Définition et description générale : jardins pittoresques et art des fabriques
Un « jardin pittoresque » désigne, au XVIIIe siècle, une conception du jardin qui rompt avec la stricte symétrie des compositions régulières. La promenade y devient une expérience progressive. Le visiteur avance de scène en scène, avec des points de vue composés, des changements d’échelle, des ruptures, et des surprises visuelles. L’objectif n’est pas seulement botanique ou décoratif. Il s’agit de produire des impressions, d’organiser un récit, et de multiplier les registres : pastoralisme, exotisme, antiquité, gothique, nature supposée « sauvage », ou ruines « évocatrices ».
Dans ce cadre, l’ »art des fabriques » renvoie aux constructions disposées dans le jardin pour créer des repères et des motifs. Une fabrique peut être un temple, une rotonde, une colonne, une grotte, un pont, une tente, une pagode, un moulin, une pyramide, une ruine factice, ou un pavillon. Certaines fabriques sont praticables, d’autres purement scénographiques. Elles servent à rythmer le parcours, à organiser des stations d’arrêt, et à renforcer le caractère « paysage composé » du site.
Carmontelle est directement associé à cette esthétique par son travail à Monceau, conçu comme un « pays d’illusions » fondé sur l’enchaînement de tableaux. Ce rôle de concepteur se prolonge dans ses productions graphiques. Ses dessins, ses projets et les images imprimées liées à Monceau constituent aujourd’hui des sources importantes pour comprendre l’apparition du jardin paysager en France et la circulation des modèles (antiques, médiévaux, orientaux, théâtraux).
Typologies, matériaux, périodes, styles
Les œuvres liées à Carmontelle et aux jardins pittoresques
La thématique recouvre d’abord des œuvres directement dues à Carmontelle. On rencontre des portraits et scènes au crayon, à l’aquarelle ou à la gouache, parfois en lien avec la sociabilité aristocratique qui fréquente les jardins de plaisir. On trouve aussi des paysages et des compositions destinées à exprimer des ambiances de parc : allées, bosquets, ponts, rivières, fabriques, promeneurs. Dans certains cas, le rapport est documentaire (topographie d’un lieu, vue identifiée). Dans d’autres, il est plus libre, mais reste cohérent avec l’imaginaire du jardin pittoresque.
Un ensemble à part est constitué par ses dispositifs d’illusion, souvent décrits comme des paysages sur papier translucide, conçus pour être vus avec une source lumineuse dans une boîte de vision. Même lorsque ces œuvres ne représentent pas Monceau, elles prolongent une même logique : dérouler un paysage comme une succession d’images, avec un sens du mouvement, du récit et du spectacle.
Livres illustrés, estampes et suites de planches
La diffusion des jardins pittoresques passe aussi par l’imprimé. Le livre illustré et la suite d’estampes jouent un rôle clé dans la notoriété des jardins, car ils fixent un itinéraire et des points de vue. Pour Carmontelle, l’ouvrage consacré au jardin de Monceau, avec plan et planches, est une référence. Sur le marché, ces ensembles peuvent apparaître sous plusieurs formes : volume complet, suites dépareillées, planches isolées, tirages de périodes différentes, exemplaires avec coloris d’époque ou rehauts plus tardifs. Ces éléments, même lorsqu’ils ne sont pas uniques, sont recherchés par les collectionneurs d’histoire des jardins et par les amateurs d’estampes.
Fabriques : matériaux représentés et styles évoqués
Les fabriques, dans l’iconographie et dans les projets, convoquent des styles identifiables sans exiger une lecture technique. L’antique est fréquent (temples, colonnes, arcs). Le « gothique » est utilisé comme registre pittoresque (tours, ruines). L’exotisme s’exprime par des références chinoises, turques ou tartares (pagodes, tentes). Le rustique apparaît via des chaumières, des moulins, des ponts en bois. Cette variété est un élément central du goût de la fin de l’Ancien Régime, et explique pourquoi l’imagerie des jardins pittoresques intéresse à la fois les historiens de l’art, les historiens du paysage et les collectionneurs d’architecture.
Facteurs influençant la valeur
La valeur d’une œuvre associée à Louis Carrogis de Carmontelle, ou plus largement à l’esthétique des jardins pittoresques et des fabriques, dépend d’un ensemble de facteurs qui se combinent. Le premier est l’attribution. La présence d’une signature, d’une annotation ancienne, d’une provenance continue, ou d’une inclusion dans une bibliographie solide peut renforcer l’intérêt des acheteurs. À l’inverse, une attribution prudente (« attribué à », « entourage de ») place l’œuvre dans une zone de marché généralement plus accessible, mais plus variable.
