Mattia Preti : peinture maltaise et commandes de l’Ordre de Saint-Jean

Expertise des œuvres de l'artiste et présentation de celui-ci, oeuvre "Predica di San Giovanni Battista avec l'auto-portrait de l'artiste, Mattia Preti. Église de San Domenico à Taverna (Calabre) en Italie
Mattia Preti (1603-1699)

Mattia Preti à Malte

Introduction

Mattia Preti (1613-1699) est un peintre baroque italien dont une part essentielle de la carrière se déroule à Malte, à partir de 1661. Son activité sur l’île est étroitement liée au contexte religieux, politique et culturel de l’Ordre de Saint-Jean de Jérusalem, souvent appelé Ordre de Malte. À La Valette, ses décors et ses tableaux participent à une mise en scène de la foi et de l’identité de l’Ordre, dans une période où l’image occupe une fonction de représentation et d’édification.

Dans les collections privées, la thématique “Mattia Preti : peinture maltaise et commandes de l’Ordre de Saint-Jean” recouvre des œuvres de nature très diverse. On rencontre des peintures attribuées directement à l’artiste, des œuvres présentées comme “et atelier”, des œuvres d’atelier, ainsi que des variantes anciennes et des copies inspirées de modèles prestigieux. La compréhension du contexte maltais et des usages de commande aide à situer une œuvre, à clarifier son attribution et à mieux appréhender sa valeur.

L’objectif de cet article est de donner des repères simples et vérifiables sur le cadre des commandes, les principaux types d’œuvres concernés, les critères qui influencent la valeur et quelques résultats de ventes publiés, sans entrer dans une analyse technique avancée.

Définition et description générale : une peinture baroque au service d’un ordre religieux et politique

La “peinture maltaise” associée à Mattia Preti désigne d’abord sa production réalisée à Malte, mais aussi l’empreinte qu’il laisse sur les pratiques visuelles locales. Son installation à La Valette intervient dans un territoire où la commande religieuse domine, et où l’Ordre de Saint-Jean structure les institutions, les lieux de culte, les chapelles et une partie des réseaux de mécénat. Dans ce contexte, la peinture n’est pas seulement décorative : elle sert à affirmer une autorité, à porter un message spirituel et à inscrire l’Ordre dans une continuité historique et sacrée.

Les “commandes de l’Ordre de Saint-Jean” renvoient à des œuvres destinées à des espaces en lien direct ou indirect avec l’Ordre : églises conventuelles, chapelles, oratoires, lieux de cérémonie, mais aussi commandes privées de chevaliers, d’ecclésiastiques ou de familles influentes. À Malte, la figure de saint Jean-Baptiste, patron de l’Ordre, occupe un rôle central dans les programmes iconographiques. À ses côtés, les apôtres, les martyrs et les épisodes bibliques qui soulignent l’obéissance, le sacrifice, la transmission et la foi apparaissent fréquemment.

Dans la production attribuée à Preti, ces commandes se traduisent par des scènes à forte intensité narrative et par une iconographie lisible, adaptée au public et à la liturgie. Les compositions privilégient la hiérarchie claire des figures, une dramaturgie efficace et une présence marquée des personnages. Les œuvres réalisées pour l’Ordre, ou dans son orbite, s’inscrivent souvent dans des formats ambitieux, avec une vocation de visibilité à distance.

Il est important de distinguer le contexte de commande, d’une part, et la circulation des modèles, d’autre part. Certaines compositions conçues pour un lieu précis ont pu être reprises sous forme de variantes, d’images de dévotion ou de répétitions. Cela explique qu’une œuvre “dans le style” de Preti puisse reprendre une typologie liée aux chevaliers sans relever nécessairement d’une commande directe. En expertise, la question n’est pas seulement “quel sujet”, mais aussi “quel usage”, “pour quel public” et “à quel niveau d’intervention de l’artiste”.

Enfin, la dimension maltaise se lit dans la construction d’une image officielle. À partir de son installation sur l’île, Mattia Preti est associé à de grands chantiers décoratifs et à une production soutenue. Cette période contribue à fixer sa réputation et explique pourquoi le marché, aujourd’hui, distingue souvent les œuvres rattachées à la phase maltaise, en raison de leur visibilité historique et de leur lien avec des institutions majeures de l’Ordre.

