Nicasius Bernaerts (1620-1678) : peinture animalière flamande et représentations de la faune exotique

Expertise Fabien Robaldo, portrait photo de l'expert en Noir et blanc

Nicasius Bernaerts (1620-1678) : peinture animalière flamande, faune exotique et repères de valeur

Nicasius Bernaerts (ou Nicaise Bernaerts) est un peintre flamand né à Anvers vers 1620 et mort à Paris en 1678. Il appartient à une génération qui prolonge la grande tradition des peintres animaliers des Pays-Bas méridionaux, tout en s’insérant dans des commandes et des goûts plus internationaux. Son parcours illustre un point important du XVIIe siècle : la circulation des artistes entre Anvers, l’Italie et Paris, avec des effets directs sur les sujets représentés et sur les formats recherchés.

La thématique associée à Bernaerts combine deux axes complémentaires. D’une part, la peinture animalière flamande, marquée par l’observation des bêtes, les scènes de chasse, les chiens, le gibier et les compositions de nature morte. D’autre part, la représentation de la faune exotique, liée à l’intérêt croissant pour les animaux venus d’Afrique, d’Asie ou d’Amérique, visibles dans les ménageries princières et royales, et décrits dans les inventaires et récits de voyage. Dans ce contexte, l’artiste est souvent cité pour sa participation à l’image savante et décorative du règne de Louis XIV, notamment autour de la ménagerie de Versailles.

Pour les collectionneurs et les détenteurs d’oeuvres, l’enjeu est double : identifier correctement l’artiste, l’atelier ou l’entourage, et situer l’oeuvre dans un marché où l’attribution, le sujet, le format et la provenance peuvent faire varier fortement la valeur. Cet article présente des repères clairs pour comprendre le sujet, les typologies d’oeuvres, et les facteurs qui influencent la valeur, avant d’aborder le marché et quelques résultats publics.

 

Définir la peinture animalière flamande et la faune exotique au XVIIe siècle

La peinture animalière flamande désigne un ensemble d’oeuvres réalisées principalement dans les anciens Pays-Bas méridionaux (dont Anvers est un centre majeur), où l’animal devient un sujet principal et non un simple détail. Au XVIIe siècle, ce domaine est porté par des peintres spécialisés, capables de rendre la fourrure, les plumages, les attitudes et les interactions entre espèces. Les scènes peuvent être narratives (chasse, attaque, meute, basse-cour) ou plus descriptives (portrait d’animal, étude isolée, assemblage de gibier).

La représentation de la faune exotique correspond, quant à elle, à la mise en image d’animaux perçus comme rares ou lointains. Il peut s’agir de grands oiseaux (autruches), de félins, de cervidés d’Asie, de primates, ou d’animaux rapportés par les circuits commerciaux et diplomatiques. Dans l’Europe du XVIIe siècle, ces animaux sont vus dans des ménageries, dans certaines collections princières, et parfois dans des spectacles. Les peintres y trouvent des sujets nouveaux, associés à l’idée de curiosité, de puissance et de prestige.

Chez Nicasius Bernaerts, ces deux dimensions se rejoignent. Sa formation flamande l’inscrit dans une tradition de compositions puissantes, souvent liées à la chasse et à l’abondance. Son installation à Paris et ses liens avec les milieux de cour orientent une partie de sa production vers des images plus directement liées aux commandes royales, où l’animal est observé comme un élément de connaissance, de décor et de représentation politique.

Typologies d’oeuvres, supports, périodes et styles associés à Bernaerts

La production attribuée à Nicasius Bernaerts et à son cercle apparaît sous plusieurs formes. La plus connue du grand public est la peinture à l’huile sur toile, avec des formats variés. On rencontre des compositions de chasse, des natures mortes de gibier, des scènes avec chiens, ainsi que des images d’animaux plus isolés, pensées comme des études ou comme des éléments décoratifs. Les fonds peuvent être neutres, paysagers ou architecturés, selon la destination de l’oeuvre.

