire des impressions et des points de vue, en contraste avec le jardin régulier.
Qu’appelle-t-on une “fabrique” dans un jardin ?Une fabrique est une construction décorative ou symbolique placée dans un parc (temple, ruine, pagode, pont, grotte) pour rythmer la promenade et créer des tableaux.
Quel est le lien entre Carmontelle et le Parc Monceau ?Carmontelle conçoit dans les années 1770 un jardin pour le duc de Chartres à Monceau, qui a contribué à la renommée du site et à l’histoire du jardin paysager en France.
Quels types d’objets peut-on collectionner autour de cette thématique ?On rencontre des dessins et aquarelles, des estampes, des livres illustrés, des suites de planches, et plus rarement des œuvres liées à des dispositifs d’illusion sur papier translucide.
Les estampes du jardin de Monceau ont-elles une valeur de collection ?Oui. Leur intérêt dépend notamment de la complétude, du tirage, de l’exemplaire, et de l’attrait visuel des planches.
Qu’est-ce qui influence le plus la valeur d’un dessin attribué à Carmontelle ?L’attribution, le sujet, la qualité d’exécution, le format, la provenance et la présence de références bibliographiques cohérentes sont déterminants.
Une œuvre sans signature peut-elle être attribuée à Carmontelle ?Oui. L’attribution peut reposer sur des comparaisons stylistiques, des inscriptions anciennes, une provenance, ou une cohérence avec des œuvres documentées.
Pourquoi l’iconographie des fabriques intéresse-t-elle les collectionneurs ?Parce qu’elle documente un goût historique, l’évolution du paysage, et des références architecturales variées, avec un fort potentiel décoratif et culturel.
Peut-on estimer un livre ancien sur les jardins sans expertise spécialisée ?Une première identification est possible, mais une expertise est utile pour préciser l’édition, la complétude, et la place de l’exemplaire sur le marché.
Les œuvres liées aux jardins pittoresques concernent-elles uniquement le XVIIIe siècle ?Le XVIIIe siècle est central, mais le sujet se prolonge au XIXe siècle par la diffusion des modèles, les rééditions, et l’évolution du goût romantique pour les ruines et les parcs paysagers.
Comment demander une estimation d’une œuvre liée à Carmontelle ?Vous pouvez solliciter une estimation gratuite auprès de Fabien Robaldo, en transmettant des photos et les informations disponibles (dimensions, inscriptions, provenance, documentation).
Sources https://www.gazette-drouot.com/en/article/record-for-a-drawing-by-carmontelle/7978 https://www.gazette-drouot.com/article/record-pour-un-dessin-de-carmontelle/7949 https://www.gazette-drouot.com/en/article/carmontelle-or-the-moving-illusion/13263 https://www.sothebys.com/en/auctions/ecatalogue/2019/coll-chaponniere-pf1943/lot.36.html https://www.sothebys.com/en/auctions/ecatalogue/2019/old-master-drawings-l19040/lot.343.html https://www.metmuseum.org/art/collection/search/347124 https://www.getty.edu/publications/resources/virtuallibrary/0892365846.pdf https://academic.oup.com/fh/article/39/3/258/8202932 https://fr.wikipedia.org/wiki/Carmontelle https://en.wikipedia.org/wiki/Louis_Carrogis_Carmontelle

*Les informations publiées sur ce site ont un objectif exclusivement informatif. Nous ne délivrons aucun certificat d’authenticité lorsqu’une estimation est demandée en ligne. Les estimations fournies restent sous toutes réserves de l’avis des artistes, fondations, comités ou instances officielles compétentes et reconnues.

Nos domaines d'expertises :

Domaine d'expertise : Bijoux
Bijoux anciens et modernes
Domaine d'expertise : vins
Vins et spiritueux
Domaine d'expertise : montres
Montres de collections
Domaine d'expertise : estimation livres
Livres et manuscrits
illustration icone domaines d'expertise tableau bordeaux
Tableaux anciens, modernes, contemporains
Domaine d'expertise : Timbre poste
Timbres-Poste et cartes postales
Domaine d'expertise : Laques & Peintures
Laques et peintures vietnamiennes
Domaine d'expertise : Monnaie
Pièces de monnaies
Domaine d'expertise : Art Asie
Art d'Asie et d'Orient
Domaine d'expertise : Art Contemporain
Art Contemporain
Domaine d'expertise : Verreries
Verreries Gallé, Daum, Lalique
Domaine d'expertise : Instruments
Violons, violoncelles et archets
Domaine d'expertise : Mobilier
Objets et mobiliers Arts Décoratifs
Domaine d'expertise : Jouets Anciens
Jouets anciens et automates

Nos partenaires commissaire-priseur