Luca Carlevarijs : vedute de Venise et paysages urbains

Luca Carlevarijs : vedute de Venise, paysages urbains et valeur sur le marché de l’art

Expertise des œuvres de l'artiste et présentation de celui-ci, oeuvre "Veduta de la place Saint-Marc” (vers 1710) de Luca Carlevarijs (1663-1730)
Luca Carlevarijs (1663-1730)

Introduction

Luca Carlevarijs (1663-1730) occupe une place centrale dans l’histoire des vedute vénitiennes. Ses vues de Venise et ses paysages urbains s’inscrivent dans un moment clé : l’émergence d’images topographiques destinées à une clientèle internationale, attirée par la ville, son architecture et sa vie quotidienne. Aujourd’hui, ces œuvres sont recherchées pour leur intérêt historique, leur qualité picturale et leur rôle dans la formation du goût pour la vue urbaine au XVIIIe siècle. Comprendre cette thématique permet de mieux situer la valeur d’un tableau, d’un dessin ou d’une estampe attribué(e) à Carlevarijs, et de préparer une démarche d’expertise cohérente.

Définir la veduta vénitienne et la place de Carlevarijs

Le terme “veduta” désigne une vue, le plus souvent urbaine, conçue pour représenter un lieu identifiable. À Venise, la veduta devient un genre à part entière : la ville offre des perspectives spectaculaires, une lumière particulière, et des points de vue codifiés comme la place Saint-Marc, le Palais des Doges, la Piazzetta, le Grand Canal, le Rialto ou le Bassin de Saint-Marc. La veduta peut être strictement topographique, ou s’autoriser des ajustements pour renforcer l’effet visuel, clarifier la composition, ou répondre au goût des commanditaires.

Luca Carlevarijs est souvent présenté comme un précurseur de cette école vénitienne de la vue urbaine, avant Canaletto et Guardi. Son travail contribue à fixer des motifs, des cadrages et une manière de rendre l’animation des quais, des embarcations et des passants. Ses compositions montrent une Venise reconnaissable, mais aussi construite : l’image est organisée pour être lisible, équilibrée et attractive. Dans cette perspective, la thématique “vedute de Venise et paysages urbains” renvoie autant au sujet (la ville) qu’à un type d’image (la vue) et à une demande (collectionneurs, amateurs d’anciens maîtres, passionnés d’histoire vénitienne).

À côté des vedute, Carlevarijs réalise aussi des scènes portuaires et des compositions de type capriccio, où des éléments réels et imaginaires cohabitent. Dans un capriccio, l’enjeu n’est pas la fidélité stricte à un lieu unique, mais l’évocation d’une atmosphère et d’un décor architectural crédible. Pour l’expertise, cette distinction compte : l’identification du sujet, le degré de précision topographique et la comparaison avec des versions connues orientent l’attribution et, in fine, la valeur.

Typologies, supports, périodes et styles : ce que l’on rencontre le plus souvent

Les œuvres liées à Luca Carlevarijs apparaissent sous plusieurs formes. Pour aborder la thématique de manière claire, il est utile de distinguer les peintures, les dessins et les estampes, ainsi que les sujets récurrents. Sans entrer dans une technique avancée, on peut décrire des caractéristiques générales qui reviennent régulièrement dans les œuvres attribuées au maître, à son atelier ou à son entourage.

Peintures : vues de Venise et grands formats décoratifs

En peinture, les vedute de Carlevarijs sont le plus souvent réalisées à l’huile, généralement sur toile. On rencontre des formats horizontaux adaptés aux panoramas urbains, mais aussi des formats plus resserrés. Les compositions privilégient des lignes de fuite claires, des architectures bien découpées et une mise en scène de la vie vénitienne : gondoles, barques, voiles, quais et personnages en conversation. Les monuments sont traités comme des repères, et la perspective sert à organiser l’espace pour guider le regard.

Dans les vues de la place Saint-Marc, par exemple, l’intérêt réside autant dans l’architecture que dans l’animation. Le thème “Venise” n’est pas seulement un décor : il est un sujet documentaire, un signe de prestige culturel, et une image de voyage. Pour le marché, une vue immédiatement identifiable, bien composée, et de belle taille peut susciter une concurrence plus forte qu’un sujet plus rare mais moins lisible pour un public international.

