Définition et description générale de la thématique
La thématique “Louis Carrogis de Carmontelle : portraits dessinés de la société des Lumières” renvoie à un ensemble d’œuvres sur papier réalisées au XVIIIe siècle, principalement des portraits. Il peut s’agir de bustes, de profils, de figures en pied, ou de scènes où le modèle apparaît dans un décor léger, parfois en extérieur. La société des Lumières, ici, ne désigne pas une catégorie abstraite. Elle renvoie aux milieux qui structurent la vie culturelle et mondaine : aristocratie et grands serviteurs de l’État, cercles du Palais-Royal, amateurs d’art, écrivains, musiciens, savants, et figures de la conversation.
Ces portraits ont une fonction sociale. Ils circulent, se conservent, se rassemblent, s’échangent. Ils peuvent aussi être liés à une logique de mémoire : garder trace des proches, composer une galerie de visages, ou fixer l’image d’un réseau. Dans le cas de Carmontelle, l’œuvre de portrait est souvent associée à la rapidité d’exécution et à une capacité à saisir des traits distinctifs. Le résultat recherché n’est pas la monumentalité, mais la ressemblance, l’esprit du modèle, et une présence immédiate.
Le terme “portrait dessiné” doit être pris au sens large. Chez Carmontelle, on rencontre des dessins au crayon, des rehauts colorés, et des œuvres proches de la miniature par leur format, tout en restant sur papier. Les formats ovales sont fréquents, de même que les profils, parce qu’ils offrent une lecture directe. La simplicité apparente ne doit pas tromper : l’identification des personnes, la qualité du trait, et la provenance peuvent transformer un dessin discret en pièce de référence pour un collectionneur ou une institution.
Typologies, matériaux, périodes, styles
Portraits en buste et portraits de profil
Une typologie très courante est le portrait en buste, isolé, souvent traité en profil. Le profil est un marqueur fort de l’époque. Il renvoie à une culture visuelle partagée, où le visage devient signe, presque emblème. Les portraits de profil peuvent être plus ou moins colorés. Certains sont essentiellement graphiques, d’autres intègrent des rehauts d’aquarelle ou de gouache, notamment pour les carnations, les habits, et les attributs (rubans, décorations, coiffures).
Le format ovale apparaît fréquemment, parfois monté ou présenté comme un médaillon. Dans ces cas, l’effet recherché est celui d’un objet intime, maniable, facilement conservable en album ou en portefeuille. Cette typologie concerne aussi bien des figures identifiées que des modèles dont l’identité s’est perdue. Or, sur le marché, la différence est majeure : un portrait “attribué à un proche du duc d’Orléans” n’a pas la même portée qu’un portrait documenté d’une figure historique des Lumières.
Portraits en pied, en situation, et sociabilité mondaine
Une autre typologie, plus recherchée, est le portrait en pied. Le modèle n’est plus seulement un visage. Il devient silhouette, attitude, présence sociale. Ces œuvres peuvent montrer des accessoires, une gestuelle, un décor minimal, parfois un jardin ou un intérieur suggéré. Elles rejoignent la thématique de la sociabilité : lecture, musique, promenade, conversation. Dans la société des Lumières, ces codes visuels disent le rang, mais aussi le style de vie et les valeurs affichées (culture, goût, politesse, distinction).
Chez Carmontelle, ces compositions peuvent être particulièrement parlantes lorsqu’elles sont liées à un cercle identifiable. Les scènes rattachées au Palais-Royal, à des résidences de plaisance, ou à des lieux de sociabilité aristocratique, renforcent l’intérêt historique. En pratique, sur le marché, ces dessins se placent souvent au-dessus des simples bustes, car ils sont plus rares, plus narratifs, et plus documentables.
Albums, séries, et ensembles familiaux
Les portraits de Carmontelle peuvent apparaître isolés, mais ils existent aussi en ensembles. Les albums et séries posent des questions spécifiques : cohérence de provenance, unité de montage, logique de collection, et parfois présence d’annotations. Un ensemble familial, même de niveau graphique inégal, peut avoir une force particulière s’il permet d’identifier plusieurs générations, des alliances, ou un cercle complet. La valeur ne se calcule plus seulement à la feuille, mais aussi à l’intérêt documentaire et à la rareté de l’ensemble.