Une typologie importante concerne les portraits d’animaux et les études d’après nature. Dans le contexte des ménageries, l’enjeu n’est pas seulement d’orner, mais aussi de documenter. L’animal est montré pour être reconnu : posture lisible, proportions, éléments distinctifs. Cette approche peut coexister avec une mise en scène plus démonstrative, destinée à impressionner, où la rareté du sujet compte autant que sa description.

Dans l’esprit du goût du temps, les scènes de chasse associent souvent plusieurs registres : la nature morte (gibier abattu), la scène animalière (chiens en action), et l’indication d’un environnement (lisière de bois, clairière, parc). Les natures mortes de chasse, parfois qualifiées de “trophées”, répondent à une logique de représentation du pouvoir et de la maîtrise du territoire. Dans ce cadre, Bernaerts est souvent rapproché de la grande tradition flamande incarnée par Frans Snyders, tout en étant aussi relié au développement, en France, d’une peinture animalière de cour qui culminera au siècle suivant.

Sur le plan chronologique, on distingue généralement trois repères. Le premier est l’héritage anversois : compositions denses, goût pour l’abondance et la présence matérielle des corps animaux. Le deuxième est l’ouverture italienne, qui peut influer sur certaines constructions d’espace et sur une forme de monumentalité. Le troisième est la phase parisienne, liée aux réseaux académiques et aux commandes, où l’animal peut être traité avec une intention plus descriptive, notamment pour les sujets exotiques.

Les supports rencontrés sur le marché incluent majoritairement la toile pour les huiles. On peut aussi rencontrer des oeuvres sur panneau, plus rarement, et des dessins ou études préparatoires attribuées à l’artiste, à son atelier ou à son entourage. Dans tous les cas, la typologie “attribué à”, “atelier de”, “entourage de” ou “école de” est fréquente pour ce type de peintre, ce qui a un impact direct sur la valeur.

Enfin, un point stylistique simple aide à comprendre l’intérêt des amateurs pour ces oeuvres : l’animal y est un sujet complet, avec un rôle narratif et visuel. Même lorsque l’oeuvre est décorative, l’observation des attitudes, la variété des espèces et la présence d’animaux exotiques renforcent l’attrait, car ils combinent plaisir visuel et dimension historique.

Ce qui influence la valeur d’une oeuvre liée à Nicasius Bernaerts

Le premier facteur est l’attribution. Une oeuvre signée et solidement documentée n’a pas la même valeur qu’une oeuvre “attribuée à” ou “entourage de”. Dans le champ des peintres animaliers du XVIIe siècle, l’attribution peut être complexe, car plusieurs artistes partagent des schémas de composition, des sujets proches et des influences communes. L’examen stylistique, la comparaison avec des oeuvres de référence et l’existence d’archives ou de mentions anciennes sont déterminants.

Le deuxième facteur est le sujet. Les scènes de chasse spectaculaires, les compositions riches en espèces et les représentations d’animaux exotiques tendent à susciter plus de demande que des oeuvres plus ordinaires ou répétitives. La présence d’animaux identifiables comme rares dans le contexte européen du XVIIe siècle peut constituer un levier de valeur, car elle rattache l’oeuvre à l’histoire des collections et des ménageries.

Le troisième facteur est le format. Les grandes toiles décoratives, lorsqu’elles sont bien attribuées et bien situées historiquement, peuvent atteindre une valeur plus élevée, car elles correspondent à une fonction d’apparat (salons, demeures, châteaux) et à une lecture “muséale” du genre. À l’inverse, des formats plus modestes peuvent être très recherchés s’ils présentent une qualité d’exécution élevée et une composition forte, car ils s’intègrent plus facilement dans une collection privée.

La provenance et la documentation jouent aussi un rôle majeur. Une provenance ancienne, une mention dans un inventaire, une présence dans une collection identifiée, ou une bibliographie, renforcent la lisibilité de l’oeuvre et sa crédibilité. Dans le cas de Bernaerts, tout lien établi avec les milieux de cour, les circuits de commande ou des ensembles décoratifs historiquement documentés peut soutenir la valeur.

La qualité de composition et l’intérêt visuel influencent également la valeur, sans entrer dans une analyse technique. Une scène équilibrée, des attitudes convaincantes, une diversité de matières (plumes, pelages, bois, sol) et une lumière maîtrisée sont des critères que le marché reconnaît, car ils rendent l’oeuvre plus attractive et plus facile à comparer à des références du genre.