Dessins : études, vues et travail préparatoire

Les dessins attribués à Carlevarijs et à son cercle peuvent correspondre à des études de figures, des recherches d’architecture, ou des vues plus abouties. Sur le plan de la collection, le dessin attire un public spécifique : amateurs d’anciens maîtres, collectionneurs de feuilles italiennes, institutions. La valeur dépend alors fortement du degré d’autographie, de la qualité graphique, de la rareté et de la qualité de la provenance. Dans le cadre de la thématique “paysages urbains”, les feuilles présentant un point de vue vénitien identifiable peuvent être particulièrement appréciées, surtout si elles éclairent la genèse d’un tableau ou d’une estampe.

Estampes : diffusion des vues et culture de l’image

Carlevarijs est également connu pour une production gravée consacrée à Venise, notamment une suite de vues rassemblées sous le titre “Le Fabriche, e vedute di Venezia”. Ce type de corpus joue un rôle important : il diffuse des images, fixe des points de vue, et contribue à la renommée des motifs vénitiens. Sur le marché, les estampes se situent en général à des niveaux de prix plus accessibles que les peintures, mais leur intérêt peut être réel lorsqu’il s’agit d’éditions complètes, de belles épreuves, ou d’exemplaires bien documentés. Pour une démarche d’estimation, il convient de distinguer une estampe originale, un tirage tardif, et une feuille d’après, car la valeur n’est pas la même.

Sujets, périodes et vocabulaire de style

La période de Carlevarijs se situe entre la fin du XVIIe siècle et le premier tiers du XVIIIe siècle. Sur le plan stylistique, ses vedute se distinguent souvent par une construction claire, une attention aux éléments d’architecture et une volonté de rendre une Venise vivante. Les sujets les plus recherchés sont généralement les centres cérémoniels et touristiques : place Saint-Marc, Piazzetta, Palais des Doges, Môle, Grand Canal, Rialto, et grandes perspectives d’eau. À côté de ces vues “emblématiques”, certaines compositions portuaires ou capricci peuvent intéresser des collectionneurs attirés par des images moins attendues, notamment lorsque la qualité de l’exécution et la composition sont convaincantes.

Enfin, il existe des œuvres “de cercle”, “d’atelier” ou “suiveur”, où le sujet vénitien est traité dans un esprit proche, parfois avec des variations. Ces catégories influencent fortement l’estimation : la proximité stylistique ne suffit pas à établir une attribution au maître, et le marché fait une différence nette entre une œuvre autographe, une œuvre d’atelier et une œuvre de suiveur.

Ce qui influence la valeur d’une veduta attribuée à Carlevarijs

La valeur d’une veduta de Venise attribuée à Luca Carlevarijs dépend d’un ensemble de critères, dont plusieurs sont observables sans recourir à une analyse technique avancée. L’objectif est d’évaluer l’intérêt artistique, la solidité de l’attribution et l’attractivité du sujet pour le marché.

Le premier facteur est le niveau d’attribution. Une œuvre donnée “de Luca Carlevarijs” n’a pas la même valeur qu’une œuvre “atelier de”, “entourage de”, “cercle de” ou “suiveur de”. Sur un artiste ancien, ces nuances structurent le marché. Elles reflètent un degré de certitude, une proximité de main, et une attente différente des acheteurs. Dans les vedute vénitiennes, les confusions peuvent exister, car le genre a été largement pratiqué et imité.

Le deuxième facteur est le sujet. Les vues immédiatement identifiables et associées à l’image “iconique” de Venise, comme la place Saint-Marc ou le Grand Canal, attirent souvent davantage d’enchères. À l’inverse, un sujet plus rare peut séduire un public averti, mais être moins universel. Dans certains cas, la rareté d’une composition, si elle est bien documentée et cohérente, peut soutenir la valeur.

Le format et l’impact visuel jouent également. Un tableau de grande dimension, lisible à distance, avec une composition ample et une scène animée, correspond à un usage décoratif et à une attente fréquente des collectionneurs de vedute. Les petits formats peuvent être très recherchés s’ils sont particulièrement fins et bien attribués, mais ils ne touchent pas toujours le même public.