Typologies, matériaux, périodes et styles : repères utiles pour identifier une œuvre

Les œuvres associées à Mattia Preti et à Malte sont majoritairement des peintures religieuses. Les thèmes incluent des scènes du Nouveau Testament, des épisodes apostoliques, des martyrs, ainsi que des figures de saints présentées en buste ou en pied. Dans le cadre des commandes liées à l’Ordre, on rencontre des sujets compatibles avec l’identité religieuse et institutionnelle des chevaliers : saint Jean-Baptiste, saint Pierre, saint Paul, et des images valorisant la mission spirituelle et la discipline.

La peinture à l’huile sur toile est le support le plus courant pour les œuvres de chevalet. Ce support répond à plusieurs usages : retables, grandes scènes narratives, tableaux de chapelle, mais aussi peintures de dévotion destinées à des espaces plus restreints. Le grand décor existe également dans la carrière de Preti, et il contribue fortement à son image publique. En revanche, sur le marché, les œuvres rencontrées sont plus souvent des toiles, parfois de grandes dimensions, parfois plus adaptées à des collections privées.

On peut aussi rencontrer des dessins attribués à l’artiste ou à son entourage. Dans ce type de production, l’enjeu est souvent double : comprendre s’il s’agit d’une étude préparatoire liée à une commande, d’une feuille de travail en atelier, ou d’un dessin postérieur d’après une composition célèbre. La présence de dessins attribués rappelle un point essentiel : la diffusion des modèles est un élément structurant de cette thématique, en particulier lorsque les compositions concernent des sujets valorisés par l’Ordre.

Périodes : Italie et Malte, avec une phase maltaise structurante

Sans entrer dans une chronologie exhaustive, il est utile de distinguer une phase italienne (Rome, puis Naples) et une phase maltaise (à partir de 1661). La période maltaise est souvent perçue comme une phase de maturité, avec une production régulière et des commandes importantes. Pour une œuvre attribuée, cette distinction peut aider à comprendre des choix de composition, des types de sujets, et des formats. Elle est également pertinente pour l’historique : la phase maltaise s’inscrit dans un réseau de commanditaires où l’Ordre et ses environnements religieux sont particulièrement présents.

Styles : baroque, caravagisme, narration et efficacité visuelle

Le style de Mattia Preti est rattaché au baroque italien, avec une sensibilité héritée du caravagisme : contrastes de lumière, naturalisme des figures, mise en scène dramatique. Dans les œuvres liées aux commandes maltaises, la narration est centrale : l’image doit fonctionner dans un contexte liturgique et institutionnel, avec une lisibilité immédiate. Les figures sont souvent robustes, les gestes expressifs, et l’éclairage construit une hiérarchie visuelle claire.

Il existe aussi des sujets profanes, plus rares, mais attestés, comme des scènes mythologiques ou allégoriques, qui peuvent apparaître dans des collections aristocratiques européennes. Ces œuvres, lorsqu’elles sont attribuées à Preti, montrent que la carrière de l’artiste ne se réduit pas au religieux, même si la commande religieuse reste majoritaire à Malte. Dans une logique de marché, un sujet profane attribué à Preti peut susciter une demande spécifique, mais il se juge aussi à l’aune de la rareté et de la solidité de l’attribution.

Enfin, la peinture maltaise au sens large inclut l’entourage : ateliers, suiveurs et peintres actifs sur l’île qui reprennent des inventions attribuées à Preti. Cette circulation des modèles crée des situations fréquentes d’attribution nuancée, et donc des écarts importants de valeur entre une œuvre autographe, une œuvre “et atelier” et une œuvre d’atelier ou de suiveur.

Facteurs influençant la valeur : ce que l’expertise examine en priorité

La valeur d’une œuvre attribuée à Mattia Preti se construit d’abord sur le degré d’attribution. Le marché distingue fortement une attribution directe (œuvre autographe) d’une attribution élargie (atelier, entourage, suiveur, “et atelier”). Cette nuance n’est pas purement sémantique : elle conditionne le positionnement de l’œuvre dans les comparaisons de prix, dans l’intérêt des collectionneurs et dans la probabilité d’une demande institutionnelle.

Le sujet influence directement la valeur. Les grandes scènes narratives, les épisodes bibliques majeurs, les martyrs et les compositions apostoliques sont souvent plus recherchés que des sujets secondaires. Dans le cas des commandes liées à l’Ordre de Saint-Jean, certaines iconographies peuvent renforcer l’intérêt historique : saint Jean-Baptiste, la mission spirituelle, la symbolique de la transmission (par exemple une scène autour des clefs de saint Pierre), ou des images compatibles avec l’identité des chevaliers. L’attrait ne dépend pas uniquement du thème, mais aussi de la force de la composition et de la lisibilité du récit.