Dans une logique d’expertise, ces ensembles demandent une lecture organisée. Il faut distinguer ce qui relève de Carmontelle, de son entourage, d’imitations, ou de pratiques proches du portrait de profil au XVIIIe siècle. Une partie des portraits attribués au nom de Carmontelle relève en réalité d’une mode plus large. La nuance entre “de la main de” et “attribué à” est structurante pour situer un niveau de marché.
Matériaux courants et présentation
Les matériaux rencontrés sont typiquement ceux du dessin au XVIIIe siècle. On retrouve le crayon noir, la sanguine, parfois une combinaison des deux, avec des rehauts. L’aquarelle est fréquente, parfois complétée par de la gouache pour obtenir des accents plus couvrants. Le support est le plus souvent un papier, de format modeste. La présentation peut inclure un montage ancien, parfois un encadrement, ou un collage en album. Dans une approche factuelle, ces éléments jouent surtout un rôle d’identification et de contextualisation (période, usage, destination), plus qu’un rôle décoratif.
Périodes et évolution de style
La production de portraits de Carmontelle s’inscrit principalement dans la seconde moitié du XVIIIe siècle. Son activité est liée à des milieux aristocratiques et à des réseaux de cour. Sans entrer dans une lecture technique avancée, on peut retenir que les œuvres les plus “abouties” visuellement sont souvent celles où le trait et la couleur trouvent un équilibre : ressemblance nette, dessin des coiffures et des étoffes, mise en place du profil, et rehauts colorés précis. À l’inverse, des feuilles plus rapides, plus schématiques, peuvent relever d’une pratique de carnet ou de série préparatoire, et se situent généralement sur des niveaux de prix plus modérés, sauf identification exceptionnelle du modèle.
Facteurs influençant la valeur
Pour les portraits dessinés de Carmontelle, plusieurs facteurs influencent la valeur. Ces facteurs se cumulent. Ils peuvent aussi se compenser. Un portrait d’un modèle prestigieux, même de petit format, peut dépasser largement un portrait en pied d’un modèle non identifié.
Attribution, signature, et niveau de certitude
Le premier facteur est le niveau d’attribution. Une œuvre donnée “de Louis Carrogis de Carmontelle” n’est pas équivalente à une œuvre “attribuée à” ou “entourage de”. Sur le papier, ces mots paraissent proches. Sur le marché, ils structurent des écarts importants. Les signatures existent, mais ne sont pas systématiques. L’absence de signature n’exclut pas l’authenticité, mais impose un travail de comparaison : types de profils, traitement des yeux, modelé des visages, mise en couleur, et habitudes de présentation.
Identification du modèle et intérêt historique
L’identification du modèle est souvent déterminante. Un portrait d’une figure clairement rattachée aux Lumières, à la cour, ou à un cercle connu (Palais-Royal, mécénat, salons) bénéficie d’une demande plus large. Les collectionneurs recherchent un visage, mais aussi une histoire vérifiable. Les portraits de modèles non identifiés restent collectables, mais leur marché est plus étroit. Une annotation ancienne, une provenance familiale, ou une mention dans une publication peut faire basculer le dossier.
Qualité d’exécution et présence de la couleur
La qualité d’exécution influence la lecture immédiate du portrait. Elle tient à la justesse du profil, à l’équilibre entre dessin et rehauts, et à la capacité à rendre une expression sans surcharge. Les œuvres combinant crayon et aquarelle, avec une palette maîtrisée, sont souvent mieux positionnées que les feuilles très sobres, sauf rareté particulière. Dans les résultats connus, les compositions plus ambitieuses, avec plusieurs figures ou une situation, peuvent atteindre des niveaux très supérieurs à la moyenne.
Format, composition, rareté
Le format joue, mais il n’est pas le seul indicateur. Un petit ovale peut valoir plus qu’une feuille plus grande s’il représente une personnalité majeure et s’il est solidement documenté. En revanche, à attribution et sujet comparables, un portrait en pied ou une scène avec action se place généralement plus haut qu’un simple buste. La rareté s’apprécie aussi par la typologie : certains modèles sont très rarement représentés, et certains ensembles cohérents (paires, séries) sont particulièrement attractifs.