Le second facteur est la typologie. Un dessin original (crayon, aquarelle, gouache) est généralement traité différemment d’une estampe, d’un livre illustré ou d’une planche isolée. L’unicité, la rareté et le caractère directement « autographe » sont des moteurs classiques de valorisation. Pour les imprimés, l’importance revient plutôt à la complétude (volume complet, suite complète), à la qualité de l’édition (édition originale, tirage), et à l’attrait visuel (présence d’un coloris ancien, qualité du papier, netteté d’impression).
Le sujet pèse fortement. Les œuvres montrant des fabriques identifiables, des vues documentées de jardins célèbres, ou des scènes liées aux sociabilités aristocratiques des années 1770-1790 attirent davantage l’attention. Un lien explicite avec Monceau et le duc de Chartres, ou avec un contexte très recherché (Paris, grandes collections, personnages célèbres), peut soutenir le niveau de prix.
La qualité d’exécution et la lisibilité de la composition ont aussi un impact. Pour Carmontelle, la finesse du trait, l’élégance des silhouettes, la maîtrise de la mise en scène et l’équilibre des couleurs sont souvent cités dans l’appréciation des œuvres. Enfin, le format et la présentation comptent. Les grands formats, les œuvres abouties, et les ensembles cohérents (paires, séries, planches réunies, albums) peuvent être plus disputés que des feuilles isolées, selon la nature exacte de l’objet.
Marché de l’art : demande, cote, valeur
Le marché autour de Carmontelle se situe à la croisée de plusieurs segments. D’un côté, il existe une demande régulière pour les dessins et aquarelles du XVIIIe siècle, notamment lorsqu’ils documentent la société des Lumières. De l’autre, l’histoire des jardins est un domaine de collection structuré, avec des acheteurs spécialisés dans les livres, les estampes, les plans et les vues de jardins. Les objets liés à Monceau et à l’art des fabriques bénéficient de cet intérêt car ils touchent à la fois au paysage, à l’architecture, au décor et à l’imaginaire du voyage.
La cote de Carmontelle peut être contrastée selon la nature des œuvres. Les feuilles particulièrement importantes, au sujet fort et à la qualité remarquable, se positionnent sur des niveaux élevés. Les portraits et scènes bien attribués, liés à des personnalités identifiables, peuvent aussi susciter des enchères soutenues. Les ouvrages imprimés et les suites gravées, plus fréquents que les dessins uniques, relèvent d’une logique de marché différente : leur prix dépend beaucoup de la rareté de l’exemplaire, de la complétude, et de l’attrait décoratif.
Dans tous les cas, l’évaluation demande une approche structurée. Elle consiste à identifier précisément l’objet (auteur, datation, technique, sujet), à le replacer dans les corpus connus (Monceau, fabriques, transparents, portraits), puis à comparer avec des références de marché et des résultats publics. Au sein de MILLON, Fabien Robaldo accompagne ce type de démarche, en articulant lecture historique, analyse de l’objet et repères de prix observables.
Résultats de ventes vérifiés
Les résultats publics disponibles et librement consultables montrent que certaines feuilles de Carmontelle peuvent atteindre des montants significatifs lorsqu’elles réunissent un sujet fort, une exécution de qualité et une provenance ou un contexte de vente porteur.
- Coutau-Bégarie (Hôtel Drouot), 24 mai 2019, Louis Carrogis dit Carmontelle, « Vivant Denon faisant le portrait du chevalier de Cossé », aquarelle, crayon noir et sanguine – 173 880 €.
Conclusion
Louis Carrogis de Carmontelle est un acteur important de l’histoire des jardins pittoresques en France, autant par ses projets que par ses images. L’art des fabriques, les parcours de promenade, et l’idée d’un jardin conçu comme une succession de tableaux expliquent l’intérêt durable pour cette thématique. Sur le marché, les œuvres liées à Carmontelle et aux jardins pittoresques se situent entre art graphique, histoire du paysage, architecture et bibliophilie. La hiérarchie des prix dépend principalement de l’attribution, du sujet, de la typologie (dessin, estampe, livre), et de la place de l’objet dans un corpus identifiable.
Pour connaître la valeur d’un dessin, d’une estampe ou d’un livre en lien avec Carmontelle, Monceau ou l’iconographie des fabriques, vous pouvez demander une estimation gratuite auprès de Fabien Robaldo. L’analyse permet de clarifier l’identification, de situer l’objet dans le marché et de disposer d’un avis professionnel argumenté.