Le format et l’ambition jouent un rôle important. Les très grands formats, souvent liés à des usages d’église ou de chapelle, ne sont pas toujours les plus simples à intégrer dans une collection privée, mais ils peuvent représenter des pièces majeures lorsqu’ils sont attribués sans réserve. À l’inverse, des formats intermédiaires peuvent être plus faciles à collectionner, et donc bénéficier d’une demande plus large, à condition que l’attribution et la qualité perçue soient solides.

La provenance et la documentation sont des facteurs de premier ordre. Une provenance ancienne, des mentions d’inventaire, un historique de collection cohérent, des expositions ou une bibliographie peuvent soutenir la confiance dans l’attribution, et donc la valeur. Pour une œuvre rattachée à Malte, l’existence d’un lien plausible avec une institution, une chapelle ou un commanditaire proche de l’Ordre peut renforcer l’intérêt, même si ce lien doit rester documenté ou, à défaut, formulé avec prudence.

La présence d’avis d’historiens de l’art et la place de l’œuvre dans la littérature spécialisée influencent souvent la valeur. Pour un artiste dont le corpus comporte des œuvres d’atelier et des variantes, la confirmation par des spécialistes, la comparaison avec des œuvres conservées en institutions, et la cohérence de l’œuvre avec une période de la carrière (par exemple la phase maltaise) constituent des éléments structurants dans une expertise.

Enfin, lorsqu’une composition existe en plusieurs versions, la valeur se juge aussi en fonction du statut de la version : version principale, variante, répétition, ou adaptation. Dans ces cas, l’expertise vise à situer l’œuvre dans une logique de production, ce qui est particulièrement fréquent pour des sujets religieux largement diffusés et compatibles avec les attentes des commanditaires de l’Ordre.

Marché de l’art : demande, cote, valeur et profils d’acheteurs

Le marché de Mattia Preti relève du segment des maîtres anciens. La demande est principalement portée par des collectionneurs spécialisés, des amateurs d’art baroque italien et, ponctuellement, par des institutions. La dimension maltaise ajoute un niveau d’intérêt spécifique : la recherche d’œuvres liées à l’histoire de Malte, à La Valette et à l’Ordre de Saint-Jean peut créer une concurrence sur certains sujets, surtout lorsque la provenance ou le contexte de commande sont documentés.

La valeur est très variable selon la catégorie d’attribution et selon la typologie. Une œuvre attribuée sans réserve à Mattia Preti, de composition forte, bien documentée et de format important, peut atteindre des montants élevés. À l’inverse, une œuvre qualifiée “atelier” ou “entourage” peut rester attractive, mais à des niveaux de prix plus bas, avec une sensibilité accrue aux éléments de dossier (provenance, bibliographie, cohérence stylistique).

Pour les œuvres en lien avec les commandes de l’Ordre, l’intérêt du marché tient souvent à la réunion de plusieurs critères : attribution solide, iconographie pertinente, qualité visuelle et documentation crédible. Une scène qui correspond clairement à un répertoire apprécié des chevaliers, ou qui s’inscrit dans une culture visuelle maltaise identifiée, peut toucher des acheteurs au-delà du seul cercle des amateurs de peinture italienne, mais cet effet dépend de la force des preuves et de la manière dont l’œuvre est présentée.

Il faut également tenir compte du fait que les résultats en ventes publiques ne se comparent pas mécaniquement. Le lieu de vente, la visibilité de l’œuvre, la qualité de la notice, la concurrence au moment de la vente et la confiance dans l’attribution influencent la valeur observée. Dans ce domaine, l’expertise préalable reste déterminante pour positionner correctement une œuvre, comprendre ses comparables et éviter les conclusions trop rapides à partir d’un seul résultat.

Enfin, la thématique maltaise peut susciter un intérêt accru pour certaines périodes de la carrière de Preti, en particulier la période postérieure à son installation à Malte. Dans une approche d’expertise, cette dimension doit toutefois être articulée à des éléments objectifs : attribution, documentation, cohérence de l’œuvre, et place de la composition dans le corpus connu.

Résultats de ventes vérifiés

Les résultats suivants, en euros, sont issus de ventes publiées par une maison de vente et illustrent des niveaux de prix observés pour des œuvres attribuées à Mattia Preti, ou présentées comme “et atelier”, à des dates précises.