Provenance, publications, et traçabilité
La provenance et la traçabilité ont un impact direct sur la valeur. Un dessin passé dans une collection identifiée, resté dans une famille, ou relié à un album ancien, présente un dossier plus solide. Les références bibliographiques, les expositions, ou la reproduction dans un catalogue renforcent la crédibilité de l’attribution et l’intérêt de l’œuvre. Pour Carmontelle, cet aspect est central, car de nombreux portraits circulent sans identification certaine, et le marché valorise les feuilles “documentées” par rapport aux feuilles “seulement séduisantes”.
Marché de l’art : demande, cote, valeur
Le marché des portraits dessinés de Carmontelle se situe à la croisée de plusieurs segments : le dessin ancien français, le portrait du XVIIIe siècle, et la collection de documents visuels liés à l’histoire culturelle. La demande existe en France et à l’international. Elle peut venir de collectionneurs de dessins, mais aussi d’amateurs d’histoire et de provenance aristocratique, ainsi que d’institutions qui complètent des ensembles cohérents.
En pratique, la “cote” de Carmontelle n’est pas uniforme. Elle dépend fortement du type d’œuvre. Les portraits simples, de petit format, non identifiés, se positionnent souvent à des niveaux accessibles, surtout lorsqu’ils sont “attribués à” plutôt que donnés fermement. À l’inverse, certaines feuilles majeures, par leur sujet et leur qualité, atteignent des montants très élevés. Les records existent, et ils tirent l’image de l’artiste vers le haut, mais ils concernent une minorité de pièces.
Pour parler de valeur de manière utile, il faut donc raisonner par cas. Un portrait en profil, ovale, avec rehauts d’aquarelle, peut se situer en quelques milliers d’euros lorsqu’il est bien attribué, présenté de manière convaincante, et accompagné d’une identification probable. Un portrait en situation, un sujet lié à une personnalité reconnue, ou une feuille illustrant un épisode ou une sociabilité précisément documentée, peut franchir des seuils nettement supérieurs. Le marché est sensible à la clarté du dossier : identification, provenance, comparaisons, et cohérence stylistique.
Enfin, la présence d’une vente récente “référence” n’entraîne pas mécaniquement la revalorisation de toutes les feuilles. Elle sert plutôt de repère pour comprendre l’amplitude du marché. Pour un propriétaire, l’enjeu est d’éviter les assimilations rapides : un portrait de profil du XVIIIe siècle n’est pas automatiquement un Carmontelle, et un Carmontelle n’a pas automatiquement le niveau d’une œuvre record. C’est précisément l’intérêt d’une expertise et d’une estimation gratuite : situer l’œuvre dans la bonne typologie, avec le bon niveau d’attribution, et un positionnement cohérent.
Le bureau d’expertise de Fabien Robaldo intervient sur ces œuvres sur papier et leurs attributions. Selon les besoins, l’accompagnement peut se faire en lien avec MILLON, notamment pour cadrer un dossier, réunir les éléments utiles et préciser la fourchette de valeur en fonction des références pertinentes.
Résultats de ventes vérifiés
- Coutau-Bégarie, 24 mai 2019, lot non communiqué dans la source consultée, “Vivant Denon faisant le portrait du chevalier de Cossé”, 173 880 €.
- Dorotheum (Vienne), 20 avril 2022, lot 161, “Deux portraits en médaillon (jeune homme et jeune femme en profil)”, 3 328 €.
- Sotheby’s (Paris), 29 septembre 2015, lot non communiqué dans la source consultée, “Les Gentilshommes du duc d’Orléans dans l’habit de Saint-Cloud”, 531 000 €.
Conclusion
Les portraits dessinés de Louis Carrogis de Carmontelle constituent un ensemble essentiel pour comprendre l’image sociale au XVIIIe siècle. Ils documentent des visages, mais aussi des codes de représentation propres à la société des Lumières : profil, sobriété du support papier, rehauts d’aquarelle, et importance de l’identification. Sur le marché, la valeur dépend d’abord du degré d’attribution, de l’identité du modèle, de la rareté de la typologie, et de la qualité générale de la feuille. Les écarts observés en ventes publiques rappellent qu’un dossier solide et une bonne qualification de l’œuvre sont décisifs.
Pour connaître la valeur d’un portrait attribué à Carmontelle, ou pour clarifier une identification de modèle, vous pouvez demander une estimation gratuite auprès de Fabien Robaldo. L’analyse porte sur l’attribution, la typologie, le contexte et les références de marché, afin de vous donner un avis clair et directement exploitable.