Enfin, le contexte de présentation sur le marché compte. Une oeuvre présentée avec une attribution prudente, mais argumentée, peut obtenir de meilleurs résultats qu’une oeuvre mal décrite. De la même manière, une attribution révisée, ou une oeuvre rapprochée de Bernaerts après avis spécialisé, peut évoluer en valeur si l’argumentaire est solide.

Marché de l’art : demande, cote et niveaux de valeur observés

Le marché des peintres animaliers flamands du XVIIe siècle reste actif, car il touche plusieurs profils d’acheteurs : amateurs de peinture ancienne, collectionneurs de scènes de chasse, décorateurs cherchant des sujets identifiables, et institutions attentives à l’histoire des collections. Dans cet ensemble, Nicasius Bernaerts occupe une place particulière, souvent perçue comme un trait d’union entre la tradition anversoise et une culture visuelle de cour en France.

La demande se concentre sur quelques critères récurrents. Les sujets lisibles et spectaculaires (chiens, gibier, scènes dynamiques) se vendent généralement mieux que des études plus austères, sauf rareté ou qualité exceptionnelle. Les images d’animaux exotiques, lorsqu’elles sont crédiblement reliées à une culture de ménagerie et à une iconographie de cour, peuvent attirer des enchérisseurs au-delà du cercle strict des amateurs flamands, car elles intéressent aussi l’histoire culturelle et la représentation du pouvoir.

La cote et la valeur varient fortement selon le niveau d’attribution. Une oeuvre autographe solidement établie se situe sur un segment différent d’une oeuvre d’atelier ou d’entourage, même si le sujet est séduisant. De plus, la concurrence entre artistes proches est un facteur important : Frans Snyders, Jan Fyt, Paul de Vos, ou encore des peintres actifs en France au tournant du siècle, peuvent servir de points de comparaison dans l’esprit des acheteurs. Pour Bernaerts, l’argument historique (travail autour de la ménagerie, liens académiques et parisiens) peut constituer un avantage, mais il doit être documenté.

Dans une approche pratique, on observe souvent un marché à plusieurs vitesses. D’un côté, des oeuvres “attribuées à” ou “entourage de” circulent avec des niveaux de prix accessibles. De l’autre, des pièces mieux situées, plus ambitieuses, ou avec une meilleure provenance, suscitent des batailles d’enchères plus visibles. La date de vente, la spécialisation de la maison, et la qualité de la description influencent aussi le résultat final, donc la valeur réellement observée en adjudication.

Pour un propriétaire, la question centrale est donc d’obtenir une expertise cohérente : identifier le bon niveau d’attribution, comprendre le positionnement de l’oeuvre dans la production connue, et rapprocher le bien de comparables pertinents. Le rôle d’un expert est de traduire ces éléments en repères concrets de valeur, utilisables pour une décision patrimoniale.

Dans ce cadre, le bureau Fabien Robaldo intervient sur l’analyse, l’attribution et l’estimation, en lien avec les acteurs du marché, dont MILLON, selon les besoins du dossier. L’objectif est de fournir une lecture claire et justifiée de la valeur potentielle, adaptée au type d’oeuvre et à son contexte.

Résultats de ventes 

Les résultats ci-dessous sont des exemples publics utiles pour situer des ordres de grandeur. Ils ne remplacent pas une expertise, car l’attribution, le format et le sujet peuvent changer sensiblement la valeur d’une oeuvre.

  • Beaussant Lefèvre (Drouot), 15 mai 2019, lot 55, “entourage de Bernaerts Nicasius”, “Nature morte de chasse, avec un chien”, résultat 6 800 € (sans frais).
  • Christie’s Paris, 2019, lot 45, Alexandre-François Desportes (élève de Bernaerts), “Chien de chasse et faisan”, adjugé 92 500 €.