  • Dorotheum (Vienne), 22/10/2024, lot 78, “Bacchanal”, 117 000 €.
  • Dorotheum (Vienne), 10/11/2020, lot 87, “The Martyrdom of Saint Stephen”, 100 300 €.
  • Dorotheum (Vienne), 09/06/2021, lot 209, “Delivery of the Keys to Saint Peter” (Mattia Preti and Workshop), 37 800 €.
  • Dorotheum (Vienne), 22/10/2019, lot 83, Mattia Preti and Gregorio Preti (2), 271 700 €.

Conclusion

La thématique “Mattia Preti à Malte” se situe à la croisée de l’histoire du baroque italien, de l’identité visuelle de l’Ordre de Saint-Jean et des mécanismes de la commande religieuse. Pour une œuvre attribuée, la valeur dépend principalement du degré d’attribution, de la force du sujet, de la place de l’œuvre dans le corpus, et de la qualité de la documentation disponible.

Si vous détenez une peinture, un dessin, ou une œuvre attribuée à Mattia Preti, ou plus largement une œuvre en lien avec la peinture baroque à Malte et l’Ordre de Saint-Jean, vous pouvez solliciter une estimation gratuite auprès de Fabien Robaldo. Le bureau d’expertise, en lien avec MILLON, vous accompagne pour clarifier l’attribution, rassembler les éléments utiles et définir une valeur cohérente à partir d’informations vérifiables (photographies, dimensions, historique et documents disponibles).

FAQ

Qui est Mattia Preti ?

Mattia Preti (1613-1699) est un peintre baroque italien, actif notamment à Rome, à Naples et à Malte, où il réalise une part majeure de sa production tardive.

Pourquoi parle-t-on de peinture maltaise à propos de Mattia Preti ?

Parce qu’il travaille durablement à Malte à partir de 1661 et que ses œuvres, très visibles dans des lieux religieux, structurent une partie de la culture visuelle locale.

Quel est le lien entre Mattia Preti et l’Ordre de Saint-Jean ?

À Malte, le contexte institutionnel et religieux de l’Ordre favorise des commandes d’images, et Preti intervient dans ce paysage de commande, notamment pour des décors et des tableaux religieux.

Que signifie “commandes de l’Ordre de Saint-Jean” ?

Il s’agit d’œuvres demandées pour des lieux ou des commanditaires liés à l’Ordre (églises, chapelles, institutions), avec des sujets adaptés à la liturgie et à la représentation.

Quels sujets sont fréquents dans ce contexte ?

Des scènes bibliques, des figures de saints et des épisodes apostoliques, souvent compatibles avec l’identité spirituelle de l’Ordre, notamment autour de saint Jean-Baptiste.

Quels supports rencontre-t-on le plus souvent pour ces œuvres ?

Principalement des huiles sur toile pour les œuvres de chevalet, avec aussi des grands décors dans certains ensembles religieux.

Pourquoi existe-t-il des œuvres “atelier” ou “entourage” autour de Mattia Preti ?

Parce que la production d’atelier et la diffusion de modèles sont courantes au XVIIe siècle, en particulier pour des sujets religieux demandés et facilement réutilisables.

Une attribution nuance-t-elle la valeur ?

Oui. La valeur dépend fortement du degré d’attribution : autographe, “et atelier”, atelier, entourage ou suiveur ne renvoient pas aux mêmes niveaux de prix.

La provenance a-t-elle un impact ?

Oui. Une provenance documentée, des mentions anciennes, ou une bibliographie peuvent renforcer la confiance dans l’attribution et soutenir la valeur.

Les sujets liés à l’Ordre sont-ils toujours plus recherchés ?

Pas automatiquement. Ils peuvent renforcer l’intérêt historique, mais la valeur dépend aussi de l’attribution, de la qualité de la composition, des dimensions et de la documentation.

Pourquoi les prix d’enchères peuvent-ils varier fortement ?

Les résultats varient selon l’attribution, le sujet, les dimensions, la présentation du lot, le lieu de vente et la concurrence entre acheteurs au moment de la vente.

Comment demander une estimation gratuite ?

Pour une estimation gratuite avec Fabien Robaldo, il est utile d’envoyer des photos nettes (face, détails, dos), les dimensions, l’historique connu et tout document disponible afin d’établir une première analyse de valeur.

*Les informations publiées sur ce site ont un objectif exclusivement informatif. Nous ne délivrons aucun certificat d’authenticité lorsqu’une estimation est demandée en ligne. Les estimations fournies restent sous toutes réserves de l’avis des artistes, fondations, comités ou instances officielles compétentes et reconnues.

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