La présence d’une signature ou d’une date, lorsqu’elle est cohérente, peut renforcer la perception de sécurité pour un acheteur. Toutefois, la signature n’est pas un critère suffisant à elle seule : l’expertise repose sur un faisceau d’indices, dont la comparaison avec des œuvres répertoriées, la logique stylistique, et la documentation. La provenance et les archives (anciennes collections, catalogues, bibliographie, historiques de ventes) peuvent également peser fortement. Un historique clair n’augmente pas mécaniquement la valeur, mais il facilite la confiance, donc la fluidité sur le marché.

Enfin, le médium intervient. En règle générale, une peinture autographe de belle qualité se situe au-dessus d’une estampe, et une estampe au-dessus d’une reproduction tardive ou d’une image décorative non originale. Les dessins, eux, peuvent atteindre des niveaux élevés lorsqu’ils sont rares, significatifs et bien attribués. Dans tous les cas, une estimation sérieuse doit se faire à partir d’images nettes, de dimensions, d’éléments d’inscription, et d’un examen des éléments documentaires disponibles.

Marché de l’art : demande, cote et niveaux de valeur observés

Le marché des vedute vénitiennes est international. Il s’appuie sur une demande stable pour les grands noms (Canaletto, Guardi) et pour les précurseurs, dont Luca Carlevarijs. Les acheteurs potentiels sont des collectionneurs d’anciens maîtres, des amateurs d’iconographie de Venise, et parfois des institutions. La demande varie selon la période du marché, la qualité des œuvres proposées et la rareté des compositions.

Pour Carlevarijs, la cote est sensible à la certitude d’attribution et à l’importance du sujet. Les vues majeures, de belle dimension, bien documentées, peuvent atteindre plusieurs centaines de milliers d’euros. Des résultats au-delà sont possibles pour des œuvres exceptionnelles, notamment lorsque le marché perçoit un caractère de référence (composition emblématique, paire, provenance marquante, qualité élevée). À l’inverse, des œuvres attribuées au cercle, à l’atelier, ou des œuvres plus faibles peuvent se situer à des niveaux nettement inférieurs.

Il faut aussi prendre en compte un point concret : la concurrence entre catégories proches. Une veduta “dans le goût de” ou “attribuée à” peut être comparée, par certains acheteurs, à des œuvres d’autres peintres vénitiens du même segment, ce qui influence la stratégie de prix. Le positionnement en vente aux enchères dépend donc autant de la qualité intrinsèque que du contexte : calendrier, sélection de la vente, niveau des garanties de la maison, et présence d’œuvres comparables le même jour.

Dans ce cadre, une démarche d’expertise préalable permet de clarifier les points essentiels : qui est l’auteur le plus probable, quel est le sujet exact, quelle est la catégorie d’attribution la plus raisonnable, et à quel niveau de valeur se situent des comparables récents. Une approche structurée évite les confusions fréquentes entre “veduta vénitienne” au sens large et œuvre autographe de Carlevarijs au sens strict.

Résultats de ventes vérifiés (sélection)

Les résultats ci-dessous donnent des repères concrets, en restant attentif au fait que chaque œuvre est différente (sujet, dimensions, attribution, provenance). Les prix sont indiqués en euros (€) tels qu’affichés par les sources consultées.

  • Beaussant Lefèvre, vente “Estate of James F. Bismuth (1931-2020) – Part I”, 28 mai 2021 (informations de vente sur la page du lot), lot 30, “View of Saint Mark’s Square and the Piazzetta”, résultat : 635 000 €.
  • Kunsthaus Lempertz (Cologne), 16 novembre 2013, lot 1306, “VIEW OF VENICE WITH THE PIAZZETTA DI SAN MARCO AND PALAZZO DUCALE”, résultat : 475 800 € (frais inclus).
  • Sotheby’s, décembre 2003, lot non précisé par la source consultée, paire de vues de Venise (dont “Venice: The Rialto Bridge from the North; and The Piazza San Marco”), résultat indiqué : 1 593 769,19 €.

Conclusion

Les vedute de Venise et paysages urbains de Luca Carlevarijs concentrent plusieurs critères recherchés : un sujet emblématique, une place historique dans le genre de la vue urbaine, et une demande internationale. Cependant, la valeur dépend directement de l’attribution, de la qualité, du sujet et de la documentation disponible. Pour obtenir un avis fiable, il est recommandé de faire examiner l’œuvre avec méthode, en confrontant les caractéristiques visuelles et les informations de provenance aux références du marché.