Conclusion : faire préciser l’attribution et la valeur de votre oeuvre

Nicasius Bernaerts occupe une place identifiable dans l’histoire de la peinture animalière, à la croisée d’une tradition flamande spécialisée et d’un contexte de cour où l’animal, y compris exotique, devient un sujet de prestige et de connaissance. Pour un détenteur, l’enjeu principal est de déterminer le bon niveau d’attribution (Bernaerts, atelier, entourage, école), puis d’évaluer l’intérêt du sujet, du format et de la documentation disponible afin d’estimer une valeur cohérente.

Pour obtenir un avis clair, vous pouvez demander une estimation gratuite auprès de Fabien Robaldo. L’étude s’appuie sur l’analyse de l’oeuvre, la comparaison avec des références et des résultats publics, et la prise en compte du contexte de marché, afin de fournir une fourchette de valeur argumentée.

FAQ

Qui est Nicasius Bernaerts ?

Nicasius Bernaerts (vers 1620-1678) est un peintre flamand actif entre Anvers et Paris, connu pour ses scènes animalières, ses sujets de chasse et des représentations d’animaux rares ou exotiques.

Pourquoi Bernaerts est-il associé à la faune exotique ?

Il est lié à un contexte de commandes et de curiosité savante autour d’animaux rares, notamment dans l’entourage de la cour, où les ménageries rendent visibles des espèces peu connues en Europe.

Quels sujets revient-on le plus souvent chez Bernaerts ?

On rencontre des chiens, du gibier, des scènes de chasse, des natures mortes de chasse, et parfois des animaux exotiques présentés comme des études ou des images de prestige.

Qu’entend-on par peinture animalière flamande ?

C’est un courant où l’animal devient le sujet principal, avec une tradition forte dans les Pays-Bas méridionaux au XVIIe siècle, portée par des peintres spécialisés et recherchée pour sa force décorative et narrative.

Quels supports sont les plus fréquents sur le marché ?

Les oeuvres apparaissent surtout en huile sur toile. Des dessins ou études attribués à l’artiste ou à son cercle peuvent aussi exister, mais ils sont moins fréquents en vente publique.

Une oeuvre “attribuée à Bernaerts” a-t-elle la même valeur qu’une oeuvre certaine ?

Non. Le niveau d’attribution est un facteur majeur de valeur. Une attribution certaine et documentée se situe généralement à un niveau supérieur à une attribution prudente.

Quels éléments font monter la valeur d’une scène animalière ?

La qualité de la composition, l’intérêt du sujet, la rareté des espèces représentées, le format, la provenance et la documentation (inventaires, bibliographie) peuvent soutenir la valeur.

Les animaux exotiques sont-ils plus recherchés ?

Souvent, oui, car ils associent attrait visuel et intérêt historique. Toutefois, l’impact sur la valeur dépend de l’attribution, du format et de la qualité globale de l’oeuvre.

Comment distingue-t-on Bernaerts de son entourage ?

La distinction repose sur une analyse d’ensemble : cohérence stylistique, qualité, comparaisons avec des oeuvres de référence et, lorsque c’est possible, appuis documentaires. Une expertise est recommandée.

Pourquoi compare-t-on Bernaerts à Frans Snyders ?

Parce que Bernaerts s’inscrit dans une tradition anversoise de peinture animalière et de chasse, très marquée par des maîtres flamands spécialisés. Le rapprochement aide à situer un langage visuel et un marché de référence.

À quels acheteurs s’adresse ce type d’oeuvre aujourd’hui ?

À des collectionneurs de peinture ancienne, des amateurs de scènes de chasse, des acheteurs sensibles à l’histoire des ménageries et des décors, et à certains acteurs du décor patrimonial.

Comment demander une estimation gratuite pour une oeuvre attribuée à Bernaerts ?

Vous pouvez solliciter une estimation gratuite auprès de Fabien Robaldo en transmettant des photographies nettes, les dimensions, et tout élément connu sur l’origine de l’oeuvre afin d’obtenir un avis de valeur et d’attribution.

*Les informations publiées sur ce site ont un objectif exclusivement informatif. Nous ne délivrons aucun certificat d’authenticité lorsqu’une estimation est demandée en ligne. Les estimations fournies restent sous toutes réserves de l’avis des artistes, fondations, comités ou instances officielles compétentes et reconnues.

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