Pour cela, vous pouvez demander une estimation gratuite auprès de Fabien Robaldo, en lien avec MILLON. Cette démarche permet de clarifier l’attribution, de situer l’œuvre dans sa typologie (peinture, dessin, estampe), et d’établir un ordre de grandeur cohérent au regard des résultats publics disponibles.

FAQ

Qui est Luca Carlevarijs ?

Luca Carlevarijs (1663-1730) est un peintre et graveur italien actif principalement à Venise, connu pour ses vedute et pour son rôle précoce dans la diffusion de la vue urbaine vénitienne.

Qu’est-ce qu’une “veduta” ?

Une veduta est une vue, le plus souvent urbaine, représentant un lieu identifiable. À Venise, le genre s’est développé autour de points de vue célèbres comme la place Saint-Marc, le Grand Canal ou le Rialto.

Quelle différence entre veduta et capriccio ?

La veduta vise un lieu reconnaissable, tandis que le capriccio combine librement des éléments réels et imaginaires pour créer une scène architecturale plausible sans être strictement topographique.

Quels sujets vénitiens sont les plus recherchés pour Carlevarijs ?

Les sujets les plus demandés sont souvent les vues monumentales et immédiatement identifiables : place Saint-Marc, Piazzetta, Palais des Doges, Môle, Grand Canal, Bassin de Saint-Marc et parfois le Rialto.

Carlevarijs a-t-il réalisé des estampes de Venise ?

Oui. Il est notamment associé à une suite de vues gravées de Venise réunies sous le titre “Le Fabriche, e vedute di Venezia”, qui participe à la diffusion des motifs vénitiens.

Une signature suffit-elle à authentifier une veduta ?

Non. La signature est un indice, mais l’attribution repose sur un ensemble d’éléments : cohérence stylistique, composition, comparaison avec des œuvres connues et qualité de la documentation.

Pourquoi l’attribution (atelier, cercle, suiveur) change-t-elle autant la valeur ?

Parce que le marché distingue clairement une œuvre autographe d’une œuvre réalisée par l’atelier ou l’entourage. Cette nuance influence la rareté perçue, la confiance des acheteurs et donc la valeur.

Quel support rencontre-t-on le plus souvent ?

On rencontre surtout des peintures à l’huile sur toile pour les vues urbaines. Les dessins et les estampes existent également, avec des niveaux de prix et des publics de collection différents.

Les vedute de Venise ont-elles une demande internationale ?

Oui. Le marché des anciens maîtres et des vues de Venise est international, avec des acheteurs en Europe et hors d’Europe, sensibles aux sujets emblématiques et à la qualité d’exécution.

Peut-on estimer une œuvre à partir de photos ?

Une première approche est possible avec des photos nettes (ensemble, détails, signature, revers), les dimensions et les informations disponibles. Une expertise approfondie peut nécessiter un examen direct selon les cas.

Quels documents sont utiles pour une estimation ?

Les éléments de provenance, factures, anciens certificats, références de catalogues, historiques de ventes, dimensions et photographies de qualité sont particulièrement utiles pour étayer une attribution et une estimation.

Comment demander une estimation gratuite pour une veduta attribuée à Carlevarijs ?

Vous pouvez solliciter une estimation gratuite auprès de Fabien Robaldo en lien avec MILLON, afin d’obtenir un avis structuré sur l’attribution et la valeur au regard du marché.

Sources https://www.beaussantlefevre.com/en/lot/114198/14967785 https://www.lempertz.com/en/catalogues/lot/1020-1/1306-luca-carlevarijs.html https://www.lempertz.com/en/catalogues/artist-index/detail/carlevarijs-luca.html https://www.art.salon/artwork/luca-carlevarijs_venice-a-view-of-the-grand-canal-with-the-church_AID175425 https://en.wikipedia.org/wiki/Luca_Carlevarijs https://it.wikipedia.org/wiki/Luca_Carlevarijs https://www.sothebys.com/en/auctions/ecatalogue/2005/old-master-paintings-evening-sale-l05031/lot.46.html https://www.sothebys.com/en/auctions/ecatalogue/2017/venetian-legacy-italian-private-collection-l17318/lot.641.html

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